Le voilier ' Anak ' . 


A
nak est un voilier gréé en ketch, construit par Colvic Watson en 1985 dans le nord de l’Angleterre.

longueur : 10 m,
largeur : 3,35 m,
tirant d’eau : 1,65 m

moteur : Thornycroft 75cv

Le chantier Colvic Watson construisait principalement des chalutiers de pêche, et c’est reconverti au début des années 1980 dans une première production de voiliers en matériau composite.
Depuis, leur production a évoluée, voiliers, yachts à moteur, etc.

La toute première série dont est issu Anak affichait une solidité à toutes épreuves, une coque haute sur l’eau protégeant bien des embruns, une main courante massive en teck qui fait tout le tour du bateau donnant un sentiment de sécurité sans pareil, et ce petit look chalutier bien particulier et sympathique.

Sur le toit du carré, il y a un tatami de 190X120 pour faire la sieste, lire (et s’endormir comme moi en pleine navigation..) ou admirer les étoiles la nuit.

Quand des amis ou les enfants viennent, cela fait un double lit de plus sous la protection du taud… enfin, plutôt en été et en Méditerranée qu’en mer du Nord !!

Anak a été aménagé dès sa construction pour le grand voyage et deux personnes à bord.

Anak est donc ma maison, sur l’eau, depuis de nombreuses années.

Je le mène, seul à bord, au gré de mes envies, du charme des escales et du vent.

En ce qui me concerne, pas grand-chose à dire. Je ne suis pas un grand marin, n’ayant pas eu que cela à faire durant ma vie bien remplie. J’ai appris, jeune, à manier les voiles en Flandre, sur l’Escaut et son immense em-bouchure, la mer du Nord ou sur les mers intérieures hollandaises. Des années plus tard, j'ai un peu navigué en Méditerranée.

Avec Nicole Van de Kerckhove, devenue une grande amie et, hélas, récemment disparue, j’ai parfois louvoyé avec terreur entre les îles bretonnes, me méfiant de son petit sourire moqueur mais si connaisseur !

Nous nous avons aussi navigué aux Canaries, aux îles du Cap Vert ou le long de la côte sud-américaine et principalement au Brésil. Tout cela pours e retrouver dans le Détroit de Beagle, à Ushuaia et Porto Williams en 2002, lors du périple d'Esquilo avec sa fille Kim.

Quand Nicole avait découvert Anak pour la première fois, elle s’est écriée : «  - Mais c’est exactement le bateau qu’il te faut, il est magnifique ! »

Lors de l’achat  d’Anak, j’avais rapidement constaté qu’il aurait vite besoin d’une révision en profondeur.

Au début de l’automne 2003, je décide enfin d’effectuer les travaux, car vivre à bord devenait souvent inconfortable, trop de petits problèmes divers, ennuis techniques, etc. Le gréement devait être revu et les voiles changées.

J’étais arrivé dans le sympathique petit port de St. Chamas et je décide finalement d’effectuer ces travaux au sec à Martigues – Port Maritima. Ces travaux, plus longs que prévu, vont durer jusque août 2004, avec un hiver passé à travailler non-stop sur Anak, dans un froid et Mistral que je n’oublierai jamais ! J’ai continué à habiter durant toute cette période dans Anak, c'était un vrai chantier ! Mais Port Maritima s'avèrera un endroit idéal pour effectuer un tel travail.


Voilà donc ce qu’est devenu Anak à sa remise à l’eau.

La timonerie, centre de vie du bateau a subit peu de changements visibles malgré un démontage intérieur total, si ce n’est deux nouvelles tables, dont une petite table à cartes, car je continue à pointer ma navigation sur des cartes, photocopies, etc. et cela toutes les deux heures, par plaisir, pour la sécurité et les souvenirs des annotations, routes et dates sur les cartes.

L’électricité, son organisation, câblages et circuits, les éclairages, les tableaux primaires et secondaires, les coupe-circuits, tout a été remplacé à 100%. Il en est de même pour tous les circuits d’eau, pompes, etc.

