La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,
est-ce possible ? (Suite de 5)
21 mai 2008 18h15 – ALGER – 36°46’.5N 03°05’E (46 milles de Cherchell)
ANAK est à ALGER depuis hier soir.
C’était une grande émotion pour moi ; entrer dans le port d’Alger.
J’ai de suite reconnu toutes les façades des immeubles le long du port.
Les arcades et là-bas, quelque part, ce banc dans un coin où j’avais passé ma première nuit africai-ne.
Vu de la mer, Alger est devenu immense. Des immeubles par-tout, mais, heureu-sement, de loin, le blanc prédomine tou-jours et la ville mérite encore son nom d’Alger la blanche.
Ce matin, je saurai si je vais obtenir une autorisation d’escale. Je suis sceptique !
Normalement, les voiliers ne sont pas les bienvenus dans cet immense port.
Je voulais m’arrêter à Sidi Ferruch, une marina à dix kilomètres d’Alger (le petit St-Tropez des riches Algériens), mais le port est ensablé depuis des années. Cette fois, impossible d’entrer
autrement qu’avec des canots à moteur. Et de Sidi Ferruch, j’aurais peut-être obtenu l’autorisation, refusée à Cherchell vu absence de visa, de visiter en bus ou taxi collectif le site grandiose
de Tipaza et les ruines d’une ville romaine au bord de l’eau avec temples, cirque, forum, tribunal, théâtre et villas, ainsi que la visite du tombeau de la Chrétienne, mausolée énigmatique de
soixante mètres de diamètre à deux cent cinquante mètres au-dessus de la mer, datant de l’époque maurétanienne, dont on pense qu’il aurait servi de tombeau à Théba, la fille de
Cléopâtre. J’aurai raté l’un des plus beaux sites archéologiques de cette côte, pour de bêtes critères de sécurité.
J’avais donc une excuse toute préparée pour demander un abri à Alger.
En arrivant, les gardes-côtes
sont venus me chercher en Zodiac et m’ont conduits vers un immense quai : le quai du ferry Marseille - Alger - Marseille. Exactement l’endroit où j’avais débarqué en 1964 !
Plus tard, lors des 3 autres AR en stop vers le Sahara et Ta-manrasset, puis l’Essekrem dans le Hoggar, je pas-serai par Alge-siras et Ceuta !
Un vrai retour aux sources, cette na-vigation !
Si je puis vous envoyer ce mail et photos sur le site, c’est que j’airai obtenu une auto-risation !
Inch Allah !!!
Sinon, ce sera de Dellys ou Bejaia.
Retour vers mon mot après une bonne nuit de repos.
J’ai passé la matinée à courir d’un endroit à l’autre pour obtenir une autorisation de sortie ou un permis d’escale… Rien à faire.
Alger est la capitale, il y a encore sans arrêt des problèmes avec les terroristes et je n’ai pas de visa : « On ne peut vous laisser
aller en ville, c’est pour votre sécurité. »
Toujours ce leitmotiv.
Si j’avais eu un visa, comme par magie, le problème de sécurité disparaissait ! En réalité, le visa dégage leur responsabilité en cas de problème, comme partout.
On vient de me confirmer que je ne pourrai pas aller en ville. En outre, cette fin de semaine, grand derby de football, la police est sur les dents ! Bon, je le savais et l’on m’annonçait le pire partout. Jusqu’à présent, c’est tout le contraire.
Cela m’a foutu un coup de déprime terrible. Mais courir des heures dans ce port immense, n’entendre que des avis ou promesses contradictoires, tout cela pour apprendre à 16h30 : « non,
impossible ».
Étrange, cette façon de tourner autour du pot, « on vous envoie quelqu’un, il n’est pas venu ? Ca alors ! Allez demander… ». On attend trois quarts d’heure un autre
responsable… « On vous l’envoie. »
En traversant le port de long en large, je prends deux ou trois photos des façades parfois visibles depuis le quai, tous ces souvenirs.
La Wilaya à Alger (merci Lilia pour la correction !)
Les rues d’accès vers le port
Les plus belles photos seront prises du deuxième étage, par une fenêtre, à la dérobée, dans l’immeuble des policiers.
Mon seul plaisir de la journée.
Cela m’a un peu déprimé… Quand je vois en face ces belles façades qui me narguent ! Un peu plus loin, la mosquée blanche d’où partent les rues vers la Kasbah d’Alger. J’y étais allé. Trop râlant.
