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Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?   (Suite de 4)    

 

15 mai 2008 16h00 – CHERCHELL – 36°36’.8N 02°11’.5E (45 milles de Ténès)  

 

Toujours cette côte algérienne fabuleuse.

Vais-je trouver un cyber ici à Cherchell, ou à Sidi Ferruch, la fameuse marina avant Alger ?

Demain c’est vendredi, donc leur dimanche. Le chef de la PAF passant la fin de semaine à manger du couscous et des cornes de gazelles (mmm..) chez lui, on m’annonce que je ne pourrais sortir que samedi.

Pas grave, car ici, on m'a déjà annoncé la couleur, pour la sortie, un seul papier. « Tu vas où tu veux, tant que tu veux, quand tu veux et seul si tu veux. » Génial !

À Cherchell il y a deux musées, un passé phénicien et des ruines romaines un peu partout.
A l’époque Cherchell s’appelait LLol, et le roi Numide Juba II de Mauritanie en avait fait sa capitale ! Son papa, Juba I avait été battu par César et Juba II avait accepté que Iol devienne un protectorat Romain en 25 Avant JC.

En l’honneur de l’empereur Romain, Lol devint ‘Caesarea’.
Juba II avait reçu une éducation hellénique de gosse de riches à Rome (à l’époque un peu l’équivalent de nos collèges jésuites actuels). Juba II avait aussi séduit avec sa grosse Rolex la fille de Cléopâtre et s’était marié avec elle. (déjà la jet-set..) Passionné d’art et civilisations, Juba II a enrichi Ceasarea de collections d’art qu’il faisait venir de toute la Méditerranée avec sa galère romaine transformée en yacht par son copain Bollorium 1er (heu, là j'exagère..). Sur une des grandes mosaïques représentant son mariage, on voit dans un coin une servante tendre un rouleau de papyrus scellé (les sms de l'époque) à une très jolie courtisane : d’où le désormais célèbre message : ‘si tu reviens j’annule tout’.

Ok, c’est tarabiscoté, mais ma fille Nora avait du mal au lycée en Histoire, alors j’arrangeais toujours un peu l'Histoire pour elle…

Il reste quelques belles pièces et beaucoup de copies sur place car, devinez : comme par hasard, les plus belles pièces originales sont au Louvre : une belle statue d’Apollon, de l’empereur Auguste, des mosaïques magnifiques.

Cherchell s’avèrera être une petite ville bien agréable.

L’ambiance est très différente, la PAF me pousse presque à demander cette autorisation de sortie, « car il faut voir nos musées, et après vous allez vous promener en ville, vous êtes libre. »

Ce soir, il y a un orage, Anak tremble sous le vent, mais est bien à l’abri, amarré à un quai flottant métallique de 50x25 mètres, à l’abandon. Le port est bien protégé, l’entrée du port vient d’être modifiée par une nouvelle jetée protégeant beaucoup mieux des vents d’est. Rien de tout cela est indiqué sur les cartes, ni dans la cartographie électronique.
Je suis content d’être là.

La pluie s’est mêlée au vent de sable. Anak est devenu brun. Il y a du sable partout.

Hier à Ténès l’ADSL algérien valait parfois nos vieux modems 56 Kb. Donc priorité aux courriers, recopier les messages reçus, envoyer des photos. Des messages d’amis, un mot de Nora, sympa et qui me rassure si gentiment pour sa sœur. Il faut que je télécharge tout cela sur ma clé USB.

Si Internet est rapide samedi en ville, j’essayerai d‘envoyer ceci et des photos.

Les photos surtout, car depuis mon départ de Ténès ce matin, je longe une côte magnifique, me rappelant souvent les incroyables paysages marocains, la mer en plus. C’est époustouflant de beauté. C’est aussi tellement rare de voir des kilomètres et des kilomètres de côte que rien ne vient abîmer, un délice. Les photos ne restituent en rien l’aspect grandiose et magnifique de ce qui défile à droite d’Anak. Les noms des caps et écueils sont chargés d’histoire : l’écueil du Phoque,

du Maure,

la calle Génoise, la Pointe Abd El Kader, le cap Sirat, la Couleuvrine ou la Pointe des Oliviers

avant de voir enfin au loin le port de Cherchell.

Je pêche souvent à la traîne, m’étant fabriqué un chouette équipement pour cela avec des matériaux récupérés.

 

Si cela ne mord pas, dans chaque port on me propose du poisson. L’autre jour, j’avais fait des sardines dans la poêle, puis gros sel, mais cela avait parfumé le bateau. Il fait encore trop frais le soir pour tout ouvrir. Vive l’été et le barbecue, c’est meilleur et pas d’odeurs !

Vendredi matin…… toujours à Cherchell et toujours un coup de vent.

Anak est en revanche à nouveau tout propre, brossé, épongé par des dizaines de seaux d’eau de mer. Heureusement cette fois l’eau du port est très claire.
C’est dimanche ici, demain je pourrai enfin avoir mon permis de sortie.

Le ciel est gris, cela fait deux à trois jours que c’est ainsi, mais pas de pluie semble-t-il, sans quoi mes lavages d’Anak ressembleraient aux travaux de Sisyphe avec tout ce sable.

Je me refais un café et je prends une douche tiède pour me laver les cheveux.

À peine sorti de la douche, en caleçon :
' TOC TOC '

« - J’arrive ! »

Et voilà mon policier en civil de hier soir qui m’appelle dehors.  

« - Bonjour, j’ai fini mon service, le chef ne sera là que demain matin, car comme je vous ai dit hier, c’est férié aujourd’hui, mais je me rappelais que vous vouliez téléphoner, alors je viens vous chercher. Il y a un taxiphone en ville, je vous montre aussi où sont nos bureaux, et si vous voulez acheter du pain. »

Cela me réconcilierait presque avec les policiers, une telle gentillesse.

Etant en caleçon, je lui explique que je sors de la douche (pour le cas où il croirait que les navigateurs se lavent qu’une fois par mois), le temps de mettre mon pantalon… nous voilà partis en ville. Cela devait être très beau à l’époque – je ne vais pas faire l’apologie des Français en Algérie, il est certain qu’ils ont construit de belles choses.

Ne restent donc que de beaux bâtiments à l’abandon, parfois en ruines, rues défoncées et surtout cette saleté partout. Mais cela évoluera doucement, il y a à peine quinze ans, chez nous, chaque village avait sa décharge à ciel ouvert, ce n’était pas mieux. C'est bien de se le rappeler.

Les gens, à l’image de mon policier, sont en revanche les plus chaleureux et gentils que j’ai rencontrés en Afrique du Nord.

Je vais donc en ville avec mon policier, nous allons au marché, j’achète des galettes de pain rondes, du vrai pain et celui que je préfère, je téléphone, puis il m’emmène visiter leurs bureaux, en plein centre.

C’est pire que le pire des commissariats de banlieue chez nous. Trous, fissures, plafonds qui s’écroulent, machines à écrire antédiluviennes… Et mon ami policier m’explique que ce bâtiment abritait à l’époque le Conseil de France de Cherchell. Amaï, 'amaï' dirait la grand-mère belge.

Mais qu’importe, je préfère des maisons en ruines, rues sales, mais des gens extrêmement sympathiques, qui vous disent tous bonjour sans pour autant demander un bakchich, plutôt que des rues aseptisées, restaurations style musée comme certains villages de Provence où personne ne vous regarde et où même faire pipi est taxé.

Ayant donc visité le palace du Conseil de France, le policier me dit au revoir devant la porte. « Vous connaissez le chemin pour le port ? D’accord, et demain, vous venez ici quand vous voulez pour votre permis de circuler en ville, vous serez libre autant de jours que vous le souhaitez. »

J’ai donc circulé seul en ville sans visa ni permis pour retourner vers le port et demain matin j’irai à nouveau en ville, seul, sans visa ni permis, vers la PAF pour recevoir mon permis de circuler en ville, seul et sans visa, mais cette fois avec un permis… L Trop drôle ! 

