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Le carénage d'Anak à Tabarka (nord -
Tunisie)
Après ma navigation côtière en Algérie, j’ai fait une halte à Tabarka en Tunisie. Tabarka est un petit port sympathique, 100% ouvert au public, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs en
Tunisie.
Petite ville excentrée au nord du pays, elle évite le tourisme de masse du Sud, et voit passer des voiliers de toutes nationalités, y faisant escale,
venant pour la plupart en ligne droite des Baléares, ou de la Sardaigne, pour se rendre ensuite en Sicile ou à Malte.
Je n’y ai rencontré aucun bateau venant ou allant en Algérie. Ce pays continue, à tort, de faire peur.
Le port est bon marché, c’est toujours un peu le souk, voiliers à couple comme on peut si trop de monde, électricité sur le quai, mais il faut pince et tournevis, ruban isolant, etc pour trouver une borne branchée et un moyen de s’y raccorder. Mais tout cela rend l’endroit bien sympathique et favorise les contacts.
La plage est juste à côté du port.
Le jour où on y organisera une marina bien équipée, tout sera plus cher, et ce petit port y perdra son âme.
Grands préparatifs cette fois, non pas pour le Ramadan qui commence demain, ni un départ proche, mais pour la mise au sec d'Anak pour nettoyer la coque et re-mettre de l'antifouling.
Anak est dans l’eau depuis août 2006 sans que la coque n’ait été nettoyée.
En deux ans et beaucoup de miles parcourus depuis mes travaux à Martigues en 2004, vers l'Italie via la Corse, puis Minorque (Baléares) via le Nord de la Sardaigne, descente vers le
détroit de Gibraltar, La côte nord marocaine et une halte à Ceuta, en face de Gibraltar sur la côte nord-africaine, et au prin-temps 2008, toute la côte algérienne.
Le pire pour la coque, ce sont les mois de sta-tionnement sans bouger dans les ports. Rien de tel pour salir une carène !
Déjà en Algérie, je sentais que je perdais un demi mille, vu l'encrassement progressif de la coque et de l'hélice.
Dimanche soir, aux trois coups de semonce annonçant le début du Ramadan (on croirait des coups de
canon ! en réalité des fusées détonantes, c’est très sympa…), Anak était prêt. Débarrassé de ses tauds pour le protéger du soleil,
mise en ordre du pont, amarres à
poste, etc.
La semaine précédente, j’avais du faire les démarches invraisemblables pour cette opération de 3 jours.
D’abord aller au chantier demander si je puis venir lundi 1er septembre. Ensuite aller à la capitainerie du port avec tous mes papiers pour constituer un dossier. Puis remplir un formulaire comme
quoi je dégage la capitainerie de toute responsabilité en cas de pépin. Pas fini : Aller à la mairie faire légaliser ce document. J’y arrive à midi : c’est noir de monde ! En fait,
tous les lycéens ayant obtenu leur bac et s'inscrivant en fac viennent pour légaliser leur diplôme de baccalauréat à joindre à leur inscription ! Une centaine de jeunes – surtout des filles
– font la file !
Je repasse le lendemain matin à l’ouverture, personne, et on me mets les tampons nécessaires en 5 minutes + 5 Dinars.
Avec mon document tamponné, je retourne à la capitainerie pour clore mon dossier.
« - Tout est ok, je puis me faire gruter lundi matin sans problèmes ?
- Oui, oui, tout est prêt !
- Merci et au revoir ! »
Mais non, mais non, lundi je lâche les amarres et Anak fend les flots vers le chantier ! En une fois, je vois mon aiguille de température moteur faire un bond vers le rouge, en plein chenal !
Je stoppe le moteur : explication simple. Durant mon arrêt à Tabarka, j’avais fait une grosse révision du moteur et changé les tuyaux reliant le chauffe-eau au système de refroidissement du moteur. J’avais donc vidé le circuit interne du liquide de refroidissement. Je redémarre au ralenti et je rajoute du liquide de refroidissement. Il devait en manquer un peu, ce suite à des poches d'air dans les tuyaux. Anak erre au milieu du chenal, et moi je suis plongé dans les fonds pour rajouter ce liquide.
Mais tout va bien, la température redescend et Anak repart en pleine forme vers le chantier. Lui, ça a l’air de l’amuser, moi pas du tout : toujours le ventre noué avant ce genre d’opération, m’imaginant le pire. On ne me changera pas.
La nuit précédente je rêvais de trous dans la coque, jeu dans l’arbre d’hélice, d'immenses cloques d’osmose partout et j’en passe..
J’arrive devant le bassin de grutage, où des pêcheurs, réparant leurs lignes, m’aident à m’amarrer.