Un nouveau GPS Furuno 32, le plus simple, et un échosondeur de la même marque sont installés. Le radar Koden, très puissant, reste en place. Un pilote Autohelm 3000 (hélas, ne se fabrique plus, plus fiable je meurs) complète un ensemble finalement assez simple. On ne complique surtout pas ce genre de choses pour faire du grand voyage. Le GPS Furuno se connecte à un PC portable Toshiba toujours à poste. La VHF marche parfaitement, 32W, pourquoi la changer malgré son look ancien ? Le Navtex marchait mal, il sera aussi remplacé par un nouveau identique.

Dans le carré, il y avait une banquette en U et une table. Le plateau de cette table est devenu le couvercle d’un grand coffre supplémentaire, et l’ensemble un grand tatami pour lectures, sieste ou bavardages, ou un couchage confortable d’appoint quand passent les copains. Les dossiers ont disparus pour créer des équipets et des bibliothèques.

Il y a une table bien plus confortable dans la timonerie, et avec vue permanente sur l’extérieur !

Je précise que tous les objets, statuettes, etc., que vous voyez sur les photos restent en place durant les navigations. Ils sont fixés, soit avec des scratches, strips collants ou vis. Ces fixations sont en général invisibles. En grand voyage, et vivant en permanence à bord, on n’aime pas trop la gîte – on préfère alors réduire – mais cela gîte et tangue parfois quand-même fort en mer et il vaut mieux fixer la moindre chose qui pourrait voler et blesser au passage.

La cuisine est très spacieuse et aménagée sur toute la longueur du carré. J’en profite pour signaler que la hauteur sous barrots est partout de +ou- 200 cm, timonerie, sdb, cabine douche, etc. Cela m’évite des torticolis avec mon 1,90 m !

Cuisine classique, réchaud au gaz, deux feux, four et grill séparés à l’anglaise. Double évier inox, Eau froide et chaude sur circuit sous pression. En navigation, la pompe est coupée et j’utilise un deuxième circuit sur pompes à pied dans la cuisine et la sdb. Un robinet d’eau de mer est branché sur l’évier dans la cuisine.

La vaisselle ? Je n’aime pas le plastique et autres ersatz du genre, alors ma vaisselle vient d’Ikea. Lourd ? On n’en est pas à quelques kilos près quand on vît à bord toute l’année, le confort avant tout ! Et mes livres qui traînent partout alors ?

Grande amélioration : le chauffage Ebenspacher, toujours en panne a fini à la poubelle. J’ai monté un circuit de chauffage central avec radiateurs à eau chaude sur Anak ! L’eau est chauffée par un poêle chaudière Refleks – on ne fait pas mieux, matériel scandinave tout inox, consommation nulle. La tuyauterie est en matière synthétique, faite pour cela.

Pourquoi un chauffage central sur un bateau de 10m ? Anak est très divisé, à l’avant, une salle de bain avec WC et lavabo et une cabine douche 100% séparée. Au centre le grand carré. Trois marches à monter pour se trouver dans la timonerie, et vers l’arrière, trois marches pour descendre dans la cabine arrière.

Comment chauffer cela avec un poêle central, quitte à transformer la timonerie, plus haute, en étuve !

C’était un travail énorme, aucun tuyau n’est visible (merci pour le compliment..), les petits radiateurs essayent de se faire discrets, mais la chaleur est uniformément partagée dans tous les espaces. Quel confort ! Il y a même un petit radiateur dans la cabine de douche !

La chaudière, dans le carré, est encastrée dans un meuble transformé et ajouré pour laisser rayonner la chaleur.

Tout cela permet aussi au poêle de fonctionner au ralenti, donc de consommer peu, contrairement à un poêle central, toujours à fond.

Comment faire circuler l’eau dans ce circuit aux montagnes russes à bord d’Anak ? Toujours le matériel scandinave: un petit circulateur comme sur nos bons chauffages de maison. Sauf qu’ici, il est minuscule, en 12 ou 24V, et il consomme : 0,07W de l’heure ! Même l’ampèremètre ne bronche pas ! On trouve ce matériel Refleks à Brest et dans le port d' Anvers en Belgique.

Donc un carré spacieux, paraissant plus grand encore depuis que j’ai installé le tatami, le plafond est complètement refait avec isolation, etc., et j'ai placé des profils en teck pour cacher les joints des nouveaux panneaux au plafond, ce en longueur, pour donner une impression visuelle agrandissant encore l’espace.