Me revoilà sur Anak, des bricoles à faire, autant en profiter et préparer mes courriels pour demain.

Les gardes-côtes viennent de m’annoncer un nouveau coup de vent pour demain et après-demain. Voila qui m’étonne sur cette côte ! J Bref, je vais rester quelques jours à Cherchell. Il y a pire ! J

Lundi - Cherchell, tempête…, encore ! Et force 7 à 8..

Je suis donc allé visiter hier les deux musées de Cherchell.

Le premier musée, l’ancien. Assez sympa, entrée très chère : 20 dinars, c’est-à-dire 0,20 €.  C'est donné !

Interdit de prendre des photos. Deux gardiens à l’entrée et un autre qui me suivait de loin, l’air de s’emmerder. Evidemment, je suis tout seul dans ce musée.

J’ai donc pris discrètement des photos

 – sans flash bien sûr. ..

C’est plein de statues, stèles funéraires, petites et très belles, et de splendides mosaïques partout.

 

Cette ville devait être magnifique à l’époque du protectorat romain.

Je puis donc mettre sur le site qques photos de ''CE' musée !

Car…… :

En sortant, il pleut toujours à torrents, donc un vrai temps à faire des musées… et je file donc vers le nouveau musée. Un bâtiment moderne, atroce, tout béton.

J’entre, toujours ce prix exorbitant de 20 dinars. Pff, on fréquenterait plus souvent nos musées à ce prix !

Bien sûr, il y est aussi interdit de prendre des photos..

Deux grandes salles à l’étage. Un couloir qui monte, le sol est tapissé d’un lino bon marché imitation parquet, les moyens semblent vraiment très limités et les pétrodollars destinés à d’autres usages.

J’arrive dans la première salle, une gardienne m’accueille. Des vitrines tout autour de la salle, le fond des vitrines est un miroir, ce qui est bien, car elles contiennent toutes des centaines de poteries, plats, verres, bols et lampes à l’huile, et on les voit ainsi sous toutes leurs faces.
Je sors discrètement mon appareil, je coupe le flash, je vais appuyer sur le bouton :

« - Pas de photos ! »

Zut, ces femmes, trop douées, elles voient tout, se méfient, espionnent…

Et voilà qu’elle se met à hurler, rameutant un gardien de l’entrée, etc.

Moi je fais l’idiot, - cad mon état naturel.., et

«  - Je ne savais pas, 

- si si, vous vous cachiez ! »

Moa ??

Quelle vilaine ! L

Bon, ma gueule de bourge et le reste, tout le monde se calme, je regarde les potiches en rêvant de pouvoir en fracasser qques-unes sur la tête de ma gardienne qui me suit maintenant à moins de 10m. Sympa de faire un musée dans de telles conditions !
Donc pas de photos du 2ième musée, pourtant, il y avait de superbes petites lampes à huile toutes travaillées, des mini-cruches trop mignonnes, etc… Pas même une plaquette.. comme souvenir à défaut de photos !

Toute cette pôterie me rappelle aussi que j’ai encore la vaisselle de hier soir et du p’tit déj à faire sur Anak, et je retourne en ville.

Il pleut toujours, je le savais déjà : il y avait des fuites dans les verrières du plafond du musée.

Je suis entré dans un petit boui-boui et j’ai mangé des merguez accompagnées de frites et une grande assiette de riz avec tomates, salades, carottes râpées et mayonnaise. Le tout pour 150 dinars, c’est-à-dire 1,50 €.

C’était délicieux et sympa, deux jeunes ont commencé à bavarder avec moi.

Il paraît qu’en Libye c’est encore moins cher. Génial tout cela.
Y passer une partie de l’hiver ? Pourquoi n’est-ce pas comme ça en Grèce ?
Bon, tant pis, ce sera poisson pêché et pitas là-haut.

Ce petit repas m’a remonté le moral, un bon café dans un petit bistro du coin, vieux formica et néon. Le café est à quinze centimes d’euros. Mais c’est vrai, ils n’ont pas eu le passage à l’euro. .

Encore une petite balade, une chouette parfumerie. C'est quand-même plus sympa que Séphora, non ?

J’ai acheté le journal El Wattan en français (dix centimes d’euro) et je suis rentré sur Anak.

Pas l’air, mais cela faisait des kilomètres de marche au total.

Aujourd’hui, c’est bricolage Anak.

J’avais toujours ces problèmes avec le Navtex à bord. Il était tout neuf, fixé près du plafond entre les deux vitres arrières à l’intérieur de la timonerie et depuis le Maroc, plus rien. Je n’avais toujours pas réussi à localiser la panne.

En réalité : un problème venant de la petite antenne électronique extérieure. Dès que je m’éloigne des émetteurs, cela ne capte plus. J’ai donc passé des heures à changer des connexions, essayer de réutiliser l’ancienne antenne Navtex du vieux récepteur (fichu) qui était à bord d’Anak quand je l’ai acheté, il y a 8 ans.

Finalement, c’est avec cette vieille antenne que j’avais heureusement laissée à poste en haut du mât d’artimon, que cela remarche. Je viens de capter un bulletin météo : <gale warning Palos…> pff !

Mais c’est très rassurant, car quand je serai en mer, je pourrai capter les avis de coups de vents, qui parfois arrivent très vite et n’étaient pas prévus. Ouf ! Le Navtex fonctionne – presque bien –  dans toute la Méditerranée.
En Algérie, il y a la météo des capitaineries, en réalité identique à celle du Navtex. Il y aussi des bulletins sur la VHF, en français puisque de Radio-Alger. Mais Alger émet sur le Navtex des bulletins très bien faits et je suis bien content de pouvoir les capter enfin. (Lettre B)

Demain je retourne en ville et sur Internet, je fais mes copier/coller des messages reçus et à envoyer.

Si tout est OK avec la météo, mercredi, je pars vers Sidi Ferruch.

Ciao, Cherchell..

Prochain article : Alger !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?  (Suite de 5)    
 

21 mai 2008 18h15 – ALGER – 36°46’.5N 03°05’E (46 milles de Cherchell)

 

ANAK est à ALGER depuis hier soir.

C’était une grande émotion pour moi : entrer dans le port d’Alger !

J’ai de suite reconnu toutes les façades des immeubles le long du port.

Les arcades et là-bas, quelque part, ce banc dans un coin où j’avais passé ma première nuit africaine à 18 ans, début d'un long périple en auto/camion-stop tout autour de l'Afrique.

Vu de la mer, Alger est devenu immense. Des immeubles partout, mais, heureusement, de loin, le blanc prédomine toujours et la ville mérite encore son nom d’Alger la blanche.

Ce matin, je saurai si je vais obtenir une autorisation d’escale. Je suis sceptique !

Normalement, les voiliers ne seraient pas les bienvenus dans cet immense port.

Je voulais m’arrêter à Sidi Ferruch, une marina à dix kilomètres d’Alger (le petit St-Tropez des riches Algériens), mais le port est ensablé depuis des années. Cette fois, impossible d’entrer autrement qu’avec des canots à moteur. Et de Sidi Ferruch, j’aurais peut-être obtenu l’autorisation, refusée à Cherchell vu absence de visa, de visiter en bus ou taxi collectif le site grandiose de Tipaza et les ruines d’une ville romaine au bord de l’eau avec temples, cirque, forum, tribunal, théâtre et villas, ainsi que la visite du tombeau de la Chrétienne, mausolée énigmatique de soixante mètres de diamètre à deux cent cinquante mètres au-dessus de la mer, datant de l’époque maurétanienne, dont on pense qu’il aurait servi de tombeau à Théba, la fille de Cléopâtre. J’aurai raté l’un des plus beaux sites archéologiques de cette côte, pour des critères de sécurité.

