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Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

8 (2) - Le fameux pont de Chalkis, et Eretria


 

J’étais arrivé le 10 septembre à Oreoi, et là, nous sommes déjà le 15 ! Éole en a décidé ainsi, un bon coup de vent ne donnant envie à personne dans le port d’aller se balader en mer.

Donc, aujourd’hui, 15 septembre, en route pour Chalkis avec un arrêt à Limni et Politika. Anak est propre et lavé, les pluies diluviennes ont nettoyé et désalé le pont, les cordages, et tout ce qui traîne dehors ! Finalement, elle a du bon aussi, cette pluie. Enfin, là, le départ sous la pluie, c'est moins drôle, et cela risque de durer toute la matinée. Vive la timonerie bien abritée d'Anak !
 Gris, non ?
Évidemment, après un coup de vent, c’est la pétole. La mer méditerranée tient à sa réputation !

La côte d’Eubée est toujours aussi belle. Des maisons parfois isolées, tout au bord de l’eau, font rêver.








































Je passe le cap Vasilinas vers 10:15h. Le courant y est très fort, et normalement, il est conseillé de contourner les îles face au cap, plutôt que de se risquer dans le petit passage.

Des bateaux qui ont quitté Oreoi en même temps que moi contournent sagement les îles, mais voyant Anak accélérer de plus en plus en s’approchant du cap, j’opte pour le petit passage.

Un régal de courant et remous qui me propulse de l’autre côté!

Vers 15:00h, je vois le port de Limni.

J’avais fait cette route au mois de Mai en montant vers les Sporades. Au cap Vasilinas, même chance qu’aujourd’hui, mais dans l’autre sens ! Le courant m’avait aussi évité le détour autour des îles.

Limni est un petit port tout en longueur. Impossible de virer dans le port. Vaut donc mieux bien voir s’il y a de la place et comment y aller, car après : marche arrière !

Au mois de mai, le port était presque vide. Là il est plein de bateaux qui hivernent, ainsi qu'Amarante, un voilier français, et un voilier allemand, tous deux partis d'Oreoi bien avant moi.

Il reste juste de quoi amarrer Anak au bout du quai.

Les amis allemands et français sont là pour m’aider, et j’amorce ma manœuvre pour rentrer dans le port. Un vrai virage en épingle à cheveux, tellement c’est étroit !

Le vent souffle un peu, et en pleine manœuvre, je réalise que si j’utilise le vent et le pas de mon hélice, mon bateau, avec des petits à-coups de marche arrière, va virer tout seul devant le quai, et que  j’aurai alors l’étrave tournée vers la sortie pour demain-matin !

Cela se fait sans problème et voilà Anak à nouveau amarré à Limni.

Je pars chercher du pain et un peu de nourriture. Hélas, plus de pain..

































Tant pis, j’ai de quoi continuer à bord : Du pain industriel en tranches, absolument dégueulasse, sans aucune propriété nutritive, mais cela dépanne.

Le lendemain matin, je pars pour Politika. Politika est un petit port méconnu, à 6 miles au nord de Chalkis.

 Ciao, Limni
La côte de l'île d'Eubée devient vraiment majestueuse !
































































   
Juste un quai, des robinets partout, et des pêcheurs. J’adore cet endroit, le calme absolu, les pêcheurs qui vont et viennent, et la berge tapissée de petites tavernas sous les arbres.


A peine arrivé, je vois le voilier de mes amis allemands de Limni qui vient s’amarrer derrière moi.

- "Gutentag ! On est venu t'amener du pain, ce matin-tôt, on a foncé en ville en chercher, et comme on sait que tu n'en avais pas trouvé, en voilà un. On savait que tu t’arrêtais ici !"

Trop chouette ! Ils ne veulent même pas que je paie le pain. Ils repartent de suite, désirant passer le pont de Chalkis la nuit prochaine. Politika est un petit port plein de couleurs.

Le charpentier de marine..
Les pêcheurs et leurs filets.













Deux heures plus tard, arrive Amarante qui voulait voir de près ce petit port dont je leur avais parlé.