La cuisine est donc étonnamment grande sur un bateau aménagé pour héberger un couple au maximum et vivant à bord. Mais ceci explique peut-être cela. Pas de place à gratter pour un maximum de couchettes, donc mini sdb et donc souvent mini cuisine. Alors imaginez, pour moi, naviguant toujours seul ! Un vrai palace !
La cuisine est équipée d’un petit frigo armoire, avec compresseur Danfoz séparé et placé dans un espace bien aéré. L’aménagement d’origine me compliquait l’installation d’un coffre frigo avec trappe sur le dessus. Bon, ma petite armoire montre dès l’ouverture tout ce qu’elle contient. Hop, deux secondes, c’est pris et pas vu… le froid qui voulait s’enfuir à toute vitesse.

Bon, ce n’est pas parce que ma cuisine est immense que mes plats cuisinés sont grandioses..












Mon installation électrique est performante, deux très grosses batteries Vetus branchées en série, une batterie normale dédiée moteur et guindeau. Deux chargeurs 220V séparés pour les différents types de batteries à bord et par sécurité, si panne d’un des deux. Des panneaux solaires Kyocera, un nouvel alternateur puissant, cela semble suffire vu l’expérience des navigations depuis ces travaux terminés en 2004. En Algérie, le 220V est inconnu dans les ports, et je n’ai jamais eu de problèmes d’énergie durant ce long périple.

J’oubliais : sur Anak il y a l’eau froide… et chaude ! C’est que je me suis embourgeoisé avec l’âge ! Un ballon d’eau chaude de 40 litres est branché sur le 220V quand il y en a sur le quai. Mais un échangeur intégré est branché sur le circuit interne de refroidissement du moteur. Et cela marche très bien, les entrées et sorties de port au moteur suffisent pour une ou deux douches bien chaudes par jour.

Puis avec les pétoles méditerranéennes, le moteur, il tourne, il tourne..

Et si pas moteur, ni 220V ? Alors j’espère qu’il fait froid dehors… car la bouilloire siffle sur le poêle !

J’ai soigné l’installation des panneaux solaires. Les puristes diront que je ne puis diriger les panneaux vers le soleil. C’est vrai, mais depuis que quelques copains ont perdus leurs panneaux, emportés par une vague car fragilisés par des fixations pas toujours simples, j'ai préféré cette solution. Les miens sont fixés/boulonnés sur le toit de la timonerie. Les Kyocera ont cette particularité de charger même avec un soleil pas trop en face. Et je le répète, le câblage et la gestion sont très importants, trop souvent négligés !

Un répartiteur de charge pour les panneaux gère l’ensemble, donnant toujours priorité à la charge de la batterie dédiée moteur. C‘est du matériel allemand, acheté chez www.SVB.de.

Sur la photo, on voit les coupe-circuits pour chaque panneau solaire, le répartiteur de charge. Le gros coupe-circuit rotatif Vetus permettant de passer d'une batterie servitude à l'autre. Enfin un petit voltmètre permettant de lire l'état de chaque batterie.




Passons à la cabine arrière.

Anak avait une cabine arrière moche, mais moche ! Une couchette de chaque côté, étroite, pas confortable, avec les pieds dans une sorte de niche cercueil (sous les banquettes de la timonerie).

Entre les deux banquettes, un lavabo ridicule !

J’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai TOUT démonté : plafond, doublages, équipets, couchettes, lavabo, etc.

Aujourd’hui, un plafond neuf isolé (et nouveau capot extérieur), des nouveaux petits meubles bien pratiques et jolis pour remplacer les niches cercueils, et au milieu, un grand lit double de 200X140cm pour le marinero solo, et quand je ne suis pas seul à bord, croyez-moi, c’est bien agréable aussi ! Et un vrai matelas en latex de chez Ikea. Sous le matelas, un sous-matelas AKWA-MAT en fibres de coco pour une aération permanente.

Sous le lit, d’immenses coffres de rangements dont les couvercles ont des trous d'aération.

Il y a aussi un radiateur dans cette cabine, pour bouquiner le soir au lit, et au chaud..

Et comme partout, mon petit bordel et souvenirs. Vous remarquerez que j’ai changé les draps de lit depuis l’avant dernière photo !













Un solitaire à bord, ça se lave aussi. On n’est pas des sauvages !