J’avais donc une excuse toute préparée pour demander un abri à Alger.

En arrivant, les gardes-côtes.... et en nombre : un voilier à Alger !

Ils sont venus me chercher en Zodiac et m’ont conduits vers un immense quai : le quai du ferry Marseille - Alger - Marseille. Exactement l’endroit où j’avais débarqué en 1964 ! Incroyable ! Et je suis tout seul le long de cet immense quai !

   

Un vrai retour aux sources, cette navigation !

Si je puis vous envoyer ce mail et photos sur le site, c’est que j’aurai obtenu une autorisation !
Inch Allah !!!

Sinon, ce sera de Dellys ou Bejaia.

Retour vers mon mot après une bonne nuit de repos.


J’ai passé la matinée à courir d’un endroit à l’autre pour obtenir une autorisation de sortie ou un permis d’escale… Rien à faire.

 

Alger est la capitale, il y a encore sans arrêt des problèmes avec les terroristes et je n’ai pas de visa : « On ne peut vous laisser aller en ville, c’est pour votre sécurité. »
Toujours ce leitmotiv.
Si j’avais eu un visa, comme par magie, le problème de sécurité disparaissait ! En réalité, le visa dégage leur responsabilité en cas de problème, comme partout.

On vient de me confirmer définitîvement que je ne pourrai pas aller en ville. En outre, cette fin de semaine, grand derby africain de football, la police est sur les dents ! Bon, je le savais et l’on m’annonçait le pire partout. Jusqu’à présent, c’est tout le contraire.

Cela m’a foutu un coup de déprime terrible. Mais courir des heures dans ce port immense, n’entendre que des avis ou promesses contradictoires, tout cela pour apprendre à 16h30 : « non, impossible ».

Étrange, cette façon de tourner autour du pot, « on vous envoie quelqu’un, il n’est pas venu ? Ca alors ! Allez demander… ». On attend trois quarts d’heure un autre responsable… « On vous l’envoie. »

En traversant le port de long en large, je prends deux ou trois photos des façades parfois visibles depuis le quai, tous ces souvenirs.

La Wilaya à Alger (merci Lilia pour la correction !)

Les rues d’accès vers le port

 

Les plus belles photos seront prises du deuxième étage, par une fenêtre, à la dérobée, dans l’immeuble des policiers.

Mon seul plaisir de la journée.

Cela m’a un peu déprimé… quand je vois en face ces belles façades qui me narguent ! Un peu plus loin, la mosquée blanche d’où partent les rues vers la Kasbah d’Alger. J’y étais allé. Trop râlant.

Bon, vous écrire ce mot, continuer à lire, placer des moustiquaires, car il y a plein de moustiques dans le port.

Et demain matin, en route pour Bejaia. C’est à plus de 100 milles, alors, si je suis fatigué ou la mer mauvaise, demain soir, je m’arrêterai à Dellys, port de pêche à mi-chemin.

Je ne vous raconterai donc pas comment est le centre ville d’Alger. C’est trop bête !

C'est bien pourquoi, si vous avez la chance de partir en voilier vers Algérie depuis la France, demandez un visa : Vous aurez plus de chances de pouvoir visiter une ville comme Alger. Cela ne simplifiera pas les multiples formalités dans chaque port, mais comme elles se font avec le sourire..
Vendredi matin, 23 mai, levé à 06h00, à 8h15, après petit-déjeuner, préparation du départ, rangements et visite des autorités, je pars.

Je dois traverser la baie d’Alger, puis direction Dellys et Bejaia. Au début, calme plat, comme d’habitude, puis une brise nord-ouest me permettra de dérouler le génois durant quelques heures.

Bang !
De grandes vibrations. Je mets au point mort, il semble que quelque chose soit pris dans l’hélice. Quand on voit tout ce qui traîne dans l’eau jusqu’à quinze milles autour d’Alger…

Marche arrière, marche avant, plein gaz… rien à faire, c’est dans l’hélice.

J’ai encore plus d’un tiers de mes réservoirs d’eau, de quoi me rincer à l’eau douce. C’est ce à quoi je pense en priorité !!
Berk, naviguer encore plus de vingt-quatre heures la peau couverte de sel qui pique ! Je suis vraiment un marin d’eau douce 
L

Anak ne tangue pas trop brutalement, donc pas de risque de taper avec mon crâne contre la coque, sous l’eau, une bosse, non merci, j’ai déjà donné. Et pas d’estafilade en cognant l’hélice, quoique cela ferait très pirate des Caraïbes. Bon, si en plus je me prends pour Johnny Depp.

Une corde pour faire plaisir à ceux qui m’aiment :

« – Sois prudent !

– Oui maman. »

Défaire l’échelle en bois, cela me fait deux échelles accessibles pour remonter : pas prudent moi ? La sortie, et celle de secours. Pff, cette eau est glacée !

Effectivement, un gros morceau de plastique est enroulé autour de l’hélice. Je préfère cela à une corde, parfois difficile à défaire. Avec mon couteau et deux plongeons sous l’eau, le tout part à la dérive, à la recherche d’une autre hélice. Et je ne vais pas nager après, je suis un écolo sans prise de risques.

Pas de requins dans le coin, et je n’ai pas mon appareil photo pour le scoop truqué à la Cousteau ! De toutes façons la vieille carne d'origine belge, cela ne les intéresserait pas. Et pour ceux qui ont le vertige, - un ange passe – 250 m de vide sous Anak.

Remonter, faire un essai, tout marche. Remettre l’échelle en place et vite une petite douche pour me rincer, en profiter pour me laver les cheveux.

Tout cela sous la surveillance de dauphins qui tournent autour d’Anak. Chouette !

Et voilà Anak reparti. C’était le happening du jour.

Le vent contraire se calme le soir. Je passerai le cap Bengut et le port de Dellys en soirée.

Une nuit de navigation à nouveau, surveillance tous les quarts d’heure, pêcheurs, filets dérivants (pas deux fois le plongeon hélice) et à l’aube une bonne brise vent arrière. Le génois se gonfle comme un ballon et mon char flottant file à 6 nœuds.
C’est une véritable image de vie heureuse, le voilier qui file, un rien incliné. Un tangage très lent et les bruits de vagues qui déferlent sous la coque. Je m’installe alors sur le tatami extérieur et j'écoute gronder l'étrave qui taille sa route. Au-dessus de moi, un nuage de mètres carrés de voiles blanches, avec un gribouillis de haubans et drisses qui dessinent des arabesques dans le ciel. C’est le bonheur inexplicable de la navigation par beau temps.

Dans quelques heures, Bejaia ! Chouette, repos, rangements, demander le permis d’escale pour pouvoir vous envoyer tout cela.

Prochain article : Bejaia !

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?  (Suite de 6)    
 

24 mai 2008 11h00 – BEJAIA – 36°45’.2N 05°06’.1E (102 milles d’Alger)


Bejaia au loin après cette longue nuit ! C'est à chaque fois un plaisir énorme que d'arriver en voilier, depuis l’immensité de la mer ou bien parfois éloigné de la côte qu’on longe, et d'apercevoir soudain des détails de la terre qui semble toujours perdue à l’horizon.

C'est aussi un plaisir aussi vieux que le métier de marin. Pendant le voyage, que la mer ait été difficile ou calme, la vie à bord monotone ou remuante, il y a toujours cette joie d’arriver.

Je suis donc à Bejaia (Bougie du temps des Français). L’arrivée est magnifique avec le cap (Ras) Carbon à contourner pour découvrir Bejaia et sa baie immense.

C’est très beau, vieille ville coloniale construite sur une colline qui surplombe le port, hélas fort à l’abandon, mais cela lui donne aussi beaucoup de charme.


