La Tunisie



TABARKA
Tabarka, et mes premières impressions après l’Algérie.. 

Vendredi 6 juin 2008

Le port est petit, assez sympa.

6 à 7 voiliers, les voiliers présents ici sont tous arrivés via la Sardaigne ou Sicile, et continuent vers Malte, Sicile, ou vers les marinas du Sud de la Tunisie.
Anak fait exception, arrivant via l'Algérie, et les questions fusent!

Il y aura un peu plus de monde dans un mois, surtout avec le festival de jazz début juillet, et en août celui de la world music.

Il n’y a pas de marina à Tabarca. Chouette ! Un quai dans le fond du port, où les bateaux peuvent se mettre avec le nez ou l’arrière à quai, et sur pendille de l’autre côté. C’est le meilleur endroit, bref, tout y est évidemment pris..

L’autre quai disponible pour les voiliers est à gauche de celui du fond, on y trouve un mélange de qques bateaux locaux, et qques voiliers, comme Anak. Le reste de la place, c’est pour les pêcheurs ou les barques de plongeurs de corail……

On s’amarre comme on peut. Quand je suis arrivé, il y avait une place à quai, là où je suis toujours amarré. Shérif, le très sympathique responsable du port m'attendait! Devant moi, 3 voiliers, à couple. Hier soir, un petit voilier écossais est venu se mettre à couple d’Anak. Trois écossais avec un de ces accents !!!!! Ils sont discrets et super sympas. Pas même un récital de cornemuse !

Etre le long du quai n’est pas toujours la meilleure place. Comme c’est un port totalement ouvert au public, à la différence de Bizerte, et autres marinas tunisiennes, qui ont des entrées surveillées et contrôlées, les gens qui regardent Anak sont presque à bord !
 Mais je préfère Tabarka ! Surtout après l’Algérie et la plupart de ses ports fermés au public.

Demain, un des bateaux à couple devant moi s’en va vers Bizerte, puis vers le Sud, et je vais prendre sa place. Je serai à couple d’un voilier en bois, inhabité, mais qui fera un écran entre Anak et le quai. Moins de bruit et de poussière.




Les jeunes couples se prennent en photo devant Anak… pour faire plus ‘vrai’, un des deux monte à bord, et ‘clic’ ! Bon, ça va une fois.. Mais, quand je sors, pour la photo et ma gueule dans le paysage.., curieux, ils changent d’avis !

Les portes d’Anak sur les côtés donnent sur le quai, c’est comme une invitation…, surtout qu’il fait chaud. Tout est grand ouvert ! Et heureusement il y a les rideaux, tirés, côté quai.

Les alentours du port lui-même ont été réaménagés. Bâtiments blancs et bleus à la tunisienne, quelques échoppes, capitainerie. Et les Tabarkais qui viennent se balader, ou les jolies tunisiennes qui viennent

draguer…

Mais non… !!!

…les jeunes tunisiens !! Bref, comme partout..

Bien plus loin, derrière moi, deux bateaux ‘pirates’, tenus par des jeunes, espèces de copies de bateaux pirates qui promènent les gens dans la belle baie de Tabarka, ou bistro pour jeunes sur le quai, en passant durant la journée et une petite partie de la soirée de la musique… non pas Tunisienne ! que des tubes américains! Mais bon, c'est assez discret, et quand j'aurai ma nouvelle place, je serai loin d'eux. J’'ai vécu cent fois pire dans les ports de Corses ou d’Italie. (Boites de nuit ouvertes, sur les quais, musique à fond jusque 5h du matin, ou le Spoon sur les quais de Ceuta !) Ca aussi, c’est la Méditerranée durant l’été, mais, cela fait aussi vacances.. Puis vive les boules Quiès !

Dès que l’on sort du port, en traversant les bâtiments blanc et bleu qui l’entourent, on est de suite en pleine ville.

Un autre monde, une ville normale, très active, pleine de monde. Taxiphone, Internet à 100m, et des magasins, boulangers, épiceries, marchands de légumes, camelots en rue, quincailleries, et mieux encore : des bouis bouis partout, kébabs, plein de cafés avec des terrasses ombragées.
Et ça j’aime..

Les prix sont identiques à ceux du Maroc, bonne nouvelle pour mon budget !

Le port lui est payant : une part pour la place, + une part pour l’eau, + une part pour l’électricité. Tarifs haute saison : 125 €/mois au total pour Anak. Mais c’est un peu moins cher que Ceuta !