La salle de bain était aussi à refaire entièrement.

donne sur une cabine de douche 100% séparée. La salle de bain est à l’avant d’Anak. Elle est spacieuse, 200cm de hauteur sous barrots. Un nouveau capot extérieur là aussi. A gauche de l’entrée, une porte. Quel luxe ! Il y a même un petit radiateur dans la douche.

Après la cabine de douche, les WC.
Un WC Lavac, on n’a jamais inventé plus fiable et plus simple. Une cuvette, un couvercle étanche, une pompe Henderson ou n’importe quel modèle de grosse pompe manuelle de cale, et le tour est joué ! La cuvette est toujours propre grâce à ce système par dépression.

Si quelqu’un est ‘distrait’, et laisse tomber quelque chose genre ‘c’estpasmoi’ dans la cuvette, on le récupère – enfin, il ou elle le récupère - par la trappe de visite sur le corps de pompe !

Petit luxe supplémentaire, une deuxième pompe, cette fois électrique en 12V,  est montée en ligne sur la première, manuelle.

Non, pas pour mon tennis-elbow, mais parce que la pompe de la toilette sert aussi à vider le bac des eaux usées situé sous le plancher. 150L d’eau des douches, ou du WC ( bien utile en Tur-quie ). Vous avez déjà pompé 150 litres à la main ?

Alors, pendant que le moteur tourne, j’en profite pour mettre cette pompe en marche, branchée sur le circuit électrique du moteur et guindeau.                                                                                                     
                                                                                                                         Pas simple, un WC Lavac ? 

J’ai oublié le lavabo ! C'est chaleureux les intérieurs de voiliers anglais ! En navigation, les petits équipets  se ferment avec des filets. Le petit miroir est placé un peu trop bas ? Au moins comme cela je puis voir si j’attrape du ventre !

L’éclairage intérieur est constitué de plafonniers ronds et bien sympas. Prévus pour des lampes à douille baïonnette de 15W, je les ai tous équipés de petites douil-les spéciales dans lesquelles je puis insérer des petites ampoules halogènes de 5 ou 10W. Eclairage plus sympa et efficace, et à consommation minime. Dans la salle de bain et le carré ou timonerie, il y a toujours un des plafonniers équipé de leds, pour économiser l’électricité la nuit en navigation. Encore du matériel allemand de chez SVB. A l’extérieur, tout l’éclairage est constitué de grosses ampoules à leds conformes aux réglementations allemandes, et dont la finition, prix et qualité n’avaient pas, à l’époque, d’équivalence en France.

A l’extérieur, un plan de pont très simple. Pas de drisses ou écoutes ramenées vers la timonerie. Tout est à l’ancienne, simple et pratique. Anak est un ketch de grand voyage, pas un bateau pour régates !

On ne croirait pas, mais j’ai vraiment le vertige là-haut ! Regardez comme je serre les genoux de trouille !

Ne cherchez pas les panneaux solaires, ils ne sont pas encore installés, et il faudra me payer pour que j’y retourne aujourd’hui juste pour une photo !

A l'arrière sur le roof de la cabine arrère, il y a un coffre en bois. On y stocque les amarres, essence H.B., etc. Mais aussi une buteille de gaz standard de 13 kgs. Sous le lit de la cabine arrière, j’ai un petit groupe électrogène Yamaha. En cas de bricolages dans un mouillage ou port sans électricité, je le sors si je dois utiliser des outils électriques. Il rentre alors dans un espace fait sur mesure pour lui dans ce coffre. Ventilé, sortie échappement, etc. Sauf le bruit, qui lui reste dans le coffre.

Quand j’ai mis Anak au sec à Martigues - Port Maritima, je ne réalisais pas le travail qui m’attendait !

C’est parfois mieux ainsi, sauf pour les finances…

J’ai déjà décrit en partie les travaux intérieurs sur Anak. Dès l’hiver passé, j’ai attaqué l’extérieur.

La coque était déjà décapée, poncée, séchée, il a fallut retraiter tout cela.

La partie immergée, séchée au Mistral, après enduit époxy, s’est vue recouverte de 8 couches de brai-epoxy.

Ensuite un primer pour accrocher l’anti-fouling, 1 couche d’anti-fouling à matrice dure, puis deux couches d’érodable.