Anak, semblant perdu dans le port.
Des rues piétonnes animées.
Une belle place centrale en ville, sorte d’immense terrasse donnant sur la baie : la place Gueydon, construite sur le toit d’un immeuble en contrebas.

La Place Gueydon, vu du bas. 


 Place Gueydon

J’obtiendrai un permis de sortie, mais accompagné d’un officier de la PAF en civil.
Très gentil, il me fera visiter les plus beaux coins de la ville.

J’enverrai ce mail de Djen Djen ou plutôt même Collo. Là pour l’instant, je suis coincé par un NOUVEAU coup de vent ! Mais des courriels d’amis m’annoncent que le temps est plutôt désagréable partout en Méditerranée. Encore le changement climatique ?

Après Djen Djen et Collo, encore un port : Skikda, puis Annaba, le dernier port algérien avant la Tunisie.

Je suis donc presque au bout, et en solo.

 

Prochain article : Djen Djen & Collo !

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ? (Suite de 7)
 

29 mai 2008 13h45 – JIJEL – 36°49’.5N 05°47’.E (34 milles de Bejaia)

 

J’ai quitté Bejaia à 06h00 ce matin.

 

Là, je coupe l’immense baie dans le fond de laquelle se trouve Djen Djen, le port pétrolier. Il fait soleil mais il y a un peu de brume et je devrais voir terre et le bout de la baie en début d’après-midi.

Je vais passer alors le Ras Afia, le Triangle des Bermudes le surnomment les Algériens, tant il y a de naufrages. Le courant est terrible, par endroits plus de 6 nœuds. Parmi les plus forts de toute la côte, (toujours ouest-est) et entraîne parfois par mauvais temps les chalutiers sur les récifs.

Bejaia a été une belle étape.

Dans les livres ou sur les cartes, Jijel, ma prochaine étape, est indiquée comme étant un port de la Marine, interdit aux plaisanciers. Mais par curiosité, je me présente, car je passe à proximité pour aller à Djen Djen à sept milles de là.

Il y aurait des bateaux de pêche et j’aimerais vérifier si je ne pourrais pas faire le plein de gasoil, car les rumeurs affirment que juste avant la frontière, comme par hasard, le prix du carburant augmente.
Une grosse chaîne barre l’entrée de Jijel. Cela refroidit !

Des militaires me font des grands signes.

Puis, à la VHF allumée :

« Voilier Anak (ils savent tout !), vous ne pouvez pas entrer dans le port de la Marine. Il faut vous diriger vers Djen Djen ! »

Pff, je réponds :

« – Ici voilier Anak, je vous reçois sur le 16. Est-ce que je peux prendre du gasoil à Djen Djen ? C'est urgent ! (oh l’hypocrite et menteur, j’en ai encore presque deux cents litres)

– Non, pas à Djen Djen, mais on vous autorise à entrer dans le port de pêche.

– Le port de pêche ? Mais il est où ?

– Plein sud, vous suivez la jetée sud et vous verrez l’entrée, c’est un nouveau port. »

Ça alors, indiqué nulle part sur une carte et invisible depuis Anak ! Vous imaginez les dangers de navigation et approches de nuit.

Je longe lentement une jetée partant vers le sud et la plage, en surveillant l’échosondeur. Soudain, une ouverture. Et je découvre ce petit port sympa en pleine ville. Je m’arrête au poste des gardes-côtes, charmants malgré les tonnes de papiers comme d’habitude. Presque jamais de voiliers ici. Normal, puisqu’il n’est pas indiqué.

Qu’est ce que je vois en face ? Un beau quai avec station de gasoil. J’ai tout gagné.

Je demande si je pourrai aller en ville avec un permis de la PAF. « Il n’y pas de PAF ici, seulement à Djen Djen. » Zut ! Djen Djen n’est qu’un port pétrolier, sans ville, sans gasoil, mais bien la PAF ! 

Je traverse pour m’amarrer devant la station de gasoil. Un type charmant, et cinq cent trente litres de gasoil en plus pour soixante-treize euros. Là j’ai un plein complet. OUF ! Déjà un souci à barrer de la longue liste.

Arrive en voiture un monsieur et son fils d’une douzaine d’années.

« - Je suis le directeur du port, bienvenue ! »

Et rebelote, papiers, passeport, etc.

« – Ah, Belge et anversois, j’ai fait mes études à Anvers !

– Pas avec le commandant du port de Mostaganem par hasard ?

– Oui ! Il était de ma promotion ! »

Je fais visiter tous les recoins d’Anak à son fils, absolument ravi de voir un intérieur anglais, bois, souvenirs, masques africains, bibelots sud-américains, le chauffage central avec radiateurs partout, la grande cabine douche séparée de la salle de bain comme à la maison. Il n’en revient pas le môme. Le père non plus. Tout cela dans un peu plus de dix mètres !

Gagné encore ! Car hop, en voiture et il me fait visiter la ville (très verte, de beaux parcs, la ville de l’époque française), puis au cybercafé : « Je vous attends, je vous donne un quart d’heure. »
Si la PAF savait…

J’ai pu envoyer mes courriels préparés à bord. La connexion était lente. Impossible d’envoyer les photos ! Juste le temps de faire partir les messages préparés sur la clé USB et charger une partie des courriels reçus. Ensuite, un café ensemble sur la terrasse.

Le quai est public, c’est tellement rare ici. J’ai donc passé le reste de l’après-midi a bavarder avec des jeunes, le pompiste qui connaît la Belgique, les Pays-Bas, et n’a ni allure ni culture de pompiste.., il était ingénieur en électronique marine, maintenant à la retraite…active, car les retraites algériennes…
Bôf, bientôt en France ce ne sera sans doute pas mieux.

En fait, dès qu’il n’y a pas de PAF à l’horizon, tout est différent.

J’ai calculé ce qui me restait en dinars, sur les trois cents euros changés, à mon arrivée à Ghazaouet le 1er mai, les réservoirs presque vides. Je repars avec des réservoirs pleins, un mois de nourriture sans me priver de légumes et de fruits, Internet, téléphone, taxi (Oran), trois jerrycans neufs de vingt litres (qui sont pleins). Petits restos à Cherchell et musées. Tout cela n’est pas trop mal. Et j’ai encore de quoi compléter un peu en gasoil à Annaba, plus Internet, repas…

Ciao, Jijel !

 


30 mai 2008 14h30 – COLLO – 37°00’.3N 06°34’.5E (48 milles de Jijel)

  

Dernier jour de mai et un mois déjà en Algérie. Je ne croyais pas que ce serait si long, météo inconstante, navigation difficile par manque d’abris, vents qui tournent sans cesse, dangers la nuit, fatigue. Je serai content de me poser un peu. La navigation n’a pas posé de problèmes entre Jijel et Collo.

Je découvre Collo après le cap Bougaroni, ou ras Bougaroun.

Je n’ai pas reçu d’autorisation pour aller me promener dans Collo, le chef est à Alger pour quelques jours, et très rares sont les voiliers ici. Apparemment, à partir de Cherchell, les rares voiliers de passage foncent vers Annaba ou direct vers la Tunisie, fatigués de la météo, des contrôles et paperasses, permis, ports trop sales pour leurs belles coques !

Ils ont tort, ils ratent le plus beau, Bejaia, Jijel, Collo et cette côte toujours plus belle.


 Un petit air de Riviera italienne par ici, incroyable.
 



Le port est ouvert au public, c'est rare et par moments, cela grouille autour d’Anak, ils touchent, regardent, posent des questions.

Ce soir, tôt au lit avec un livre et demain matin : départ pour Skikda, pas très loin. Peut-être là-bas un cybercafé et permis d’escale ?

Inch Allah !

 

 

Prochain article : Skikda !