Bonne nouvelle aussi!

Tabarka est le port le moins cher de Tunisie, et on peut prendre depuis le centre ville des bus très bon marché pour aller visiter les quelques magnifiques sites historiques qu’il y a dans le nord de la Tunisie.

Le Sud, avec ses grandes marinas (parkings à bateaux et ghettos d’européens avec leur parabole sur le quai) est loin, hyper touristique, Monastir, etc… Sans intérêt pour moi.

Je vais donc rester à Tabarka. Tant pis pour le monde en juillet et août, c’est le lot de toute la Méditerranée durant ces deux mois. Et le public des festivals n’est pas le pire.

Il y a donc quelques bornes sur le quai, avec eau et électricité. Epique, car sur 10 bornes, seul deux ou trois ont de l’eau, ou de l’électricité ! Alors, c’est l’accumulation de multiprises, etc… et ça ne disjoncte pas (j’attends la pluie, aucune borne ne ferme) !! Sur certains bateaux, les gens râlent : ‘bricolage, inorganisation, etc’, curieusement, ce sont toujours les français qui râlent le plus ! Pourquoi ne restent-ils pas en France et Corse. C’est bien mieux organisé, surtout les prix qui vont avec !

Tout cela ajoute pourtant beaucoup de charme à ce port, cette ‘désorganisation’ est finalement très sympathique..

Ce matin, longue douche hyper chaude, long champoing, quelle luxe et que c’est bon après si longtemps !

Je dois me réhabituer à l’eau courante au robinet ! Mon pied cherche à chaque fois la pédale qui actionne la pompe d’eau, puisque l’eau courante était coupée depuis Ceuta.

Je la mettais juste deux minutes, le temps de prendre ma douche tous les X jours.

Et douches froides, ce qui faisait faire de belles économies ! Je n’ai pas du ravitailler en eau depuis Melilla !

Les Tunisiens sont très accueillants, très gentils, comme les Marocains et les Algériens.

Par contre, pas grand-chose à voir avec le Maroc, encore moins avec l’Algérie. Il est vrai que depuis plus de 40 ans, c’est le pays du Maghreb le plus évolué et le plus riche – surtout par son tourisme, très développé dans le Sud. (L’Algérie à la richesse de son pétrole, mais on se demande où disparaissent les pétrodollars, et pourquoi la population n’en profite pas !?!?)

Il est assez rare ici de voir des jeunes filles avec des foulards. Elles sont plutôt habillées comme chez nous, et minces en général, ce qui change aussi du Maroc et de l'Algérie (sauf la Kabylie) et.. de l'Espagne !

Elles disent facilement bonjour, sans cette distance ou retenue parfois gênante qu’on sentait au Maroc et en Algérie. Shorts, minijupes, même en ville, ne font tourner aucune tête. Les jeunes couples flirtent souvent ouvertement.

Cela est quand-même aussi mille fois plus agréable.

Si seulement les droits de l’homme allaient dans ce même bon sens.. Ce n’est pas trop le cas, avec comme excuse, entre autres…, le danger des islamistes intégristes…, un peu la bonne excuse..

Voilà donc mes premières impressions tunisiennes.

Je n’étais pas vraiment enthousiaste de passer par la Tunisie au début. Mais j’y retrouve finalement la même situation qu’au Maroc, ni plus ni moins fliquée. Par contre, après plus d’un mois en Algérie, et toutes ses limitations à la libre circulation, etc, c’est presque un immense bol d’air : se lever le matin, savoir qu’après le petit dèj, je vais pouvoir aller boire un kawa en ville à 10ct, acheter mon pain, puis passer vite à Internet, sans autorisation, c’est quand-même pas mal !

C’est surtout étonnant de ressentir cela aussi fort !


TABARKA - KELIBIA 

 

Je vous écris de Kelibia, gros port de pêche plein de chalutiers et barques de pêcheurs. Sans oublier une odeur absolument géniale, puisqu’elle me transporte bien des années en arrière : quand les filles se pinçaient discrètement le nez sur la plage de M’Bour, au Sénégal, au milieu des milliers de poissons en train de sécher (ou pourrir) au soleil !

C’est un peu pareil ici par moments, mais on s’habitue !

Le 16 septembre, j’ai quitté Tabarka après une escale de 3 mois finalement bien sympathique.

