Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?   (Suite de 4)    

 

15 mai 2008 16h00 – CHERCHELL – 36°36’.8N 02°11’.5E (45 milles de Ténès)  

 

Toujours cette côte algérienne fabuleuse.

Vais-je trouver un cyber ici à Cherchell, ou à Sidi Ferruch, la fameuse marina avant Alger ?

Demain c’est vendredi, donc leur dimanche. Le chef de la PAF passant la fin de semaine à manger du couscous et des cornes de gazelles (mmm..) chez lui, on m’annonce que je ne pourrais sortir que samedi.

Pas grave, car ici, on m'a déjà annoncé la couleur, pour la sortie, un seul papier. « Tu vas où tu veux, tant que tu veux, quand tu veux et seul si tu veux. » Génial !

À Cherchell il y a deux musées, un passé phénicien et des ruines romaines un peu partout.
A l’époque Cherchell s’appelait LLol, et le roi Numide Juba II de Mauritanie en avait fait sa capitale ! Son papa, Juba I avait été battu par César et Juba II avait accepté que Iol devienne un protectorat Romain en 25 Avant JC.

En l’honneur de l’empereur Romain, Lol devint ‘Caesarea’.
Juba II avait reçu une éducation hellénique de gosse de riches à Rome (à l’époque un peu l’équivalent de nos collèges jésuites actuels). Juba II avait aussi séduit avec sa grosse Rolex la fille de Cléopâtre et s’était marié avec elle. (déjà la jet-set..) Passionné d’art et civilisations, Juba II a enrichi Ceasarea de collections d’art qu’il faisait venir de toute la Méditerranée avec sa galère romaine transformée en yacht par son copain Bollorium 1er (heu, là j'exagère..). Sur une des grandes mosaïques représentant son mariage, on voit dans un coin une servante tendre un rouleau de papyrus scellé (les sms de l'époque) à une très jolie courtisane : d’où le désormais célèbre message : ‘si tu reviens j’annule tout’.

Ok, c’est tarabiscoté, mais ma fille Nora avait du mal au lycée en Histoire, alors j’arrangeais toujours un peu l'Histoire pour elle…

Il reste quelques belles pièces et beaucoup de copies sur place car, devinez : comme par hasard, les plus belles pièces originales sont au Louvre : une belle statue d’Apollon, de l’empereur Auguste, des mosaïques magnifiques.

Cherchell s’avèrera être une petite ville bien agréable.

L’ambiance est très différente, la PAF me pousse presque à demander cette autorisation de sortie, « car il faut voir nos musées, et après vous allez vous promener en ville, vous êtes libre. »

Ce soir, il y a un orage, Anak tremble sous le vent, mais est bien à l’abri, amarré à un quai flottant métallique de 50x25 mètres, à l’abandon. Le port est bien protégé, l’entrée du port vient d’être modifiée par une nouvelle jetée protégeant beaucoup mieux des vents d’est. Rien de tout cela est indiqué sur les cartes, ni dans la cartographie électronique.
Je suis content d’être là.

La pluie s’est mêlée au vent de sable. Anak est devenu brun. Il y a du sable partout.

Hier à Ténès l’ADSL algérien valait parfois nos vieux modems 56 Kb. Donc priorité aux courriers, recopier les messages reçus, envoyer des photos. Des messages d’amis, un mot de Nora, sympa et qui me rassure si gentiment pour sa sœur. Il faut que je télécharge tout cela sur ma clé USB.

Si Internet est rapide samedi en ville, j’essayerai d‘envoyer ceci et des photos.

Les photos surtout, car depuis mon départ de Ténès ce matin, je longe une côte magnifique, me rappelant souvent les incroyables paysages marocains, la mer en plus. C’est époustouflant de beauté. C’est aussi tellement rare de voir des kilomètres et des kilomètres de côte que rien ne vient abîmer, un délice. Les photos ne restituent en rien l’aspect grandiose et magnifique de ce qui défile à droite d’Anak. Les noms des caps et écueils sont chargés d’histoire : l’écueil du Phoque,

du Maure,

la calle Génoise, la Pointe Abd El Kader, le cap Sirat, la Couleuvrine ou la Pointe des Oliviers

avant de voir enfin au loin le port de Cherchell.

Je pêche souvent à la traîne, m’étant fabriqué un chouette équipement pour cela avec des matériaux récupérés.

 

Si cela ne mord pas, dans chaque port on me propose du poisson. L’autre jour, j’avais fait des sardines dans la poêle, puis gros sel, mais cela avait parfumé le bateau. Il fait encore trop frais le soir pour tout ouvrir. Vive l’été et le barbecue, c’est meilleur et pas d’odeurs !

Vendredi matin…… toujours à Cherchell et toujours un coup de vent.