Le lendemain matin, départ pour Chalkis, et son fameux pont au courant terrible, et qui fait trembler tous les plaisanciers qui remontent ou descendent le détroit d’Eubée !

Ce passage est une légende. Tite-Live, Cicéron, Pline et Strabon en parlent. On dit qu’Aristote s’est jeté dans le chenal, dépité de ne pouvoir expliquer le rythme et phénomène des courants du chenal. Le premier pont remonte à 411 av. J.C.. Justinien le remplaça par le premier pont mobile. En 1896, c'est nos petits belges qui construisent le premier pont pivotant de Chalkis. Et c'est en 1962 que fut construit la mécanique complexe du pont actuel : pour l'ouverture, les deux parties du pont descendent d’abord d’un mètre, et puis glissent comme des tiroirs longs de 15m, chacun de son côté sous la chaussée ! Plus simple on ne pourrait pas faire.

Le passage de l’eau sous le pont fait 30m de large, et selon les courants sud ou nord, c’est tout le détroit nord ou sud qui pousse l’eau à travers ce goulot. Les gardes-côtes n’ouvrent le pont qu’une fois dans la nuit, essayant de calculer au mieux le moment de la renverse des courants pour un passage plus aisé de ce goulot.

Ciao, Politika

En arrivant, il y a un quai en ville où il est possible de s’amarrer. Ce qui est curieux pour un endroit aussi dangereux, c’est que rien n’est prévu pour attendre l’ouverture du pont. Le quai est en pleine ville, il y a des anneaux, mais la plupart sont à moitié descellés, et on peut comprendre pourquoi, vu le courant.

 Les courants
Je me mets donc le long de ce quai, avec beaucoup de courreries pour m’attacher au plus vite. Heureusement, Amarante est déjà là et ils viennent donner un coup de main.

Anak à Chalkis
Les propriétaires d’Amarantes sont un couple français à la retraite, et qui sillonnent la Grèce et la Turquie depuis des années.
Ils laissent chaque année Amarante en hiver quelque part dans un chantier bien au sec, pour repartir découvrir cette partie de la Méditerranée dès le printemps.
Si on leur demande quand ils vont rentrer en France, ils vous regardent presque gênés : mais on n’a plus du tout envie de rentrer en France !
Ils veulent donc continuer leurs balades en Grèce, en laissant tomber la Turquie où les prix explosent partout !



Je vais chez les gardes-côtes pour connaître l’heure de passage. La dernière fois, c’était 23H. Ils me disent de mettre ma radio VHF en veille à partir de 22H, mais que le passage ne se fera pas avant minuit. Un cargo monte du Sud vers le Nord, donc il est prioritaire.

En réalité, le cargo ne se pointera qu’un peu avant 3H du matin. Il faut foncer dès que le cargo est passé !

Et il y a de quoi ! Le retard du cargo fait que la renverse a commencée. Le cargo était poussé par le courant, mais pour nous c’est le contraire ! Et quand on sait que cela peut monter jusque 6 nds…

Résultat : cela bouillonnait sec au pont.

Un voilier à côté de moi avait mis son petit 16cv à fond, plus son moteur hors-bord !!
Il m'empêchait d'être plus au milieu, car lui n'osait plus bouger de sa trajectoire, ayant trop peur dese mettre en travers, poussé par le courant. A priori, je le comprends, il devait mouiller son pantalon de peur, 16cv et un tel courant !

Bref, Anak à 2500t/m a arasé les murs du pont, un petit bonjour au mécano du pont, médusé : (-« encore un belge, tous cinglés ! »), dans son tunnel-tiroir-pont.



Un appel à la VHF (caméras) : "Anak, not to close on the side!", plus une engueulade à mon voisin quand son écran a expliqué pourquoi. Lui ne devait rien entendre avec deux moteurs qui hurlaient.