Les premières semaines m’ont permis de me reposer après cette longue navigation et douze escales en Algérie, puis soigner Anak qui avait un peu souffert dans les ports industriels de marchandises ou de pêche algériens.

Le fort de Tabarka : 

Après sont arrivés les proches : Agnès, Lisa et son déjà bien gros ventre, Gilles, et qui semblaient tous aussi avoir bien aimé Tabarka.

Nous ont par contre énormément manqués : Nora, Franck et petite Lou. Mais elle était encore un peu petite pour nous rejoindre dans le nord de la Tunisie. L’avion, mais surtout les taxis collectifs et longues heures de route inconfortables dans la chaleur de l’été tunisien...

Lisa s’en rappelle encore sans doute, secouée avec son ventre de 5 mois !

On s’est consolés en regardant les nombreuses photos de Lou que Nora nous envoyait par Internet !

Ce 16 septembre donc, je quitte Tabarka.
Et pour la première fois depuis des années : pas seul !

 

Inutile de vous dire combien j’étais stressé, le moral plutôt style grosses semelles de plomb comme toujours quand je quitte un endroit où j’ai vécu des moments intenses et chouettes avec mes proches.

Et, grand événement : j’emmène un ami qui voulait un peu naviguer avec moi. En général je dis non.

Anak n’est pas grand, je suis plutôt du genre sauvage, je navigue seul depuis des années.

Aïe, aïe, partager mon petit domaine flottant. Autant avec des proches, c’est évident et facile, autant c’est complètement différent avec un presque inconnu.

La météo avait été très mauvaise durant 4 jours. Sinon je serais parti le 12 ou le 13. Cela me faisait des suppléments de frais de ports à un tarif bien moins avantageux que celui au mois. Finalement, le responsable du port, Shérif, pour qui j’avais souvent joué à l’électricien attitré du port en réparant les bornes de courant, m’a fait cadeau de ces jours supplémentaires.

Il m’avait prévenu : attention, si tu pars demain, le vent se sera un peu calmé, par contre, la mer est encore très mauvaise ! Bof… que je pense…

 Pfff, vous auriez vu Anak, il faisait des sauts de kangourou sur les vagues, très fortes, irrégulières et sadiques car comme jouant avec Anak qui tanguait dans tous les sens.

Grosse houle

 

Mais Anak, même si mené par un marin d’eau douce, est un bon bateau…

Je dis marin d’eau douce… car… :

JE SUIS TOMBE MALADE !! OUI, LE MAL DE MER ! MOI !!! :

Stress du départ

Stress des souvenirs de Tabarka

Stress vu les prévisions météo

Stress car j’ai plus de mille miles nautiques à parcourir d’ici mi-novembre

Stress car cela se fera dans des conditions difficiles, vents contraires, etc.

Stress pour les traversées de nuit encombrées

Stress car j’ai le blues

Stress puisque le blues, pas la forme physique

Stress parce que chaque départ est un nouveau immense point d’interrogation

Stress par ce que exceptionnellement je ne suis pas seul à bord

Stress parce que je suis con d’angoisser ainsi

Bref, les poissons étaient ravis : chaque fois qu’ils me voyaient me pencher par-dessus bord : « miam, miam, du tout frais déjà mastiqué », et pas de Ramadan pour eux !

Oui, le soi-disant bouffeur de miles en mer, penché sur la main-courante, en train de dégueuler en mer pendant qu’Anak, se marrant trop de me voir vert et gris par alternance, faisait encore plus de cabrioles dans l’eau pour m’achever !

Et le copain qui me croyait aguerri en mer, il y avait comme un doute dans ses yeux…

Bon, il a eu la pudeur de ne pas me prendre en photo, vous n’aurez donc pas l’immense joie de me voir penché en train de gerber au dessus de la mer déchaînée. Oh, je vous sens très déçus !

Donc énorme houle de travers, et même du vent ! A un moment donné c’est formé une colonne cyclonique pas loin d’Anak.  Dans le ciel, une grosse colonne d’eau, puis deux !!! et la première rejoignait une autre se formant depuis la mer pour rejoindre l’autre dans le ciel ! Le tout est passé derrière Anak ! J’en ai même oublié un moment de vomir par-dessus bord !

  

Je hisse le génois malgré les gargouillis de mon estomac et ce mal-être du mal de mer qui me rappelle que je ne dois jamais me moquer de ceux qui l’ont.