Tout cela selon les conseils du bien sympathique et expérimenté « Capitaine Fracasse » à Marseille, aux prix imbattables ! Pour les voileux de la région Paca, c’est une adresse incontournable ! Ce traitement à été fait fin juillet-début août à Martigues en 2004. Quelques milliers de miles plus tard, et seulement en septembre 2008, j’ai repassé pour la première fois de l’antifouling sur Anak ! Ce juste après mon périple algérien. Merci pour vos conseils et dépannage de peinture en plein WE, Capitaine Fracasse ! www.capitaine-fracasse.fr

La partie non immergée de la coque était de couleur bleue complètement délavée et fade.

Il fallait rendre cela plus joyeux ! Facile à dire, moins à faire. Poncer, poncer, rêver la nuit de ponçages…, puis primer, et plusieurs couches de bleu méditerranée, tellement plus gai. Tout cela au rouleau, faute de moyens et matériel. Mais quand on est soigneux, et bien aidé par des petites mains féminines tellement plus magiques que mes grosses pattes, on obtient un bien beau résultat !

Enfin.., si je sais un tout petit peu naviguer, pour les coulures, je suis champion !

Comme nous autres, marins, on est un peu maso, pour compliquer, pardon, enjoliver, il fallait mettre en couleur p.ex. la latte en teck sous le bandeau caoutchouc tout autour d’Anak. Idem pour les portes coulissantes. Et un bandeau jaune à la ligne de flottaison, c’est pas joli ?

Et en jaune vif s.v.p. Vous ne trouvez pas que cela manque de couleurs, chez nous dans nos ports ?

 

 





Restait un gros chantier : le moteur !

Sur Anak, au milieu du plancher de la timonerie il y a une grande trappe divisée en deux panneaux de plancher verni isolés. Quand on les ouvre, on voit le moteur tout dégagé, on peut même se tenir debout à côté ! Extra pour les entretiens !

Quand la trappe est com-plètement ouverte, on peut sortir le moteur via un grand panneau translucde, juste au-dessus, dans le plafond de la timonerie. Ce panneau permet surtout de surveiller les voiles depuis l’intérieur.

Donc avec une grue, on a hissé en ligne droite le gros Leyland Thornycroft de 75 CV hors des entrailles d’Anak, pour le déposer sur une palette à terre, à côté du bateau.

Durant un mois, ce sera mon atelier de mécanique en plein air !

Le soir, je recouvrais le moteur d’une grande caisse en CP de récupération.

Est arrivé dans une autre caisse et droit d’Angleterre, où cela est tellement moins cher, tout ce que je désirais changer sur le moteur. Réalésage de la culasse chez un spécialiste à Martigues (c’est une ville idéale pour tout cela), nouvelles soupapes, injecteurs, pompe à injection, pompes à eau, échangeurs d’eau et d’huile, pompe à gasoil, démarreur, joints moteurs, durites, et j’en passe.

Un boulot de fou, mais une facture de pièces pas si élevée, prix anglais et un stock de pièces immense en Angleterre ; ce moteur équipait avant les bus à impériale londoniens ! Quand j’avais un problème ou doutais de mes compétences, un mail à Thornycroft avec photos, et réponse directe en retour ! Bon, il faut connaître l’anglais, mais pour voyager à l’aise, c’est aussi utile. Et quel service !

Le moteur datait de 1985. Quand je l’ai vu sur sa palette, plein de rouille, j’ai un peu déprimé.


















J’ai passé un mois à faire de la mécanique au soleil.

Mais le résultat valait la peine. Tout le mon-de croyait qu’il était neuf !

 

Mais bon, l’habit ne fait pas le moine. Après la révision de l’arbre d’hélice et du presse-étoupe, qui a un graisseur intégré et actionné par une pompe à graisse manuelle dans la timonerie : il n'y a jamais une goutte d’eau qui passe, la grue a redescendu le moteur en place, et sur des silentblocs eux aussi tout neufs !

Il m’a fallu refaire intégralement tout le circuit électrique et le câblage tableau de bord – moteur.

Nouveaux séparateur d’eau et pré-filtres sur l’alimentation gasoil, la liste est sans fin.

Après, c’était le stress suprême…, j’ai branché le circuit de refroidissement eau de mer sur une cuve alimentée par un tuyau d’arrosage, et osé mettre le moteur en marche… J’en faisais des cauchemars !