Mais bon, les 80cv d'Anak ont bien aidé, on passe donc sans encombre sauf qe mon sweat est plus mouillé que normale :-(. 
Vrai que mon cinoch perso habituel tournait full speed en 35mmm :  le moteur qui s’arrête, Anak qui se met en travers du passage, tape dans le mur, puis dans le voilier derrière qui explose, tout le monde à la flotte et j’en passe. En haut sur la route tout le monde applaudit : Olé ! Olé !
A priori, prévoir le pire fait sourire..

Moins drôle, je m'étais mis en tête que c'était 13€ le passage, en réalité, cet a.m. je dois payer18€ et des poussières, râlant de voir un peu de budget nourriture disparaître.

Moral déjà pas terrible dans la journée, j'ai décidé, tant qu'à faire, 18€ pour un pont, je puis bien en prendre un peu plus pour me soigner.

Bref, je suis allé chercher une Pita, ce n'était plus le pont mais le pied, car à 1,80€ la pita, voilà qui n'est pas cher ! Et cela change des pâtes et pommes de terre du marinero solo paresseux en cuisine.

Rentré sur Anak, j'ai fait cuire une tomate à la poêle, je rajoute une patate précuite, dépose ma galette pita bien déroulée au-dessus, et j'ai bien mangé pour pas grand-chose. Un régal !

Là-dessus, avec mon sens de l'économie bien connu…., toujours pour remonter le baromètre du moral : une bonne glace industrielle, aussi bien moins chère qu'à Elios, c’était déguelassement bon !
Et j'étais rentré somnoler, la VHF à fond pour ne pas rater le départ!

Après les émotions du pont, je prends la direction de la marina que tout le monde m’annonçait pleine. Mes amis Trolliens, passés la nuit avant, et de façon mouvementée (http://lepetitmondedetroll.fr/septembre2009/index.html) avaient jeté l’ancre dans le premier élargissement après le pont. Je n’aimais pas cette solution peu sûre.

Arrivé au premier ponton de la marina, je découvre dans le noir 15 m de place libre. S'y amarrer, même de nuit fut un plaisir. Puis vite courir à un autre ponton pour indiquer une place à Amarante qui avait voulu me suivre dans le noir, tous deux encore un peu affolés par le courant du pont. Je déculpabilisais, c’était eux, le voilier dans mon cinoch, qu’Anak pulvérisait en deux morceaux  et avec leurs propriétaires me rejoignant dans le courant !

Encore un peu énervé par ce passage, j'ai préféré ensuite lire afin de me calmer avant de dormir. Au passage, je recommande : 'Le chateau blanc' d'Orhan Pamuk, un chouette livre.

 

Anak au ponton, après le passage du pont
 Ciao, Chalkis !
Ce matin, départ cool pour Eretria ou port environnant, où se trouvent Françoise et Thierry sur Troll. Ainsi je vois à quoi ressemble ce coin.

Un dernier coup d'oeil à la météo, et je file.

 

ERETRIA

 

Grasse matinée et café sur Amarante, il est 10:45h. Ils décident de se reposer de leurs émotions et ne partir que demain. On est le 18 septembre, je préfère continuer à tracer doucement ma route pour retrouver Nora et Franck le 10 octobre à Égine. J’ai donc le temps, mais un coup de vent est annoncé à la sortie sud d’Eubée, autant attendre dans des endroits plus sympas que Chalkis. La marina est juste à côté du port industriel, bruit, poussière, beurk !

Et me voilà parti pour Eretria où je vais arriver vers 14:30h. De loin, on reconnaît l’endroit, car c’est un ballet incessant de bacs qui relient Eretria au continent en face.



En rentrant dans le port, je vois Troll à l’ancre. Un peu plus loin, 'Mayera', le voilier de leurs amis qu’ils devaient retrouver ici. Personne en vue.



Troll - Mayera - Anak

Je regarde où jeter l’ancre, 6m de fond, si je lâche 35m de chaîne, je suis tranquille. Le tout est de se mettre assez loin des autres pour que, si le vent tourne, je n’aille pas emmêler nos chaînes ou taper l’un contre l’autre.

Ma chaîne déroulée, je fais une bonne marche arrière, ça tient ! Anak ne veut pas reculer !