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?    ( suite de 8 )

31 mai 2008 18h00 – SKIKDA – 36°53’.6N 06°54’E (20 milles de Collo) 

 

Traversée de Collo à Skikda au moteur. Une fois de plus, la Méditerranée mérite bien sa réputation : ou coup de vent, ou pétole ! La mer était comme un miroir, mes pavillons pendaient comme des fleurs fanées.


Un peu avant le port, les gardes côtes sont venus voir Anak de près sur leurs gros Zodiacs aux moteurs de 600CV. Toujours aussi gentils. Ils savaient évidemment d’où je venais, que j’étais seul à bord, depuis un mois en Algérie, etc. Cela est aussi rassurant, s’il m’arrivait quelque chose !

En fait, toute la côte nord-africaine est très surveillée et on suit à la trace les très (trop) rares plaisanciers. Souvent, lors d’un passage devant un cap avec phare (et donc caserne gardes-côtes) on m’appelle : «  - Voilier Anak ! », etc. Ils me demandent si tout va et si je n’ai aucun problème technique. Si problème, je les appelle, et ils viennent de suite !
Vrai aussi, au contraire du Nord de la Méditerranée, que je balise parfois : si changement météo, panne moteur et courants, il n’y a pas d’abris qui protègent des vents dominants, et surtout aucune indications sur les cartes, vieilles de plus de 30 ans ! Toutes les entrées de ports sont fausses, car modifiées, nouvelles digues, terminaux gaziers, etc. ! C’est pourquoi cette navigation côtière est aussi un peu stressante. Mais cela ne décuple-t'il pas le plaisir d'un tel voyage? Et ce suivi contrôlé, existe aussi au Maroc comme en Algérie, en Tunisie, puis Libye (mais curieusement, on y est plus cool paraît-il), et bien-sûr l'Egypte.
En France, c’est la Gendarmerie Maritime qui n’arrête pas de contrôler (les pavillons français), et pour la gentillesse, ils peuvent venir suivre des cours ici.

Toujours cette côte sauvage et fabuleusement belle. On ne s'en lasse pas.

Dans la baie de Skikda, un immense complexe pétrolier et gazier.
Il faut slalomer entre les pétroliers à l’ancre !

Le port, la ville de loin, tout cela semble bien sympa !

Je suis à nouveau dans un port industriel, et entre les bateaux pilote et un remorqueur.
Souvent les gens, en voyant mon drapeau belge : " Vous êtes allemand ?" Grrrrrrrrrrrrrr NON ! Belge !

Purée, ils ne savent pas que les couleurs sont HORIZONTALES en Allemagne !

Tout le monde est charmant, on m’a même proposé un accès Internet dans le port ! Et gratuit !! Le port est d'une propreté incroyable. Et très organisé, un bureau pour accès Internet, Taxiphone, journeaux, etc., et un café avec terrasse dans l'enceinte du port !

Demain-matin, je dois aller voir à la PAF si je puis avoir un permis d’escale. J’aimerais bien, la ville est sympa, et les kabyles très chaleureux. Il y a des ruines romaines en plein centre ville.

Et mon frigo est vide !

Inch Allah ! 

Ca y est, j’ai pu aller faire un tour dans Skikda, accompagné d’un policier en civil très coopérant.

J’ai pu faire provision de légumes, fruits, et lait.

Ensuite il m’a emmené dans une petite boulangerie artisanale qu'il connaissait et où j’ai acheté trois pains, à dix centimes pièce. Délicieux, un goût de feu de bois, une mie ferme et savoureuse.


La baguette à elle seule est plus lourde que quatre baguettes équivalentes en France ! Du vrai pain quoi.

Les ruines grecques sont inaccessibles, car en restauration, le site fermé.

En revanche, l’ami policier très sympathique m’a conduit jusqu’au petit musée municipal où ont été rassemblés tous les vestiges archéologiques mis au jour lors de travaux publics. Gratuit et pittoresque. Photos interdites, dit le panneau à l’entrée.
J’ai donc le scoop, des prises de photos interdites prises à côté d’un policier de la PAF, et même du policier dans le musée !

Tout cela jusqu’au moment où un gardien est venu me prier gentiment de ne pas prendre de photos. Mon ami policier ne savait pas en réalité que c’était interdit et se marrait !

J’adore la statue (Joseph portant le Christ ? aucune explication) devant les vieux fusils…, cela va si bien ensemble, violence et religion…

La ville est animée. Depuis que je suis en Kabylie, l’atmosphère a changé. Les gens sont plus conviviaux, plus vifs, l’ambiance plus gaie. Davantage de petits restaurants et des bistros plein de monde.

J’ai fait mes achats dans l’un des vieux quartier de Skikda, autrefois nommée Philippeville.
Ce quartier, selon mon ami policier, était alors le quartier napolitain.

L’ami policier m’a présenté au grand copain kabyle de son père ; un petit vieux assis sur une chaise à un angle de rue, absolument charmant.

Nous avons bien discuté en sirotant un café.

Avec mes tomates, pommes, carottes, oranges, pain, lait, vache qui rit, je n’ai pas dépensé dix euros, soit mille dinars, tellement tout est bon marché.

Voilà donc ma journée à Skikda en Kabylie. Et je suis à nouveau épuisé, je ne marche pas assez, mon ami policier m’a fait faire des kilomètres, mais il a vingt ans de moins que moi.

En rentrant au port, le vent s’est levé, m’obligeant à ajouter une amarre à l’arrière d’Anak, trop exposé aux rafales.

J’attends la météo pour demain. En Méditerranée, comme disent les marins, on sait quand on part, mais jamais quand on arrivera. Mais zut, un nouveau Gale Warning, y’en a marre !

Devant moi, un immense remorqueur grec. Mais il est vraiment immense ! Il est venu de Grèce pour tirer un cargo grec qui a fait naufrage lors d’une tempête et est échoué sur une plage de sable. Qui dit que cette côte n’est pas dangereuse ?

Bon, je vais retourner sur Internet cet après-midi. Envoyer ceci, les photos. Regarder la météo et comparer avec celle du Navtex et celle de la capitainerie.

Si tout va bien, demain, je continue. Mais si le vent reste aussi violent… je reste !
Pas fou le Belge !

 Toujours à Skikda !
Je voulais partir ce matin tôt, pour avancer…

Hier soir, vers 21h30, heure locale, un policier de la PAF est passé.

« – On m’a dit que vous passiez prendre votre passeport demain matin vers cinq ou six heures et qu’ensuite vous partez vers Annaba ?

–  Oui, oui, exact !

– Oh, il faut téléphoner d’abord à la capitainerie par VHF, j’ai vu les gardes-côtes et ce n’est pas terrible ! Vous êtes seul à bord et la côte est très dangereuse. »

L’immense remorqueur grec à cinquante mètres est là pour le rappeler, attendant une mer plate pour aller désenchouer son cargo pas loin d’ici.

J’appelle par VHF la capitainerie qui me dit que pour les vents, ce serait OK, mais que la mer est encore annoncée Très Agitée pour demain.

« Mais attendez un jour, c’est plus prudent, et puis vous êtes bien chez nous. Vous avez accès à Internet et vous pouvez rester aussi longtemps que vous voulez. »

Merci, snif, snif, que d’attentions pour le marin solitaire, mais c’est vrai, me faire secouer en mer, surtout en Méditerranée ! On attendra un jour. Rien ne presse.

Si seulement on me donnait un permis d’escale renouvelable à la journée, comme à Beni-Saf, Oran ou Cherchell. Je resterais bien quarante-huit heures de plus, tellement la ville est agréable.

