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2008 - Kala Christouyenna – Joyeux
Noël
Noël 2008, Anak est amarré à Egine, dans
le Golfe Saronique.
Hier matin, 24 décembre, en allant acheter mon pain, je vois partout des enfants avec un bonnet de Père Noël sur la tête,
aller de maison en maison chanter les « Kalanda » (qui provient du mot latin Calendae, nom des premiers jours du mois de
janvier qui étaient célébrés avec pompe sous l’Empire Byzantin) en s’accompagnant d’un trigone, un petit triangle métallique que l’on frappe à l’aide d’une tige métallique.
Autrefois, les maîtresses de maison leur donnaient des sucreries, des fruits secs et des petits gâteaux
mais aujourd’hui, dans les grandes villes, les enfants reçoivent de l’argent.
En période de crise comme actuellement, ces vieilles coutumes ont du bon !
Je suis allé boire un café dans mon boui-boui préféré dans le port d’Egine.
Un café
comme on n’en voit plus, vieilles tables et chaises Tous les vieux
pêcheurs et autres hommes âgés de l’île s’y rassemblent le matin pour bavarder joyeusement.
J’ai appris à en connaître quelques-uns qui parlent aussi anglais et m’ont raconté des choses passionnantes sur les traditions de Noël en Grèce.
J’apprendrai ainsi que la coutume du Kalanda à lieu partout en Grèce, mais que de nombreuses autres traditions sont célébrées à travers tout le pays et selon les régions.
Tout cela résulte de fêtes chrétiennes et de croyances païennes que le Christianisme a tenté en vain de balayer. Peu à peu les saints ont pris la place des héros et des dieux. La population était
très attachée à ces usages ancestraux, et avait obligé l’Église d’accepter bien des comportements contraires à ses dogmes.
Vers la fin de l’époque romaine, l’Église a remplacé toutes les fêtes païennes chères à la population comme les saturnales, les calendes et autres, en les transformant en fêtes chrétiennes. Dans
le temps, la période de Noël n’était pas une période de fête et d’allégresse comme aujourd’hui, elle représentait la victoire de la lumière sur les ténèbres. Il faut se rappeler que le 25
décembre est célébré quelques jours après le solstice d’hiver du 22 décembre, époque où la nuit est plus longue que le jour. Ainsi la fête de la naissance du dieu Mithra * (dies natalis
solis invicti), l’invincible soleil, le 25 décembre, est devenu au milieu du IVe siècle (354 ap. J.C.), le jour anniversaire du Christ, la nouvelle lumière du monde.
La Grèce qui est un pays orthodoxe, a adopté le calendrier grégorien, et on y célèbre la naissance de Jésus le 25 décembre et non le 7 janvier comme en Russie.
La fête de Noël en Grèce n’est pas aussi importante que la fête de Pâques.
La veille de Noël, on se couche tôt pour assister à la messe qui commence à quatre heures du matin.
J'ai d'ailleurs été effectivement réveillé par toutes les cloches d'Egine, sonnant vers 4h du matin.
Au retour de l’église, toute la famille mange du miel, des fruits secs et le "Christopsomo".
« Le pain du Christ », une sorte de galette aux noix préparée la veille et celui
ou celle qui la préparée laisse l’empreinte de sa main, symbole de la marque des doigts du christ. Aux enfants découvrant l’empreinte sur le pain, la mère dit « - Regardez le Christ est né. Il a
touché le pain. Regardez les empreintes de ses doigts ». Le partage de ce pain répond souvent à un rituel très important.
Avant de le découper, le maître de maison fait le signe de croix avec un couteau sur le dos du pain.
Il souhaite ensuite le « chronia polla » « nombreuses années » à toute la famille réunie autour de la table. Puis, il coupe les parts de pain, la première étant réservée au Christ, la seconde à
la maison et la troisième au pauvre, puis le reste aux personnes présentes par ordre d’âge.
D’autres coutumes font poser sur la table le Christopsomo, en forme de croix et dans lequel on plantait une branche d’olivier, le tout décoré avec des pommes, des oranges et des figues. Toute la
famille se réunit alors autour du pain, le saisit et le lève trois fois de suite en récitant : « Le Christ est venu au monde, et cette table est celle de la Sainte Vierge ». Ensuite, il
était conservé devant l’iconostase jusqu’à l’Épiphanie avant d’être mangé.
Traditionnellement, chaque maison s'or-nait d'une maquette de bateau en bois décorée
de petites bougies. Le bateau est l'emblème traditionnel de Noël en Grèce. Le sapin de Noël a fait son apparition en Grèce en 1839. Dans l'Église orthodoxe, on n'utilise pas la crèche.
Le jour de Noël, toute la famille se rend au cimetière où un prêtre chante un psaume à la mémoire des disparus, puis on rentre pour manger le « kollyva », met composé de blé, de raisins secs,
d’amandes, de graines de grenade, de sésame et de sucre glace.
Les cadeaux ne seront pas distribués à Noël, mais le 1er janvier qui est aussi la fête de Saint Basile.