Un peu après, apparaît à côté de la coque d’Anak la tête de notre illustre Trollien : Thierry. "On ne t’a pas vu arriver. Viens, tu es invité à boire le café sur le bateau de nos copains!"

Et voilà un café de bienvenue et bienvenu après la nuit passée. Et la découverte d'un autre couple très sympa sur un bateau qui ne l’est pas moins. C’est qu’ils ont tous le même look, ces bateaux de voyage et leur bordel dehors, cordages, caisses, jerrycans, ou dedans: souvenirs, livres, etc..
C’est vivant, on est loin des voiliers aseptisés et nickels, alignés dans les marinas de l’Europe de l’ouest !



Je vais passer une nuit géniale. Il y a de quoi, la nuit précédente je n’ai finalement que mal dormi et quelques heures seulement.

Ce soir, je me fais des pâtes, - je sais, c’est original…, avec deux œufs sur le plat, - je sais, c’est encore plus original ! Je suis tellement fatigué que je laisse tomber le pot de sel sur les œufs. Tant pis…

Pff, les litres d’eau que j’ai bu après ce repas !

J’ai regardé un film sur mon pc, pour m’endormir après aussi sec…, assoiffé !

Ce matin, Troll traverse le détroit pour aller voir Zacharias, le patron d'un chantier naval qui est juste en face. Le bonhomme a une réputation de sérieux, efficacité et honnêteté. Et Thierry voudrait faire un diagnostic précis de son moteur. Il ne connaît rien en mécanique, et son moteur lui donne trop de soucis ces derniers temps. La sagesse et la tranquillité d'esprit ont décidés pour ce choix, quitte à rester un peu coincés dans le coin.

Mais c’est tellement important : avoir confiance en son moteur !

Personnellement, j'attends de ses nouvelles. Zacharias a proposé que je vienne passer 48h dans le petit port de Chalkoutsi, à côté du chantier, mais il devait d'abord demander si cela était possible à l'autorité du port. Et ce genre de décision au rythme grec, ce n’est peut-être pas pour aujourd’hui. Quelle importance ?

Si oui, je traverse ce soir ou demain matin, pour voir à quoi ressemble ce coin là. Si non, je continue direction Sud, me mettre à l’abri du coup de vent annoncé, ce dans un mouillage dans la belle baie d’Almyropôtamos, puis après,  doucement direction Égine !

C’est qu’il y a du boulot avant l’arrivée de Nora ! Ménage, nettoyages et grosses lessives. Tout préparer pour que, dès leur arrivée et si la météo veut bien, on puisse partir pour Palaia Epidaures et Poros.

5 jours à bord, espérons qu'on puisse faire un maximum d'escales!
En attendant, quelques photos d'Eretria, qui est un petit port surtout animé par les bacs incessants entre Eretria et Oropo sur le continent; En été, c'est très touristique et fréquenté par des athéniens. Eretria s'appelle aussi Néa Psara. Les Turcs massacrèrent en 1822 les habitants de khios et de Psara. Lesc survivants vinrent se réfugier ici.







































La lutte contre l'obésité grecque.























Dernières nouvelles : Le port où est Thierry me donne une place, mais à 15€ la nuit !
Bref, non compatible avec mon budget; La météo s'en mêle, le coup de vent s'accélère et je pourrais bien me retrouver demain avec un force 7, là exactement où je veux aller. Une fois que j'y suis, pas de problèmes, c'est abrité, mais c'est y aller !
Et rester coincé deux ou trois jours dans un baie. Donc, pourquoi ne pas rester sagement à Eretria, attendre que cela se calme, et puis on verra!
Et, si l'ancre d'Anak tient bien, peut-être prendre le bac et aller dire bonjour à Thierry et voir à quoi ressemble ce coin-là ? Inch Allah ! Il n'est pas beau, Anak au mouillage ?
 
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Anak au mouillage, le soir, photo prise du bac Oropo - Eretria

Published by Vagabondages en Mediterranée du voilier Anak - Vagabondages

Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

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