Anak est en revanche à nouveau tout propre, brossé, épongé par des dizaines de seaux d’eau de mer. Heureusement cette fois l’eau du port est très claire.
C’est dimanche ici, demain je pourrai enfin avoir mon permis de sortie.

Le ciel est gris, cela fait deux à trois jours que c’est ainsi, mais pas de pluie semble-t-il, sans quoi mes lavages d’Anak ressembleraient aux travaux de Sisyphe avec tout ce sable.

Je me refais un café et je prends une douche tiède pour me laver les cheveux.

À peine sorti de la douche, en caleçon :
' TOC TOC '

« - J’arrive ! »

Et voilà mon policier en civil de hier soir qui m’appelle dehors.  

« - Bonjour, j’ai fini mon service, le chef ne sera là que demain matin, car comme je vous ai dit hier, c’est férié aujourd’hui, mais je me rappelais que vous vouliez téléphoner, alors je viens vous chercher. Il y a un taxiphone en ville, je vous montre aussi où sont nos bureaux, et si vous voulez acheter du pain. »

Cela me réconcilierait presque avec les policiers, une telle gentillesse.

Etant en caleçon, je lui explique que je sors de la douche (pour le cas où il croirait que les navigateurs se lavent qu’une fois par mois), le temps de mettre mon pantalon… nous voilà partis en ville. Cela devait être très beau à l’époque – je ne vais pas faire l’apologie des Français en Algérie, il est certain qu’ils ont construit de belles choses.

Ne restent donc que de beaux bâtiments à l’abandon, parfois en ruines, rues défoncées et surtout cette saleté partout. Mais cela évoluera doucement, il y a à peine quinze ans, chez nous, chaque village avait sa décharge à ciel ouvert, ce n’était pas mieux. C'est bien de se le rappeler.

Les gens, à l’image de mon policier, sont en revanche les plus chaleureux et gentils que j’ai rencontrés en Afrique du Nord.

Je vais donc en ville avec mon policier, nous allons au marché, j’achète des galettes de pain rondes, du vrai pain et celui que je préfère, je téléphone, puis il m’emmène visiter leurs bureaux, en plein centre.

C’est pire que le pire des commissariats de banlieue chez nous. Trous, fissures, plafonds qui s’écroulent, machines à écrire antédiluviennes… Et mon ami policier m’explique que ce bâtiment abritait à l’époque le Conseil de France de Cherchell. Amaï, 'amaï' dirait la grand-mère belge.

Mais qu’importe, je préfère des maisons en ruines, rues sales, mais des gens extrêmement sympathiques, qui vous disent tous bonjour sans pour autant demander un bakchich, plutôt que des rues aseptisées, restaurations style musée comme certains villages de Provence où personne ne vous regarde et où même faire pipi est taxé.

Ayant donc visité le palace du Conseil de France, le policier me dit au revoir devant la porte. « Vous connaissez le chemin pour le port ? D’accord, et demain, vous venez ici quand vous voulez pour votre permis de circuler en ville, vous serez libre autant de jours que vous le souhaitez. »

J’ai donc circulé seul en ville sans visa ni permis pour retourner vers le port et demain matin j’irai à nouveau en ville, seul, sans visa ni permis, vers la PAF pour recevoir mon permis de circuler en ville, seul et sans visa, mais cette fois avec un permis… L Trop drôle ! 

Me revoilà sur Anak, des bricoles à faire, autant en profiter et préparer mes courriels pour demain.

Les gardes-côtes viennent de m’annoncer un nouveau coup de vent pour demain et après-demain. Voila qui m’étonne sur cette côte ! J Bref, je vais rester quelques jours à Cherchell. Il y a pire ! J

Lundi - Cherchell, tempête…, encore ! Et force 7 à 8..

Je suis donc allé visiter hier les deux musées de Cherchell.

Le premier musée, l’ancien. Assez sympa, entrée très chère : 20 dinars, c’est-à-dire 0,20 €.  C'est donné !

Interdit de prendre des photos. Deux gardiens à l’entrée et un autre qui me suivait de loin, l’air de s’emmerder. Evidemment, je suis tout seul dans ce musée.

J’ai donc pris discrètement des photos

 – sans flash bien sûr. ..

C’est plein de statues, stèles funéraires, petites et très belles, et de splendides mosaïques partout.

 

Cette ville devait être magnifique à l’époque du protectorat romain.

Je puis donc mettre sur le site qques photos de ''CE' musée !

Car…… :

En sortant, il pleut toujours à torrents, donc un vrai temps à faire des musées… et je file donc vers le nouveau musée. Un bâtiment moderne, atroce, tout béton.

J’entre, toujours ce prix exorbitant de 20 dinars. Pff, on fréquenterait plus souvent nos musées à ce prix !