Je garde le moteur allumé : chaque fois qu’Anak plonge du nez dans l’eau, ses 12 tonnes ralentissent aussi sec dans la vague. Ce n’est pas ainsi que je vais arriver à Bizerte avant la nuit.  

Et Bizerte est à 65 miles ! Et un vilain cap à passer avant. Et vu le temps, pas de mouillage !

Moteur à 1500 t/M, juste pour soutenir Anak, et en réalité, avec le génois Anak fait des pointes de 6 à 7 nœuds ! Résultat, arrivée à Bizerte à 18,00H ! Un record.

Merci Anak, t’es un gros char, mais quand tu veux, tu m’épates à chaque fois !

Mon mal de mer a passé, mais je suis crevé. Je fais quand-même un tour en ville pour montrer à Denis les murailles de la Casbah, le canal, et tous les bistros où ont s’est arrêtés avec Lisa et Gilles, (et Lisa se demande où elle a gagné 4 kgs en deux semaines ! )

Hélas, pas de Boga blanc, c’est le Ramadan, tout est fermé, et du coup, la belle Bizerte parait si sinistre comparé à mon passage il y a quelques semaines avec Lisa et Gilles.

On retourne à bord, je fais mon entretien d’escale. Il y a une odeur de gasoil qui traîne, mais je n’arrive pas à localiser de fuite ou quoique ce soit. Et j’ai horreur de la moindre odeur de gasoil !

Ensuite petit repas, et rebelote : tour en ville. Le Muezzin a chanté, tout le monde s’empiffre et nous on boit enfin un Boga blanc sur une des rares terrasses ouvertes.

Le soir, retour sur Anak, qui est seul, amarré à un petit quai, car les deux pontons de Bizerte, à moins de 20m, étaient pleins. Donc pas d’eau ni électricité, ce qui n’est pas un problème. Par contre, nuit de port gratuite, puisqu’on n’était pas amarré au ponton habituel. Super !

Le lendemain matin, donc 17 septembre, départ pour Sidi Bou Said à 8,00h.

Chouette lever du soleil juste derrière un pétrolier dans le port.

 

La baie de Sidi Bou Said,





















Sidi Bou Said est le port de plaisance de Tunis, c’est là qu’habite le président tunisien Ben Alli, et c’est aussi un peu le Saint Trop du coin, mais avec des flics à tous les coins de rues.

A côté, à deux kms, il y a La Marsaa, le quartier le plus huppé des riches tunisiens. Au milieu de La Marsaa, au bord d’une grande avenue, un immense, je dis : immense parc luxueux, des guérites avec militaires tunisiens, et au milieu une habitation qui fait plus palais que résidence… car c’est la résidence de l’Ambassadeur de France !!! Cela, plus l’immense ambassade de France qui fait tout un bloc de rues Avenue Bourguiba en plein centre chic de Tunis, faut pas s’étonner que les caisses de l’état en France sont vides, et tout cela pour nous représenter dans une dictature !!! La politique française n’a pas fini de m’étonner en Afrique.

On arrive donc à Sidi Bou Said vers 16 h, et là, surprise après Bizerte… Le port est plein, on doit se mettre à quai de la station de gasoil à l’entrée.

On est sans cesse secoués par les bateaux qui passent. Il est marqué : VITESSE : 3 nds maximum à l’entrée du port, mais les riches tunisiens et surtout les gosses de riches sur leurs hors-bord où trônent de splendides pétasses tunisiennes passent à plus du double si pas quadruple ! Je n’ai pas même le temps de me rincer l’œil !

A la capitainerie, on me promet une place pour le lendemain matin, puisqu’on reste deux nuits sur place. Denis doit partir, et rejoindre une amie à Tunis.

Coup de bambou : 63 Dinars pour deux nuits, mme celle à la pompe de gasoil ! C’est ça les ports de riches !

Pour la Tunisie, c’est énorme, à Kelibia, je payerai 23 dinars pour 3 nuits, eau et électricité comprise. A Sidi Bou Said, je devrai payer l’eau et l’électricité en sus avant de partir !!

A Tabarka, j’achetais ma nourriture de la semaine avec un gros 10 dinars !! (Ici, un salaire correct fait 300 Dinars par mois, bref, le contraste de La Marsaa et le reste du pays, c’est quelque chose !