Bon, vous écrire ce mot, continuer à lire, placer des moustiquaires, car il y a plein de moustiques dans le port.
Et demain matin, en route pour Bejaia. C’est à plus de 100 milles, alors, si je suis fatigué ou la mer mauvaise, demain soir, je m’arrêterai à Dellys, port de pêche à mi-chemin.
Je ne vous raconterai donc pas comment est le centre ville d’Alger. C’est trop bête !
C'est bien pourquoi, si vous avez la chance de partir en Algérie depuis la France, demandez un visa : Vous aurez plus de chances de pouvoir
visiter une ville comme Alger. Cela ne simplifiera pas les multiples formalités dans chaque port, mais comme elles se font avec le sourire..
Vendredi matin, 23 mai, levé à 06h00, à 8h15, après petit-déjeuner, préparation du départ, rangements et visite des autorités, je pars.
Je dois traverser la baie d’Alger, puis direction Dellys et Bejaia. Au début, calme plat, comme d’habitude, puis une brise nord-ouest me permettra de dérouler le génois durant quelques heures.
Bang !
De grandes vibrations. Je mets au point mort, il semble que quelque chose soit pris dans l’hélice. Quand on voit tout ce qui traîne dans l’eau jusqu’à quinze milles autour d’Alger…
Marche arrière, marche avant, plein gaz… rien à faire, c’est dans l’hélice.
J’ai encore plus d’un tiers de mes réservoirs d’eau, de quoi me rincer à l’eau douce. C’est ce à quoi je pense en priorité !!
Berk, naviguer encore plus de vingt-quatre heures la peau couverte de sel qui pique ! Je suis vraiment un marin d’eau douce L
Anak ne tangue pas trop brutalement, donc pas de risque de taper avec mon crâne contre la coque, sous l’eau, une bosse, non merci, j’ai déjà donné. Et pas d’estafilade en cognant l’hélice,
quoique cela ferait très pirate des Caraïbes. Bon, si en plus je me prends pour Johnny Depp.
Une corde pour faire plaisir à ceux qui m’aiment :
« – Sois prudent !
– Oui maman. »
Défaire l’échelle en bois, cela me fait deux échelles accessibles pour remonter : pas prudent moi ? La sortie, et celle de secours. Pff, cette eau est glacée !
Effectivement, un gros morceau de plastique est enroulé autour de l’hélice. Je préfère cela à une corde, parfois difficile à défaire. Avec mon couteau et deux plongeons sous l’eau, le tout part à la dérive, à la recherche d’une autre hélice. Et je ne vais pas nager après, je suis un écolo sans prise de risques.
Pas de requins dans le coin, et je n’ai pas mon appareil photo pour le scoop non truqué à la Cousteau! De toutes façons la vieille carne, cela ne les intéresserait pas. Et pour ceux qui ont le vertige, - un ange passe – 250 m de vide sous Anak.
Remonter, faire un essai, tout marche. Remettre l’échelle en place et vite une petite douche pour me rincer, en profiter pour me laver les cheveux.
Tout cela sous la surveillance de dauphins qui tournent autour d’Anak. Chouette !
Et voilà Anak reparti. C’était le happening du jour.
Le vent contraire se calme le soir. Je passerai le cap Bengut et le port de Dellys en soirée.
Une nuit de navigation à nouveau, surveillance tous les quarts d’heure, pêcheurs, filets dérivants (pas deux fois le plongeon hélice) et à
l’aube une bonne brise vent arrière. Le génois se gonfle comme un ballon et mon char flottant file à 6 nœuds.
C’est presque une image de vie heureuse, le voilier qui file, un rien incliné. Un tangage très lent et les bruits de vagues qui déferlent sous la coque. Je m’installe alors sur le tatami
extérieur et j'écoute gronder l'étrave qui taille sa route. Au-dessus de moi, un nuage de mètres carrés de voiles blanches, avec un gribouillis de haubans et drisses qui dessinent des arabesques
dans le ciel. C’est le bonheur inexplicable de la navigation par beau temps.
Dans quelques heures, Bejaia ! Chouette, repos, rangements, demander le permis d’escale pour pouvoir vous envoyer tout cela.
Prochain article : Bejaia !
partir n'apporte pas de réponses, mais ça évite de poser les questions...
Derniers Commentaires