Bon, j’irai donc ce matin lire mes messages. Génial ce lien Internet avec le monde. J’ai du mal à imaginer l’époque où, en Afrique, ou en Asie, lors d’autres voyages comme Bruxelles - Sydney en voiture, il fallait parfois faire plus de 5 000 kilomètres avant d’arriver dans une ville où nous attendait en Poste Restante une pile de lettres datant d’un ou deux mois. On oublie vite, mais quelle fête à chaque fois alors !

Avant d’aller sur Internet, j’irai boire un café à dix centimes. C’est le premier port où je vois cela en Algérie ! Ou Kabylie ? Ceci expliquant cela ?

Les gens sont gentils. Les marins grecs du remorqueur sirotent des cafés à longueur de journée (et vu le petit noir béton qu’ils servent, je ne sais comment ils font !). Nous avons fait connaissance. Kaliméra ! Ti canété ? Si seulement ils m’invitaient à partager la moussaka, des souvlakis, barbounias, chez eux à bord ! Et un petit tsipouro comme apéro..

Oui, chouette étape à nouveau, Skikda, après Collo, Jijel.

Skikda toujours, 2 juin, après-midi.

Internet en panne ce matin pour travaux. Mais à midi j’y ai à nouveau accès !

« José, José ! Internet marche ! » Ils ont vu mon nom sur mon passeport et du coup, dans la plupart des ports, les gens de la capitainerie m’appellent José !

Je vais appeler ce soir, voir si la météo est bonne pour demain, car j’aimerais continuer.

Prochain article : Annaba !

 

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?    (suite de 9)

3 juin 2008 16h45 – ANNABA – 36°54’.2N 07°47’.9E

 

Ca y est, levé à 05h30 et quitté le quai de Skikda à 06h20.

Pendant que je prenais mon petit-déjeuner, l’ami policier des promenades dans Skikda est venu vers Anak. Il était de garde cette nuit.

« – Bonjour José (ça fait drôle, n’empêche, un policier qui vous appelle José… Si seulement  mon inspectrice des impôts à Dijon m’appelait José, je pourrais lui demander une petite réduc.) Tu pars aujourd’hui ?
– Oui, dans une petite heure, le temps de récupérer mon passeport chez vous, tout préparer, et appeler la capitainerie à la VHF pour l’autorisation de sortie.

– Pas besoin de venir chez nous, je t’ai amené ton passeport ! »

Sympa, je vais finir par devenir copain avec les policiers. Je vieillis !

Il fait plein soleil, et la surprise : pétole ! Normal, hier il y avait trop de vent. Quelle mer !

Bon, traverser la grande baie de Skikda dont je verrai l’autre côté vers 8h00, slalomer à nouveau entre les pétroliers,

Au loin, le port pétrolier,

Puis l’immense baie, et ainsi de suite vers Annaba, 54 milles en tout. La terre s'estompe derrière moi. Il n'y a plus que le ciel bleu et la mer plus bleue encore.

Il est 9h45 et je suis en train de passer le ras El Hadid ou cap de Fer à l’autre bout de la baie. Le cap, le phare, les récifs, tout est émouvant de beauté.

« Allo sailing boat Anak on front of Ras El Hadid. »

Tiens, voilà les garde-côtes du phare qui m’ont repéré.

« – Allo, Allo, here sailing boat Anak - Alpha November Alpha Kilo, belgian flag, coming from Skikda and going to Annaba ! We can talk French, on peut parler français!

– Votre position ? »

Pff, ils me voient, non ? 37°05 847 Nord.

« – Vous êtes seul à bord ?

– Oui.

– Nationalité ?

– Belge (déjà dit et tu le sais, hypocrite).

– Ok, pas de problèmes à bord ?

– Non, merci.

– Bonne navigation, monsieur ! »

Sympa quand même, si gentils, du coup on se sent moins seul.

La côte est toujours aussi belle,
 



Je suis arrivé en fin d’après-midi dans l’immense port d’Annaba, anciennement Bône, Hippone dans l’antiquité romaine, et dernière étape algérienne avant la Tunisie. De l’ancienne ville romaine, il ne reste que quelques ruines. La Basilique Saint-Augustin, (Saint Augustin était l’évêque d’Hippone)

construite sur l’emplacement d’un temple dédié à Baal, domine la ville et le port.

Paperasses comme d’habitude, mais contrairement à ce qui est écrit dans l’Imray North Africa (complètement à côté de la plaque pour les trois quarts de son contenu, dépassé, pas d’actualisation depuis plus de cinq ans) accueil très sympathique, et il me laissera un dernier bon souvenir d’Algérie.


La PAF d’Annaba me demande comme d’habitude si j’ai un visa, non, bien sûr.

« – Vous avez besoin de quelque chose à l’extérieur ?

– Non, je vais dormir tôt et partir de bonne heure demain matin, ça va. Mais est-ce qu’il y a un taxiphone dans le port ? Je voudrais dépenser mes derniers dinars pour téléphoner, car je ne puis les reconvertir en euros, les banques étant fermées.

– Non pas de taxiphone dans le port il faut sortir. Mais attendez, le chef arrive. »

Ah, le chef !!! Et le chef arrive, bonne bouille à la Omar Sharif. Le collègue lui explique, et bla bla.

« Allez, viens avec moi, on va en ville, je me porte garant pour toi sans permis, tu vas pouvoir téléphoner. »

Je tombe des nues ! Je le suis, on va en ville, aux contrôles de la sortie du port : « Salut chef » et pas de questions. On est en Kabylie, ils sont vraiment plus détendus.

Je téléphone à mes proches pour dire que demain je serai probablement en Tunisie, j’achète avec ce qui reste des barres chocolatées, et autres confiseries que j’adore mais dont il vaut mieux ignorer la composition. Hmm, moi qui n’achète jamais rien par économie, j’ai enfin une bonne excuse.

Il me reste encore des dinars. Incroyable, les prix ici.

Et cela se termine au….

Bistro.

Café pour eux, limonade algérienne pour moi, des espèces de beignets sucrés délicieux : Puis arrivent des gardes-côtes, des officiers de la capitainerie, des capitaines ou marins de remorqueurs, en fait, leur bistro à l’extérieur du port.

Durant plus d’une heure, rires, discussions, le tenancier connaît Anvers.

Je paie quelques tournées et il me reste encore des dinars, ben oui, à dix centimes la consommation.

Bon, cela fera un souvenir.

Je prends mes chocolats et bonbons et nous rentrons au port, il est déjà 19h00 !

« – Vous avez des enfants ?

– Oui, 3, 6 et 7 ans. »

Et hop, je donne à mon policier tous les chocolats pour ses gosses. Il m’a fait un beau cadeau : une dernière soirée sympa en Algérie. Lui était ravi !

Ce n’est de toute façon n’est pas bon pour mon pneu, tout ce sucre, non ?

 

Ciao, belle Algérie !

Demain matin à six heures : TABARKA, Tunisie !  

    

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La Tunisie


TABARKA
Tabarka, et mes premières impressions après l’Algérie.. 

Vendredi 6 juin 2008

Le port est petit, assez sympa.

Peu de voiliers, les voiliers présents ici sont tous arrivent via la Sardaigne ou Sicile, et continuent vers Malte, Sicile, ou vers les marinas du Sud de la Tunisie.
Anak fait exception, le seul arrivant via l'Algérie, et les questions fusent !

Il y aura un peu plus de monde dans un mois, surtout avec le festival de jazz début juillet, et en août celui de la world music.

Il n’y a pas de marina à Tabarka. Chouette ! Un petit quai dans le fond du port, où les bateaux peuvent se mettre avec le nez ou l’arrière à quai, et sur pendille de l’autre côté. C’est le meilleur endroit, bref, tout y est évidemment pris.. 