Bon, on s’installe, et on mange du poisson. Ben oui, 3 petits thons dans la journée à la ligne de traîne ! C’est pas vraiment dégueu, le thon tout frais !

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La technique de pêche s’améliore avec l’expérience. Donc, le thon à peine sorti de l’eau, couic, sa tête est tranchée et le poisson vidé, tout cela dans un seau d’eau de mer. Ensuite, papier alu et au frigo, dans une boite étanche ! J’adore le poisson, mais les odeurs de poisson dans un frigo, beurkkk !.

Je fais un court-bouillon pour les cuire, j’y ajoute un fond de sauce pour courts-bouillons de poissons que m’avait laissé Agnès dans les réserves, ainsi ils ne dessèchent pas, tout cela accompagné de délicieuses pommes de terre achetées avant mon départ à une paysanne en rue à Tabarka. C’était un régal !

Le lendemain matin, je suis allé voir un des types qui placent les bateaux.

«  - Vous me trouverez une place rapidement ? »

- Mmm, difficile, les gens quittent le port vers midi seulement, je vous dirai alors ! »

Mais je n’ai aucune envie d’attendre midi, surtout que nous sommes maintenant 3 voiliers agglutinés autour de la pompe à gasoil. C’est fou ce qu’une pièce d’un dinar peut réaliser, surtout quand on les glisse discrètement dans la main du type…

«  - Il fait combien, votre bateau ? »

- 10 m »

- Oh, mais pas de problèmes, j’ai une belle place pour vous, là-bas, au bout du ponton, et la borne d’eau et électricité est à 2 m ! »

Merci M. Bakchich, vous êtes toujours aussi efficace.

Curieusement, et malgré tout ce que l’on raconte (et dont il faut donc se méfier), les bakchichs sont un mode de fonctionnement au Maroc et en Tunisie, par contre, en Algérie je n’ai jamais du donner des bakchichs ! Pourtant, c’est eux qui en auraient le plus besoin !

A 9h, j’ai ma place, Départ à Tunis avec Denis qui a mon petit plan en poche pour se débrouiller ensuite et rejoindre son amie.

Je compte revenir vite pour cajoler Anak, comme à chaque étape. C’est la priorité des priorités. Les niveaux d’huile moteur et inverseur. Nettoyer le filtre à eau de mer, vérifier le décanteur à gasoil, et ces trente-six mille petits détails qui assurent la bonne marche du bateau, et donc contribuent à la sécurité en mer. Trouver d’où sort cette odeur de gasoil !

A Tunis, je repère rapidement un Cyber et j’y trouve le mail que Nora m’avait annoncé par SMS. Toujours des problèmes administratifs, que je règle au mieux et le plus rapidement possible. Je dois foncer à la Poste pour envoyer une lettre recommandée.

Ensuite, passage par une quincaillerie que je connaissais, pour une prise étanche à remplacer sur Anak, et je reprends le train pour Sidi Bou Said.

Je passe au Supermarché du coin, du pain frais qui a l’air bien bon, et retour vers Anak.

Je fais donc mon 5à7 technique sur Anak, et je crois que j’ai trouvé pour l’odeur de gasoil : j’avais fabriqué à Tabarka un nouveau joint en caoutchouc épais pour une des trappes de visite du réservoir central, et j’aurais du resserrer les 12 boulons de la trappe un mois plus tard, car le caoutchouc neuf s’était écrasé, résultat, j’ai vu que cela semblait avoir suinté par là. Grand nettoyage au détergent et resserrage des boulons. J’espère que c’était cela ! 

Cela fait, je décide de visiter La Marsaa. C’est là que je découvrirai, comme raconté plus haut, où partent nos impôts pour que la France continue à faire croire que c’est un grand pays.

Mais le Ramadan n’arrange rien. Quoique, par-ci, par-là, quelques bistros sont ouverts, fréquentés par la jeunesse dorée du coin.
Ils ne vont pas faire Ramadan ceux-là, laissons cela aux petites gens ! Comme je crève de soif, je m’arrête et commande un Boga Blanc que je bois très discrètement à l’intérieur. La provoc en plein Ramadan, pas trop mon truc ! Chez les riches, le Boga blanc a exactement le même goût, la bouteille a la même contenance, c’est juste le prix qui est doublé !

