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Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?    ( suite de 8 )

31 mai 2008 18h00 – SKIKDA – 36°53’.6N 06°54’E (20 milles de Collo) 

 

Traversée de Collo à Skikda au moteur. Une fois de plus, la Méditerranée mérite bien sa réputation : ou coup de vent, ou pétole ! La mer était comme un miroir, mes pavillons pendaient comme des fleurs fanées.


Un peu avant le port, les gardes côtes sont venus voir Anak de près sur leurs gros Zodiacs aux moteurs de 600CV. Toujours aussi gentils. Ils savaient évidemment d’où je venais, que j’étais seul à bord, depuis un mois en Algérie, etc. Cela est aussi rassurant, s’il m’arrivait quelque chose !

En fait, toute la côte nord-africaine est très surveillée et on suit à la trace les très (trop) rares plaisanciers. Souvent, lors d’un passage devant un cap avec phare (et donc caserne gardes-côtes) on m’appelle : «  - Voilier Anak ! », etc. Ils me demandent si tout va et si je n’ai aucun problème technique. Si problème, je les appelle, et ils viennent de suite !
Vrai aussi, au contraire du Nord de la Méditerranée, que je balise parfois : si changement météo, panne moteur et courants, il n’y a pas d’abris qui protègent des vents dominants, et surtout aucune indications sur les cartes, vieilles de plus de 30 ans ! Toutes les entrées de ports sont fausses, car modifiées, nouvelles digues, terminaux gaziers, etc. ! C’est pourquoi cette navigation côtière est aussi un peu stressante. Mais cela ne décuple-t'il pas le plaisir d'un tel voyage? Et ce suivi contrôlé, existe aussi au Maroc comme en Algérie, en Tunisie, puis Libye (mais curieusement, on y est plus cool paraît-il), et bien-sûr l'Egypte.
En France, c’est la Gendarmerie Maritime qui n’arrête pas de contrôler (les pavillons français), et pour la gentillesse, ils peuvent venir suivre des cours ici.

Toujours cette côte sauvage et fabuleusement belle. On ne s'en lasse pas.

Dans la baie de Skikda, un immense complexe pétrolier et gazier.
Il faut slalomer entre les pétroliers à l’ancre !

Le port, la ville de loin, tout cela semble bien sympa !

Je suis à nouveau dans un port industriel, et entre les bateaux pilote et un remorqueur.
Souvent les gens, en voyant mon drapeau belge : " Vous êtes allemand ?" Grrrrrrrrrrrrrr NON ! Belge !

Purée, ils ne savent pas que les couleurs sont HORIZONTALES en Allemagne !

Tout le monde est charmant, on m’a même proposé un accès Internet dans le port ! Et gratuit !! Le port est d'une propreté incroyable. Et très organisé, un bureau pour accès Internet, Taxiphone, journeaux, etc., et un café avec terrasse dans l'enceinte du port !

Demain-matin, je dois aller voir à la PAF si je puis avoir un permis d’escale. J’aimerais bien, la ville est sympa, et les kabyles très chaleureux. Il y a des ruines romaines en plein centre ville.

Et mon frigo est vide !

Inch Allah ! 

Ca y est, j’ai pu aller faire un tour dans Skikda, accompagné d’un policier en civil très coopérant.

J’ai pu faire provision de légumes, fruits, et lait.

Ensuite il m’a emmené dans une petite boulangerie artisanale qu'il connaissait et où j’ai acheté trois pains, à dix centimes pièce. Délicieux, un goût de feu de bois, une mie ferme et savoureuse.


La baguette à elle seule est plus lourde que quatre baguettes équivalentes en France ! Du vrai pain quoi.

Les ruines grecques sont inaccessibles, car en restauration, le site fermé.

En revanche, l’ami policier très sympathique m’a conduit jusqu’au petit musée municipal où ont été rassemblés tous les vestiges archéologiques mis au jour lors de travaux publics. Gratuit et pittoresque. Photos interdites, dit le panneau à l’entrée.
J’ai donc le scoop, des prises de photos interdites prises à côté d’un policier de la PAF, et même du policier dans le musée !

Tout cela jusqu’au moment où un gardien est venu me prier gentiment de ne pas prendre de photos. Mon ami policier ne savait pas en réalité que c’était interdit et se marrait !

J’adore la statue (Joseph portant le Christ ? aucune explication) devant les vieux fusils…, cela va si bien ensemble, violence et religion…

La ville est animée. Depuis que je suis en Kabylie, l’atmosphère a changé. Les gens sont plus conviviaux, plus vifs, l’ambiance plus gaie. Davantage de petits restaurants et des bistros plein de monde.