L’autre quai disponible pour les voiliers est à gauche de celui du fond, on y trouve un mélange de qques bateaux locaux, et qques voiliers, comme Anak. Le reste de la place, c’est pour les pêcheurs ou les barques de plongeurs de corail……

On s’amarre comme on peut. Quand je suis arrivé, il y avait une place à quai. Shérif, le très sympathique responsable du port m'attendait! Devant moi, 3 voiliers, à couple. Hier soir, un petit voilier écossais est venu se mettre à couple d’Anak. Trois écossais avec un de ces accents !!!!! Ils sont discrets et super sympas. Pas même un récital de cornemuse !

Etre le long du quai n’est pas toujours la meilleure place. Comme c’est un port totalement ouvert au public, à la différence de Bizerte, et autres marinas tunisiennes, qui ont des entrées surveillées et contrôlées, les gens qui regardent Anak sont presque à bord !

Demain, un des bateaux devant moi s’en va vers Bizerte, puis vers le Sud, et je vais prendre sa place. Je serai à couple d’un voilier en bois, inhabité, mais qui fera un écran entre Anak et le quai. Moins de bruit et de poussière.

Les jeunes couples se prennent en photo devant Anak… pour faire plus ‘vrai’, un des deux monte à bord, et ‘clic’ ! Bon, ça va une fois.. Mais, quand je sors, pour la photo et ma gueule dans le paysage.., curieux, ils changent d’avis !

Les portes d’Anak sur les côtés donnent sur le quai, c’est comme une invitation…, surtout qu’il fait chaud. Tout est grand ouvert ! Et heureusement il y a les rideaux, tirés, côté quai.

Les alentours du port lui-même ont été réaménagés. Bâtiments blancs et bleus à la tunisienne, quelques échoppes, capitainerie. Et les Tabarkais qui viennent se balader, ou les jolies tunisiennes qui viennent draguer…

Mais non… !!! Mais bon, elles ont de ces yeux... " Elle a les yeux revolver.." chanterait l'autre.

Bien plus loin, derrière moi, deux bateaux ‘pirates’,

tenus par des jeunes sympas, des espèces de copies de bateaux pirates ( tiens, tiens.. Polansky a tourné dans le coin..) qui promènent les gens dans la belle baie de Tabarka, ou le soir bistro pour jeunes… avec musique, non pas Tunisienne, que des tubes américains!

Mais bon, c'est assez discret, et quand j'aurai ma nouvelle place, je serai loin d'eux. J’'ai vécu cent fois pire dans les ports de Corse ou d’Italie. (Boites de nuit ouvertes, sur les quais, musique à fond jusque 5h du matin, ou le Spoon sur les quais de Ceuta, l'horreur !)

Ca aussi, c’est la Méditerranée durant l’été, mais, cela fait aussi vacances.. Puis vive les boules Quiès !

Dès que l’on sort du port, en traversant les bâtiments blanc et bleu qui l’entourent, on est de suite en pleine ville. 

Un autre monde, une ville normale, très active.

Taxiphone, Internet à 100m, et des magasins, boulangers, épiceries, marchands de légumes, camelots en rue, quincailleries, et mieux encore : des bouis bouis partout, kébabs, plein de cafés avec des terrasses ombragées.

Et ça j’aime..

Je vais donc rester à Tabarka. Tant pis pour le monde en juillet et août, puis c'est un tourisme local, ou curieusement; algérien !

Il y a donc quelques bornes sur le quai, avec eau et électricité. Epique, car sur 10 bornes, seul deux ou trois ont de l’eau, ou de l’électricité ! Alors, c’est l’accumulation de multiprises, etc… et ça ne disjoncte pas (j’attends la pluie, aucune borne ne ferme) !! Sur certains bateaux, les gens râlent : ‘bricolage, inorganisation, etc’, curieusement, ce sont toujours les français qui râlent le plus ! Pourquoi ne restent-ils pas en France et Corse. C’est bien mieux organisé, surtout les prix qui vont avec !

Tout cela ajoute pourtant beaucoup de charme à ce port, cette ‘désorganisation’ est finalement très sympathique..

Ce matin, longue douche hyper chaude, long champoing, quelle luxe et que c’est bon après si longtemps !

Je dois me réhabituer à l’eau courante au robinet ! Mon pied cherche à chaque fois la pédale qui actionne la pompe d’eau, puisque l’eau courante était coupée depuis Ceuta.

Je la mettais juste deux minutes, le temps de prendre ma douche tous les X jours avec l'eau chaude grace au moteur..

Les Tunisiens sont très accueillants, très gentils, comme les Marocains et les Algériens.


TABARKA - KELIBIA 
Je vous écris de Kelibia, gros port de pêche plein de chalutiers et barques de pêcheurs. Sans oublier une odeur absolument géniale, puisqu’elle me transporte bien des années en arrière : quand les filles se pinçaient discrètement le nez sur la plage de M’Bour, au Sénégal, au milieu des milliers de poissons en train de sécher (ou pourrir) au soleil !

C’est un peu pareil ici par moments, mais on s’habitue !

Le 16 septembre, j’ai quitté Tabarka après une escale de 3 mois finalement bien sympathique.

Les premières semaines m’ont permis de me reposer après cette longue navigation pas facile et les douze escales en Algérie, puis soigner Anak qui avait un peu souffert dans les ports industriels de marchandises ou de pêche algériens.

Après sont arrivés les proches : Lisa et son déjà bien gros ventre, Gilles, et qui semblaient tous aussi avoir bien aimé Tabarka.

Nous ont par contre énormément manqués : Nora, Franck et petite Lou. Mais elle était encore un peu petite pour nous rejoindre dans le nord de la Tunisie. L’avion, mais surtout les taxis collectifs et longues heures de route inconfortables dans la chaleur de l’été tunisien...

Lisa s’en rappelle encore sans doute, secouée avec son ventre de 5 mois !

On s’est consolés en regardant les nombreuses photos de Lou que Nora nous envoyait par Internet !

Ce 16 septembre donc, je quitte Tabarka.
 

Inutile de vous dire combien j’étais stressé, le moral plutôt style grosses semelles de plomb comme toujours quand je quitte un endroit où j’ai vécu des moments intenses et chouettes avec mes proches.

La météo avait été très mauvaise durant 4 jours. Sinon je serais parti le 12 ou le 13. Cela me faisait des suppléments de frais de ports à un tarif bien moins avantageux que celui au mois. Finalement, le responsable du port, Shérif, pour qui j’avais souvent joué à l’électricien me faisait cadeau des derniers jours.

Il m’avait aussi prévenu : attention, si tu pars demain, le vent se sera un peu calmé, par contre, la mer est encore très mauvaise ! Bof… que je pense…

 

Pfff, vous auriez vu Anak, il faisait des sauts de kangourou sur les vagues, très fortes, irrégulières et sadiques car comme jouant avec Anak qui tanguait dans tous les sens.

Grosse houle.... et un sale coin bien connu pour cela.

Mais Anak, même si mené par un marin d’eau douce, est un bon bateau…

Je dis marin d’eau douce… car… :

JE SUIS TOMBE MALADE !! OUI, LE MAL DE MER ! MOI !!! :

 

Bref, les poissons étaient ravis : chaque fois qu’ils me voyaient me pencher par-dessus bord : « miam, miam, du tout frais déjà mastiqué », et pas de Ramadan pour eux !

Oui, le soi-disant bouffeur de miles en mer, penché sur la main-courante, en train de dégueuler en mer pendant qu’Anak, se marrant trop de me voir vert et gris par alternance, faisait encore plus de cabrioles dans l’eau pour m’achever !  

Donc énorme houle de travers, et même du vent ! A un moment donné c’est formé une colonne cyclonique pas loin d’Anak. 

Dans le ciel, une grosse colonne d’eau, puis deux !!! et la première rejoignait une autre se formant depuis la mer pour rejoindre l’autre dans le ciel ! Le tout est passé derrière Anak ! J’en ai même oublié un moment de vomir par-dessus bord !
Trop beau !!!