Mais ce n’est pas tout !
A partir de Noël et jusqu'au jour des rois, il faut craindre l'arrivée de certains mauvais esprits, les Kalikantzari
qui se glissent la nuit dans les maisons par la cheminée et font des niches désagréables. Il y a plein de rituels
pour les empêcher de s'infiltrer.
Faire du bruit en jetant du sel dans le feu,
ce qui le fait crépiter. Les distraire en leur donnant à manger ou en suspendant des pas-soires (pendant qu'ils comptent les trous, ils ne font pas de sottises), les piéger comme des mouches dans
le miel. Parfois on plaçait dans la cheminée 12 fuseaux pour qu’en les apercevant les Kalikantzari ne descendent pas par la cheminée.
Le jour de Noël dans l’après-midi, le repas est constitué de dinde farcie ou de cochon de lait farci, de kourabiédès (des sablés en
forme de croissant de lune avec du sucre glace), de mélomaka-rona (des gâteaux à ba-se de semoule, huile d’olive,
sirop de miel et noix pilées) et de diples (des crêpes frites enrobées de miel et saupoudrées de cannelle).
Mmmmm….
Le feu est, lui aussi, omniprésent à la Noël ! Elément magique et purificateur, il doit rester allumé douze jours de la veille de Noël à l’Épiphanie.
Dans l’île de Chios, on coupe une grosse bûche, placée au centre de la pièce principale et on répand des noix et des amandes tout autour afin que les enfants les ramassent et les mangent en
chantant des chants de Noël. La maîtresse de maison dépose ensuite la bûche, appelée bois du Christ, dans la cheminée, et l’allume en ajoutant du bois épineux pour écarter les démons et les
mauvais esprits. Les cendres seront répandues aux quatre coins de la maison la protégeant ainsi pour l’année à venir. Dans l’île de Lefkade ou Parga, on verse par trois fois du vin et de l’huile
sur le foyer en croisant ces éléments.
Dans d’autres régions, on « marie » le feu en prenant du bois ayant un nom féminin et du bois ayant un nom masculin et la maîtresse de maison dit : « je marie le feu pour le bien de la maisonnée
».
A l’opposé du feu, l’eau tient aussi une place très importante parmi les coutumes grecques. Selon une croyance populaire, les sources et les fontaines sont visitées la nuit de Noël par les
Nymphes et les Néraïdes qui leur donnent le pouvoir de guérir et de satisfaire tous les désirs.
En Épire, durant la nuit de Noël, les villageois offrent à leur fontaine du beurre et du fromage avant de lui «voler» son eau, tout en priant : « Ma petite fontaine, fais couler mes biens en
abondance comme tu fais couler ton eau ». Ensuite, ils jettent dans leur cruche une branche de ronces et trois cailloux et rentrent chez eux. Ils bénissent avec cette eau les quatre coins de la
maison et éparpillent trois cailloux dans la maison. Toujours en Épire, à l’aube, les jeunes filles vont chercher de l’eau à la fontaine pour préparer le levain de toute l’année, sans dire un mot
à l’aller comme au retour. On appelle alors cette eau « l’eau muette ». Après avoir mélangé l’eau à la farine, elles allument ensuite une bougie en disant trois fois : « La lumière apparaît, le
Christ est né. Ainsi que ma pâte soit bonne ».
Dans les régions maritimes, l’eau de la fontaine sera remplacée par de l’eau de mer. La veille de Noël, les habitants des îles jettent dans leur maison une poignée de sable en souhaitant
connaître autant d’années de bonheur pour leur maison et leur famille que de grains de sable lancés.
Voilà comment la Grèce d’aujourd’hui fête encore Noël dans certaines région
Pour les gourmands, la recette du christopsomo :
Il faut : 1 sachet de levure
25 cl d'eau chaude
1 verre de sucre en poudre
1 pincée de cardamone
1 pincée de sel
1 oeuf 1/4 de verre de lait
1/4 de verre d'huile
1 verre de farine
100 g de raisins secs
Ensuite, mélanger dans un grand bol la farine et la levure, ajouter le sucre, la cardamone, les raisins secs et le sel. Faire un puits et ajouter l'oeuf, l'huile, le lait et l'eau en mélangeant
en partant du milieu vers les bords. Terminer en pétrissant à la main. Couvrir le saladier avec une serviette et laisser lever la pâte près d’une source de chaleur ou au soleil pendant une heure.
Beurrer une plaque, placer dessus la boule un peu étalée et laisser cuire 1 heure à la position 7 du thermostat.
Quelques Kalandas..
Pour les très jeunes… link
et les plus âgés.. : link
Noël dans le port de pêche d'Egine :
La crèche vivante d'Egine dans le port.
Kala Christouyenna
!
* : le dieu Mithra : http://www.musagora.education.fr/religion/religionfr/mithra.htm
Première fois que je regarde ton blog ! Je ne me rendait pas compte de tout le travail accompli. L'akanaute surnommée Lou est magnifique. Je t'embrasse. Plein de projets pour 2009.
Eléonore