Bien sûr, il y est aussi interdit de prendre des photos..

Deux grandes salles à l’étage. Un couloir qui monte, le sol est tapissé d’un lino bon marché imitation parquet, les moyens semblent vraiment très limités et les pétrodollars destinés à d’autres usages.

J’arrive dans la première salle, une gardienne m’accueille. Des vitrines tout autour de la salle, le fond des vitrines est un miroir, ce qui est bien, car elles contiennent toutes des centaines de poteries, plats, verres, bols et lampes à l’huile, et on les voit ainsi sous toutes leurs faces.
Je sors discrètement mon appareil, je coupe le flash, je vais appuyer sur le bouton :

« - Pas de photos ! »

Zut, ces femmes, trop douées, elles voient tout, se méfient, espionnent…

Et voilà qu’elle se met à hurler, rameutant un gardien de l’entrée, etc.

Moi je fais l’idiot, - cad mon état naturel.., et

«  - Je ne savais pas, 

- si si, vous vous cachiez ! »

Moa ??

Quelle vilaine ! L

Bon, ma gueule de bourge et le reste, tout le monde se calme, je regarde les potiches en rêvant de pouvoir en fracasser qques-unes sur la tête de ma gardienne qui me suit maintenant à moins de 10m. Sympa de faire un musée dans de telles conditions !
Donc pas de photos du 2ième musée, pourtant, il y avait de superbes petites lampes à huile toutes travaillées, des mini-cruches trop mignonnes, etc… Pas même une plaquette.. comme souvenir à défaut de photos !

Toute cette pôterie me rappelle aussi que j’ai encore la vaisselle de hier soir et du p’tit déj à faire sur Anak, et je retourne en ville.

Il pleut toujours, je le savais déjà : il y avait des fuites dans les verrières du plafond du musée.

Je suis entré dans un petit boui-boui et j’ai mangé des merguez accompagnées de frites et une grande assiette de riz avec tomates, salades, carottes râpées et mayonnaise. Le tout pour 150 dinars, c’est-à-dire 1,50 €.

C’était délicieux et sympa, deux jeunes ont commencé à bavarder avec moi.

Il paraît qu’en Libye c’est encore moins cher. Génial tout cela.
Y passer une partie de l’hiver ? Pourquoi n’est-ce pas comme ça en Grèce ?
Bon, tant pis, ce sera poisson pêché et pitas là-haut.

Ce petit repas m’a remonté le moral, un bon café dans un petit bistro du coin, vieux formica et néon. Le café est à quinze centimes d’euros. Mais c’est vrai, ils n’ont pas eu le passage à l’euro. .

Encore une petite balade, une chouette parfumerie. C'est quand-même plus sympa que Séphora, non ?

J’ai acheté le journal El Wattan en français (dix centimes d’euro) et je suis rentré sur Anak.

Pas l’air, mais cela faisait des kilomètres de marche au total.

Aujourd’hui, c’est bricolage Anak.

J’avais toujours ces problèmes avec le Navtex à bord. Il était tout neuf, fixé près du plafond entre les deux vitres arrières à l’intérieur de la timonerie et depuis le Maroc, plus rien. Je n’avais toujours pas réussi à localiser la panne.

En réalité : un problème venant de la petite antenne électronique extérieure. Dès que je m’éloigne des émetteurs, cela ne capte plus. J’ai donc passé des heures à changer des connexions, essayer de réutiliser l’ancienne antenne Navtex du vieux récepteur (fichu) qui était à bord d’Anak quand je l’ai acheté, il y a 8 ans.

Finalement, c’est avec cette vieille antenne que j’avais heureusement laissée à poste en haut du mât d’artimon, que cela remarche. Je viens de capter un bulletin météo : <gale warning Palos…> pff !

Mais c’est très rassurant, car quand je serai en mer, je pourrai capter les avis de coups de vents, qui parfois arrivent très vite et n’étaient pas prévus. Ouf ! Le Navtex fonctionne – presque bien –  dans toute la Méditerranée.
En Algérie, il y a la météo des capitaineries, en réalité identique à celle du Navtex. Il y aussi des bulletins sur la VHF, en français puisque de Radio-Alger. Mais Alger émet sur le Navtex des bulletins très bien faits et je suis bien content de pouvoir les capter enfin. (Lettre B)

Demain je retourne en ville et sur Internet, je fais mes copier/coller des messages reçus et à envoyer.

Si tout est OK avec la météo, mercredi, je pars vers Sidi Ferruch.

Ciao, Cherchell..

Prochain article : Alger !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Published by Vagabondages méditerranéens du voilier Anak - Vagabondages

Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

Voyages en voilier en Méditerranée. Algérie à la voile.

Que sont devenus Les ex-moussaillons 'Anak ?

Pages

Hébergé par Overblog