J’ai fait mes achats dans l’un des vieux quartier de Skikda, autrefois nommée Philippeville.
Ce quartier, selon mon ami policier, était alors le quartier napolitain.

L’ami policier m’a présenté au grand copain kabyle de son père ; un petit vieux assis sur une chaise à un angle de rue, absolument charmant.

Nous avons bien discuté en sirotant un café.

Avec mes tomates, pommes, carottes, oranges, pain, lait, vache qui rit, je n’ai pas dépensé dix euros, soit mille dinars, tellement tout est bon marché.

Voilà donc ma journée à Skikda en Kabylie. Et je suis à nouveau épuisé, je ne marche pas assez, mon ami policier m’a fait faire des kilomètres, mais il a vingt ans de moins que moi.

En rentrant au port, le vent s’est levé, m’obligeant à ajouter une amarre à l’arrière d’Anak, trop exposé aux rafales.

J’attends la météo pour demain. En Méditerranée, comme disent les marins, on sait quand on part, mais jamais quand on arrivera. Mais zut, un nouveau Gale Warning, y’en a marre !

Devant moi, un immense remorqueur grec. Mais il est vraiment immense ! Il est venu de Grèce pour tirer un cargo grec qui a fait naufrage lors d’une tempête et est échoué sur une plage de sable. Qui dit que cette côte n’est pas dangereuse ?

Bon, je vais retourner sur Internet cet après-midi. Envoyer ceci, les photos. Regarder la météo et comparer avec celle du Navtex et celle de la capitainerie.

Si tout va bien, demain, je continue. Mais si le vent reste aussi violent… je reste !
Pas fou le Belge !

 Toujours à Skikda !
Je voulais partir ce matin tôt, pour avancer…

Hier soir, vers 21h30, heure locale, un policier de la PAF est passé.

« – On m’a dit que vous passiez prendre votre passeport demain matin vers cinq ou six heures et qu’ensuite vous partez vers Annaba ?

–  Oui, oui, exact !

– Oh, il faut téléphoner d’abord à la capitainerie par VHF, j’ai vu les gardes-côtes et ce n’est pas terrible ! Vous êtes seul à bord et la côte est très dangereuse. »

L’immense remorqueur grec à cinquante mètres est là pour le rappeler, attendant une mer plate pour aller désenchouer son cargo pas loin d’ici.

J’appelle par VHF la capitainerie qui me dit que pour les vents, ce serait OK, mais que la mer est encore annoncée Très Agitée pour demain.

« Mais attendez un jour, c’est plus prudent, et puis vous êtes bien chez nous. Vous avez accès à Internet et vous pouvez rester aussi longtemps que vous voulez. »

Merci, snif, snif, que d’attentions pour le marin solitaire, mais c’est vrai, me faire secouer en mer, surtout en Méditerranée ! On attendra un jour. Rien ne presse.

Si seulement on me donnait un permis d’escale renouvelable à la journée, comme à Beni-Saf, Oran ou Cherchell. Je resterais bien quarante-huit heures de plus, tellement la ville est agréable.

Bon, j’irai donc ce matin lire mes messages. Génial ce lien Internet avec le monde. J’ai du mal à imaginer l’époque où, en Afrique, ou en Asie, lors d’autres voyages comme Bruxelles - Sydney en voiture, il fallait parfois faire plus de 5 000 kilomètres avant d’arriver dans une ville où nous attendait en Poste Restante une pile de lettres datant d’un ou deux mois. On oublie vite, mais quelle fête à chaque fois alors !

Avant d’aller sur Internet, j’irai boire un café à dix centimes. C’est le premier port où je vois cela en Algérie ! Ou Kabylie ? Ceci expliquant cela ?

Les gens sont gentils. Les marins grecs du remorqueur sirotent des cafés à longueur de journée (et vu le petit noir béton qu’ils servent, je ne sais comment ils font !). Nous avons fait connaissance. Kaliméra ! Ti canété ? Si seulement ils m’invitaient à partager la moussaka, des souvlakis, barbounias, chez eux à bord ! Et un petit tsipouro comme apéro..

Oui, chouette étape à nouveau, Skikda, après Collo, Jijel.

Skikda toujours, 2 juin, après-midi.

Internet en panne ce matin pour travaux. Mais à midi j’y ai à nouveau accès !

« José, José ! Internet marche ! » Ils ont vu mon nom sur mon passeport et du coup, dans la plupart des ports, les gens de la capitainerie m’appellent José !

Je vais appeler ce soir, voir si la météo est bonne pour demain, car j’aimerais continuer.

Prochain article : Annaba !

 

 

 

Published by Vagabondages méditerranéens du voilier Anak - Vagabondages

Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

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