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Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ? (Suite de 7)
 

29 mai 2008 13h45 – JIJEL – 36°49’.5N 05°47’.E (34 milles de Bejaia)

 

J’ai quitté Bejaia à 06h00 ce matin.

 

Là, je coupe l’immense baie dans le fond de laquelle se trouve Djen Djen, le port pétrolier. Il fait soleil mais il y a un peu de brume et je devrais voir terre et le bout de la baie en début d’après-midi.

Je vais passer alors le Ras Afia, le Triangle des Bermudes le surnomment les Algériens, tant il y a de naufrages. Le courant est terrible, par endroits plus de 6 nœuds. Parmi les plus forts de toute la côte, (toujours ouest-est) et entraîne parfois par mauvais temps les chalutiers sur les récifs.

Bejaia a été une belle étape.

Dans les livres ou sur les cartes, Jijel, ma prochaine étape, est indiquée comme étant un port de la Marine, interdit aux plaisanciers. Mais par curiosité, je me présente, car je passe à proximité pour aller à Djen Djen à sept milles de là.

Il y aurait des bateaux de pêche et j’aimerais vérifier si je ne pourrais pas faire le plein de gasoil, car les rumeurs affirment que juste avant la frontière, comme par hasard, le prix du carburant augmente.
Une grosse chaîne barre l’entrée de Jijel. Cela refroidit !

Des militaires me font des grands signes.

Puis, à la VHF allumée :

« Voilier Anak (ils savent tout !), vous ne pouvez pas entrer dans le port de la Marine. Il faut vous diriger vers Djen Djen ! »

Pff, je réponds :

« – Ici voilier Anak, je vous reçois sur le 16. Est-ce que je peux prendre du gasoil à Djen Djen ? C'est urgent ! (oh l’hypocrite et menteur, j’en ai encore presque deux cents litres)

– Non, pas à Djen Djen, mais on vous autorise à entrer dans le port de pêche.

– Le port de pêche ? Mais il est où ?

– Plein sud, vous suivez la jetée sud et vous verrez l’entrée, c’est un nouveau port. »

Ça alors, indiqué nulle part sur une carte et invisible depuis Anak ! Vous imaginez les dangers de navigation et approches de nuit.

Je longe lentement une jetée partant vers le sud et la plage, en surveillant l’échosondeur. Soudain, une ouverture. Et je découvre ce petit port sympa en pleine ville. Je m’arrête au poste des gardes-côtes, charmants malgré les tonnes de papiers comme d’habitude. Presque jamais de voiliers ici. Normal, puisqu’il n’est pas indiqué.

Qu’est ce que je vois en face ? Un beau quai avec station de gasoil. J’ai tout gagné.

Je demande si je pourrai aller en ville avec un permis de la PAF. « Il n’y pas de PAF ici, seulement à Djen Djen. » Zut ! Djen Djen n’est qu’un port pétrolier, sans ville, sans gasoil, mais bien la PAF ! 

Je traverse pour m’amarrer devant la station de gasoil. Un type charmant, et cinq cent trente litres de gasoil en plus pour soixante-treize euros. Là j’ai un plein complet. OUF ! Déjà un souci à barrer de la longue liste.

Arrive en voiture un monsieur et son fils d’une douzaine d’années.

« - Je suis le directeur du port, bienvenue ! »

Et rebelote, papiers, passeport, etc.

« – Ah, Belge et anversois, j’ai fait mes études à Anvers !

– Pas avec le commandant du port de Mostaganem par hasard ?

– Oui ! Il était de ma promotion ! »

Je fais visiter tous les recoins d’Anak à son fils, absolument ravi de voir un intérieur anglais, bois, souvenirs, masques africains, bibelots sud-américains, le chauffage central avec radiateurs partout, la grande cabine douche séparée de la salle de bain comme à la maison. Il n’en revient pas le môme. Le père non plus. Tout cela dans un peu plus de dix mètres !

Gagné encore ! Car hop, en voiture et il me fait visiter la ville (très verte, de beaux parcs, la ville de l’époque française), puis au cybercafé : « Je vous attends, je vous donne un quart d’heure. »
Si la PAF savait…

J’ai pu envoyer mes courriels préparés à bord. La connexion était lente. Impossible d’envoyer les photos ! Juste le temps de faire partir les messages préparés sur la clé USB et charger une partie des courriels reçus. Ensuite, un café ensemble sur la terrasse.

Le quai est public, c’est tellement rare ici. J’ai donc passé le reste de l’après-midi a bavarder avec des jeunes, le pompiste qui connaît la Belgique, les Pays-Bas, et n’a ni allure ni culture de pompiste.., il était ingénieur en électronique marine, maintenant à la retraite…active, car les retraites algériennes…
Bôf, bientôt en France ce ne sera sans doute pas mieux.

En fait, dès qu’il n’y a pas de PAF à l’horizon, tout est différent.

J’ai calculé ce qui me restait en dinars, sur les trois cents euros changés, à mon arrivée à Ghazaouet le 1er mai, les réservoirs presque vides. Je repars avec des réservoirs pleins, un mois de nourriture sans me priver de légumes et de fruits, Internet, téléphone, taxi (Oran), trois jerrycans neufs de vingt litres (qui sont pleins). Petits restos à Cherchell et musées. Tout cela n’est pas trop mal. Et j’ai encore de quoi compléter un peu en gasoil à Annaba, plus Internet, repas…

Ciao, Jijel !

 


30 mai 2008 14h30 – COLLO – 37°00’.3N 06°34’.5E (48 milles de Jijel)

  

Dernier jour de mai et un mois déjà en Algérie. Je ne croyais pas que ce serait si long, météo inconstante, navigation difficile par manque d’abris, vents qui tournent sans cesse, dangers la nuit, fatigue. Je serai content de me poser un peu. La navigation n’a pas posé de problèmes entre Jijel et Collo.

Je découvre Collo après le cap Bougaroni, ou ras Bougaroun.

Je n’ai pas reçu d’autorisation pour aller me promener dans Collo, le chef est à Alger pour quelques jours, et très rares sont les voiliers ici. Apparemment, à partir de Cherchell, les rares voiliers de passage foncent vers Annaba ou direct vers la Tunisie, fatigués de la météo, des contrôles et paperasses, permis, ports trop sales pour leurs belles coques !

Ils ont tort, ils ratent le plus beau, Bejaia, Jijel, Collo et cette côte toujours plus belle.


 Un petit air de Riviera italienne par ici, incroyable.
 



Le port est ouvert au public, c'est rare et par moments, cela grouille autour d’Anak, ils touchent, regardent, posent des questions.

Ce soir, tôt au lit avec un livre et demain matin : départ pour Skikda, pas très loin. Peut-être là-bas un cybercafé et permis d’escale ?

Inch Allah !

 

 

Prochain article : Skikda !

 

 

Published by Vagabondages méditerranéens du voilier Anak - Vagabondages

Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

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