A propos, à Tabarka, durant le Ramadan, la plupart des vrais vagabonds des mers se faisaient discrets pour manger, inutile d’étaler dans le cockpit nos repas et boissons, que la plupart des Tunisiens, passant sur le quai ne peuvent se payer et encore moins manger durant les journées de Ramadan. Me mettait alors en colère ces plaisanciers, qui ‘n’en avaient rien à foutre’ (en français svp.. L ) et baffraient en arrosant d’alcool leurs repas, bien installés dans leurs cockpits à la vue de tous. Navré, mais qu’ils restent en France si incapables de respecter un minima les coutumes et traditions, religieuses ou autres des pays qu’on visite, et il faut le rappeler, pour notre pur agrément !

Je vois un Cyber, et je confirme à Nora l’envoi par recommandé, et je vérifie une dernière fois la Météo.

Je rentre ensuite sur Anak.

Au menu, poisson frais (ceux pêchés hier, faut les finir !)

Le lendemain matin à 6,30H, Anak quitte Sidi Bou Said et les énormes yachts tape-à-l’œil du port.

La côte est belle par moments, mais absolument rien à voir avec la côte algérienne ou marocaine !

Elle a par contre une mauvaise réputation avec les tempêtes violentes du détroit entre Sicile et Tunisie. De temps en temps, des épaves échouées sont là pour le rappeler.

Petite brise qui permet de monter toutes les voiles. Anak est heureux et file bon train. C’est si rare en Méditerranée : ou pétole, ou coup de vent !

Je dois passer le Cap Bon, c’est le cap le plus proche de la Sicile, qui est en face, et le détroit est réputé dangereux pour ses gros coups de vents à cet endroit !

J’ai du bol, enfin, pas vraiment car la belle brise du matin s’est arrêtée à 11h, et je passe le Cap au moteur avec 0 vent…

A 17,30H, je rentre dans le port de Kelibia, mon dernier port tunisien !!!

L’arrivée est chouette, car une immense forteresse surplombe la ville.

Dans l’antiquité, Kelibia était un point stratégique très important dans le détroit entre la Tunisie et la Sicile. Kelibia s’est appelé au début Apsis, puis Clipea, 5 siècles avant JC. Au 11 siècle, c’était une cité majeure, très connue pour ses chantiers navals. Les Carthaginois y ont construit une immense forteresse que les Romains ont assiégée durant deux ans avant de pouvoir l’envahir ! La forteresse originale fut ensuite détruite, reconstruite en plus petit, elle fut à un moment transformée en Ribat, où les Sufis formaient au combat des jeunes Musulmans pour conquérir avec la flotte Aghlabide basée à Tunis la Sicile et autres îles afin de les islamiser. Même les Normands, au 10ième siècle, y ont séjourné ! Aujourd’hui, le fort est abandonné, l’intérieur sans grand intérêt et les militaires y ont construit d’horribles bâtiments.

 

Anak vu du fort




















Kelibia est un gros port de pêche et les gens sont très sympas. Au centre du port, entre les chalutiers, il y a un quai, où s’agglutinent quelques voiliers. Je serai le septième à me faufiler dans un emplacement à couple en faisant une manœuvre savante, car j’ai très peu de place pour aller me faufiler en long à côté d’un autre voilier et des chalutiers en face !

 

Devinez ce qu’il y avait au menu hier soir ? Des filets de thon, (ce sont des petits thons, aussi appelés « thonines » - Euthynnus alletteratus, comme tout le monde sait.. (Lisa ; merci pour ton livre : ‘Guide des poissons de mer et de pêche’ pour les Nuls !!!) et ils étaient si gros, qu’on aurait cru des steaks ! Bon, avec tout ce poisson (il en reste au frigo !!!) je vais peut-être devenir plus intelligent (sympa de sourire, les filles..)

Coup de vent annoncé pour aujourd’hui et demain !

J’en profite pour faire mes révisions et vous écrire ce mot. Demain, j’irai dans le centre ville de Kelibia dépenser mes derniers dinars en provisions diverses, car tout est tellement moins cher ici.

Le lendemain, si Eole veut bien, cap sur l’île sicilienne de Pantelleria, à 45 miles d’ici, au milieu du détroit. Et après, c’est la Sicile, ou le retour vers l’Europe !

« Je vous tiens au jus ! » comme dirait Nora ..

 


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Mise à jour le 11/03/2010

Bernard Moitessier :

partir n'apporte pas de réponses, mais ça évite de poser les questions...

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