Je vais au bureau (sur-réaliste : une chaise seu-le, au milieu d’un petit entrepôt, entre un im-mense pneu en réserve pour la grue et un ca-pharnaüm de pièces moteurs toutes
rouillées.
« - Je suis là ! »
Oh, le type sur la chaise a du mal pour son pre-mier jour de Ramadan. Pas de kawa ni petit dèj, dur dur, et cela se lit sur son visage !
« - Bonjour, vous avez le papier ?
- Oui, oui, tous les papiers sont terminés !
- Non, non, il faut main-tenant un papier comme celui-là, on vous le donne à la capitainerie contre le règlement du grutage, puis, une fois payé, vous revenez avec ce papier et on vous sort de l’eau ! »
Et rebelote le km à pied vers la capitainerie. Zut ! C’est fermé !
Un type arrive…
« - Qu’est-ce que tu fais là ?
- Mais j’attends l’ouverture du bureau.
- C’est Ramadan, ils n’ouvrent pas avant 9h pendant le Ramadan ! »
A 9,30h, je suis de retour au chantier avec mon papier.
« - Chef ! Tout est prêt, j’ai payé le grutage (125 Dinars / 60 et quelques €)
- Oui, mais le grutier n’est pas là »
Ben oui, c’est Ramadan !
A 11h, Anak est sur le terre-plein,
pendant au bout de 6 vieilles sangles, on dirait un immense insecte avec sa proie au milieu de ses pattes!
Il faut dire que cette grue soulève 250 Tonnes ! C’est plus que suffisant pour les12 tonnes d’Anak, les réservoirs pleins de gasoil algérien à 0,16€ le litre !
Le grutier a reçu son bakchich obligé : 10 Dinars..
Premier coup d’œil rassurant : la coque est moins sale que je ne pensais, pas de cloques, pas de trous J, tout semble OK.
Pendant qu’il pendouille ainsi, premier lavage au jet haute pression. Cela terminé, le « caleur » (qui a aussi reçu son bakchich obligé : 10 dinars, c’est mieux que de
voir Anak se casser la gueule le lendemain..) pose ses cales.
Génial, les bouts de tronc qui tiennent les12 tonnes d’Anak bien droit (enfin pas si droit que cela comme je verrai le soir dans mon lit ou dans la poêle ou l’huile ne veut pas décoller du côté tribord !)
Les ‘bakchichs’ me filent une échelle.
Brrr, impressionnant, monter sur Anak, se balader tout autour sur le pont et penser à ces petits bouts de bois là-en dessous.
Et dire que je vais dormir là-haut..
Il y a une cale qui donnerait un infarctus à mon assureur !
Mais si, vous avez bien vu !
Mais bon, là où il n’y a pas de risques il n’y a pas de plaisir !
Le grutier laisse se poser Anak sur ce mer-veilleux calage et ôte les sangles. Nettoyage de la coque sous les sangles et laisser sécher le tout.
Aller payer en cash pour le calage et l’usage de la pompe à hte pression, 100 Dinars.
Tout le monde va piquer un roupillon, qui dort dîne, dirait un spécialiste du Ramadan.
En cachette à bord, je me fais un bol de lait caillé avec des morceaux de melon.
Et je commence le nettoyage de l’hélice et du safran, le temps que la coque sèche.
L’après-midi, le personnage qui de loin ressemble à un peau rouge, c’est moi ! Rouge des pieds à la tête, un chèche noué dans la nuque pour remplacer un masque sans efficacité aucune. Oh mes jambes, accroupi des heures à poncer cette coque de malheur !
Il faut être maso, une maisonnette à la campagne, un jardin et potager, c’est tellement plus cool.
Pas de photos, mon appareil n’aurait pas supporté la poussière, et je suis seul.
Il a un de ces bides Anak, et cette poussière hyper toxique qui me recouvre partout ! La ponceuse est devenue rouge aussi ! Pour le poison, le temps qu’il agisse, vu mon âge, on ne saura pas si c’est le poison ou autre chose !
Enfin c’est terminé !
Secouer mes vêtements, et prendre une hyper douche !
Génial, Anak et son grand réservoir à eaux usées récoltant l’eau de la douche, et même, si je le désire, les eaux des WC. Dans les ports turcs, c’est pas ‘si je le désire’, c’est obligé !
Bref, je puis prendre des douches sans que l’eau ne coule dehors.
Sur le chantier : ni WC ni douches.., rien. Le bout du monde.
Après cette douche trop bonne, je mets en place l’adhésif sur la bande jaune au-dessus de la ligne d’eau, afin de ne pas saloper cette bande avec l’anti-fouling. Je prépare tout mon matériel de peinture pour le lendemain matin, en le rentrant toutefois à bord, car la nuit, le chantier, éloigné de tout, est vide et peut-être dangereux.