Mais hop, du premier coup, il démarre et ronronne joyeusement ! Génial !

Mon manuel ‘La mécanique pour les Nuls’ (et chanceux) avait été un achat rentable !

Restait à faire l’alignement sur l’arbre d’hélice. Quelques crampes, jurons, courbatures, colères et lumbagos plus tard, cela semblait correct. C’est que je n’ai plus 20 ans, et pour atteindre l’arrière de l’inverseur : il faut plonger dans les fonds, la tête la première !

Après la mise à l’eau, un ultime contrôle et dernier réglage a confirmé l’alignement parfait. Ouf ! Et que de sous économisés, cela devenait urgent !

Depuis, et quelques milliers de milles en plus, le moteur démarre toujours au quart de tour, ne vibre pas, ne consomme pas d’huile, ne fume pas – moi non plus – et consomme toujours ses 1,6 à 1,8 L/H à 1500 T/M qui est le rythme de croisière idéal de ce gros engin de 380 kgs.

Pas grand-chose comparé aux 12 tonnes d’Anak, à plein ! Vrai que j’ai aussi 760 litres de gasoil dans mes réservoirs, 400L d’eau. Et toutes mes affaires personnelles, puisque c’est ma maison !

Restait quelques bricoles, le circuit 220V à refaire, avec des prises dans la sdb, le carré et la timonerie ou cabine arrière, et un petit tableau pour gérer tout cela !

Le mouillage lui aussi est révisé : Un tout nouveau guindeau Lofrans alimenté depuis la batterie moteur avec des câbles neufs de 50mm/2. Commande depuis la timonerie et prise pour boîtier de commande à l’avant. Nouvelle chaîne de 10mm, 70 ml, à peindre en traits jaunes tous les dix mètres. Il y a 3 ancres à poste.

Anak doit retourner à l’eau. Mes filles sont en vacances, et à priori, un bateau, ce n’est pas pour rester au sec. Puis, Nora et Lisa, leurs copains, Agnès aux doigts de fée pour peindre, tout cela n’est pas de trop pour cette ultime opération et quelques essais sur l’eau.

Encore des cauchemars la nuit : mes passe-coques sont-ils étanches (tous remplacés), les vannes pareil ? Je me réveille en hurlant : « Anak coule ! ». Comment font-ils pour me supporter ?

Les derniers préparatifs en attendant la grue..













Anak est tout beau, Anak est à l’eau.

C’est le moment d’essayer les nouvelles voiles que j’ai fait faire chez Clipper Voiles à Sète (Frontignan) . Un voilier très doué qui a aussi beaucoup voyagé, et donc connaît nos besoin en voiles ‘long terme & grand voyage’ et non juste des sorties W.E. !

Il a recalculé le plan de voilure, pour optimiser Anak pour la Méditerranée et ses caprices venteux !

Un nouvel enrouleur, mis à mesure en atelier par Clipper Voiles, au mm près, un nouveau génois, plus grand, une nouvelle grand’voile et voile d’artimon ! Du beau travail de pro par un breton installé dans le Sud ! Je le recommande ! www.clippervoiles.com   
Evidemment, drisses, écoutes, etc., tout est renouvelé. Je ne vous ai pas raconté la moitié des travaux effectués durant cette année de bagne en plein Mistral !

 









Bon, tout cela ne m’a pas empêché d’être quelques semaines plus tard à Calvi.

Puis un peu plus tard dans un de mes ports préférés du coin : Portoferraio sur l’île d’Elbe.

Ensuite la côte italienne et ses ports hors prix qui m’ont vite fait fuir vers Bonifacio, le nord de la Sardaigne, puis Minorque aux Baléares. L’horrible côte espagnole complètement massacrée et aussi chère que l’italienne, service et sourires en moins : le détroit de Gibraltar et Ceuta, petit port espagnol par contre sympa et pas cher sur la côte marocaine. Le Maroc dont je découvrirai le Nord durant plusieurs mois en 2007. Et l’Algérie en 2008.

Bien, une dernière petite lessive avant de relâcher les amarres..

 













J'espère que ce récit encouragera ceux qui entreprennent ce même genre de chantier sur leur bateau. 




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Mise à jour le 11/01/2010

Bernard Moitessier :

partir n'apporte pas de réponses, mais ça évite de poser les questions...

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