Le soir, crevé, je pense m’offrir un shawarma, car cuisiner sur six pattes de bois, là en l’air.. Je retourne en ville, et… malgré le « Boumm » de fin de jurnée du Ramadan, la ville est morte. Tout le monde est enfermé chez soi en train de manger ! Pas un bistro, pas un un boui-boui d’ouvert : une ville morte, Pire qu’une soirée du Mondial de Foot !
En réalité, les gens sortent de chez eux vers 9, 9,30h et là, miracle, quelques cafés ouvrent, et un peu de monde partout pendant une heure ou deux. Mais les restos restent fermés. Saufs deux ou trois pour les rares touristes, et c’est justement les restos dont j’ai horreur !
Sur les terrasses : que des hommes, car les femmes et leurs filles font la vaisselle et préparent déjà pour le lendemain soir… Pour elles, c’est Ramadan 24/24h.. J’espère qu’elles trichent, seules dans leurs cuisines.., puis, il faut bien goûter s’il y a assez de sel !!
Bon, tant pis, il me reste du pain et du fromage à tartiner. C’est très bien pour mon pneu.
A 10,30h, mardi matin, ma première couche d’antifouling est achevée, mes bras aussi.
C’est épais et vachement dur à mettre! "If I was a riche man, ding..." chante l'autre pendant que je pense que les sous c'est bien quand on peut faire faire par les
autres.
Je me redouche, et AR en ville. Passage au cyber et me revoilà pour la deuxième couche
et le safran !
Il me manque de l'anti-fouling, je vois toujours Anak moins gros que la réalité. Evidemment, 5 kgs d'antifouling pour 50€, c'est bien moins cher qu'en Europe!
En fin d’a.m., et 15 kgs d’antifouling, tout est terminé, je puis enlever mon scotch protecteur et reprendre une douche.
Quelle bonne chose de faite.
Je me couche tôt après œufs sur le plat et tomates cuites.
Mercredi matin :
« - Bonjour ! On peut re-mettre Anak à l’eau » que j’annonce au chef assis sur sa chaise presque irréelle au milieu de son dépôt. Ce n’est que le deuxième jour de Ramadan.. mais sa tête…, il ne va pas tenir 1 mois ! Le plus fou : il fait 30°, et le Coran leur interdit de boire de l’eau !!!!!
« - Mais il faut aller avec ce papier à la capitainerie, payer l’eau et l’électricité, puis vous revenez avec le papier et on vous remets à l’eau ! »
Pfff, et me revoilà courant vers la Capitainerie avec un nouveau papier. Je payerai 10 Dinars pour l’eau et l’électricité. Mais tout cela est toujours excellent pour mon pneu qui a tendance à réapparaître aux escales.
Je reviens avec mon beau papier tamponné !
« -Ca y est, chef, on peut mettre à l’eau !
- Oui, mais le grutier attends son homme pour mettre les sangles »
L’homme se réveille à peine de sa soirée post-ramadan. Mais l’opération se passe bien et sans bakchich, une fois suffit !
On passe les sangles sous Anak, le grutier les remonte un peu. J’entoure chaque sangle de plastique étirable d’emballage pour protéger peinture et antifouling.
On soulève Anak, les cales disparaissent, et on me laisse un quart d’heure pour mettre deux couches d’antifouling a chaque emplacement de cale. C’est la course !
Enfin Anak redescend doucement dans l’eau. Je monte à bord dès que je puis.
Rajouter de l’eau dans le filtre d’eau de mer qui a désamorcé, et hop, mettre le moteur en route !
Petite marche arrière pour sortir du bassin et des sangles qui sont sous Anak, et me revoilà parti à mon
emplacement dans le port de Tabarka ! Anak glisse tout seul sur l’eau, tout heureux de sa nouvelle robe !
« - Hé, on part quand ?
- très bientôt, mon vieux, trop de beaux souvenirs de l’Algérie, on va en chercher d’autres.. »
La suite très bientôt, car là, lavage d’Anak, rouge et gris de poussière, sans parler de l’intérieur, et des tonnes de lessives qui m’attendent.
Mon Prozac qui sauve ma première soirée ‘après carénage’ : Jerzie, du bateau voisin, et qui m’invite à venir partager un mérou avec lui ce soir. Pour être frais, il est frais, il bouge encore, le pauvre.
Comme entrée, quelques oursins.
Il y en même plein, il rentrait des îles La Galite !
Même vagabond et fauché, la vie sur l’eau a du bon !
Bonjour
Il faut être maso, une maisonnette à la campagne, un jardin et potager, c’est tellement plus cool.
Quand j'ai lu ça , je me suis bien marré, moi qui suis en train de coller de la faience dans ma douche en plein mois de decembre sans chauffage ...... sans parler du ramassage des feuilles mortes des arbres des voisins et j'en passe ....