  

Je hisse le génois malgré les gargouillis de mon estomac et ce mal-être du mal de mer qui me rappelle que je ne dois jamais me moquer de ceux qui l’ont.

Je garde le moteur allumé : chaque fois qu’Anak plonge du nez dans l’eau, ses 12 tonnes ralentissent aussi sec dans la vague. Ce n’est pas ainsi que je vais arriver à Bizerte avant la nuit.  

Et Bizerte est à 65 miles ! Et un vilain cap assez dangereux à passer avant. Et vu le temps, pas de mouillage !

Moteur à 1500 t/M, juste pour soutenir Anak, et en réalité, avec le génois Anak fait des pointes de 6 à 7 nœuds ! Résultat, arrivée à Bizerte à 18,00H ! Un record.

Merci Anak, t’es un gros char, mais quand tu veux, tu m’épates à chaque fois !

Mon mal de mer a passé, mais je suis crevé. Je fais quand-même un tour en ville pour revoir les murailles de la Casbah, le canal, et tous les bistros et restos où on s’est arrêtés avec Lisa et Gilles, (et Lisa se demande où elle a gagné 4 kgs en deux semaines ! )

Hélas, pas de Boga blanc, c’est le Ramadan, tout est fermé, et du coup, la belle Bizerte parait si sinistre comparé à mon passage il y a quelques semaines avec Lisa et Gilles.

Je retourne à bord, je fais mon entretien d’escale. Il y a une odeur de gasoil qui traîne, mais je n’arrive pas à localiser de fuite ou quoique ce soit. Et j’ai horreur de la moindre odeur de gasoil ! Et je nettoie la coque, faudrait pas laisser des traces du marin qui dégueule en mer !!

Ensuite petit repas, et rebelote : tour en ville. Le Muezzin a chanté, tout le monde s’empiffre et je bois enfin un Boga blanc sur une des rares terrasses ouvertes.

Le lendemain matin, donc 17 septembre, départ pour Sidi Bou Said à 8,00h.

Chouette lever du soleil juste derrière un pétrolier dans le port. 

La baie de Sidi Bou Said,

Sidi Bou Said est le port de plaisance de Tunis, c’est là qu’habite le président tunisien Ben Alli, et c’est aussi un peu le Saint Trop du coin, mais avec des flics à tous les coins de rues. En bling bling on ne fait pas mieux.

A côté, à deux kms, il y a La Marsaa, le quartier le plus huppé des riches tunisiens. Au milieu de La Marsaa, au bord d’une grande avenue, un immense, je dis : immense parc luxueux, des guérites avec militaires tunisiens, et au milieu une habitation qui fait plus palais que résidence… car c’est la résidence du roi de, pardon... de l’Ambassadeur de France !!! Cela, plus l’immense ambassade de France qui fait tout un bloc de rues Avenue Bourguiba en plein centre chic de Tunis, faut pas s’étonner que les caisses de l’état en France sont vides, et tout cela pour nous représenter dans une dictature !!! La politique française n’a pas fini de m’étonner en Afrique.

J'arrive donc à Sidi Bou Said vers 16 h, et là, surprise après Bizerte… Le port est plein, je dois me mettre à quai de la station de gasoil à l’entrée.

Je suis sans cesse secoué par les bateaux qui passent. Il est marqué : VITESSE : 3 nds maximum à l’entrée du port, mais les riches tunisiens et surtout les gosses de riches sur leurs hors-bord où trônent de splendides pétasses tunisiennes passent à plus du double si pas quadruple ! Je n’ai pas même le temps de me rincer l’œil !

A la capitainerie, on me promet une place pour le lendemain matin, puisque je reste deux nuits sur place.

 

Le lendemain matin, je suis allé voir un des types qui placent les bateaux.

«  - Vous me trouverez une place rapidement ? »

- Mmm, difficile, les gens quittent le port vers midi seulement, je vous dirai alors ! »

Mais je n’ai aucune envie d’attendre midi, surtout que nous sommes maintenant 3 voiliers agglutinés autour de la pompe à gasoil. C’est fou ce qu’une pièce d’un dinar peut réaliser, surtout quand on la glisse discrètement dans la main du type…

«  - Il fait combien, votre bateau ? »

- 10 m » (menteur..)

- Oh, mais pas de problèmes, j’ai une belle place pour vous, là-bas, au bout du ponton, et la borne d’eau et électricité est à 2 m ! »

Merci M. Bakchich, vous êtes toujours aussi efficace.

Curieusement, et malgré tout ce que l’on raconte (et dont il faut donc se méfier), les bakchichs sont un mode de fonctionnement au Maroc et en Tunisie, par contre, en Algérie je n’ai jamais du donner des bakchichs ! Pourtant, c’est eux qui en auraient le plus besoin !

A 9h, j’ai ma place. Je file prendre un bus puis train pour Tunis.

A Tunis, je repère rapidement un Cyber et j’y trouve le mail que Nora m’avait annoncé par SMS. Toujours des problèmes administratifs, que je règle au mieux et le plus rapidement possible. Je dois foncer à la Poste pour envoyer une lettre recommandée à mon inspecteur du fisc; J'adoooore....

Je passe au Supermarché du coin, du pain frais qui a l’air bien bon, et retour vers Anak.

Cela fait, je décide de visiter La Marsaa. C’est là que je découvrirai, comme raconté plus haut, où partent nos impôts pour que la France continue à faire croire que c’est un grand pays.

Mais le Ramadan n’arrange rien. Quoique, par-ci, par-là, quelques bistros sont bien ouverts, ceux fréquentés par la jeunesse dorée du coin.....

A propos, à Tabarka, durant le Ramadan, la plupart des vrais vagabonds des mers se faisaient discrets pour manger, inutile d’étaler dans le cockpit nos repas et boissons, que la plupart des Tunisiens, passant sur le quai ne peuvent se payer et encore moins manger durant les journées de Ramadan. Me mettait alors en colère ces plaisanciers, qui ‘n’en avaient rien à foutre’ (en français svp.) et baffraient en arrosant d’alcool leurs repas, bien installés dans leurs cockpits à la vue de tous.

Je vois un Cyber, et je confirme à Nora l’envoi par recommandé, et je vérifie une dernière fois la Météo.

Je rentre ensuite sur Anak.

Au menu, poisson frais (ceux pêchés hier, faut les finir !)

Le lendemain matin à 6,30H, Anak quitte Sidi Bou Said et les énormes yachts tape-à-l’œil du port.

La côte est belle par moments, mais absolument rien à voir avec la côte algérienne ou marocaine !

Elle a par contre une mauvaise réputation avec les tempêtes violentes du détroit entre Sicile et Tunisie. De temps en temps, des épaves échouées sont là pour le rappeler.

Petite brise qui permet de monter toutes les voiles. Anak est heureux et file bon train. 

Je dois passer le Cap Bon, c’est le cap le plus proche de la Sicile, qui est en face, et le détroit est réputé dangereux pour ses gros coups de vents à cet endroit !

A 17,30H, je rentre dans le port de Kelibia, mon dernier port tunisien !!!

L’arrivée est chouette, car une immense forteresse surplombe la ville.

 


Kelibia est un gros port de pêche et les gens sont très sympas. Au centre du port, entre les chalutiers, il y a un quai, où s’agglutinent quelques voiliers. Je serai le septième à me faufiler dans un emplacement à couple en faisant une manœuvre savante, car j’ai très peu de place pour aller me faufiler en long à côté d’un autre voilier et des chalutiers en face !

Devinez ce qu’il y avait au menu hier soir ? Des filets de thon, (ce sont des petits thons, aussi appelés « thonines »Bon, avec tout ce poisson (il en reste au frigo !!!) je vais peut-être devenir plus intelligent (sympa le sourire, les filles..)

Coup de vent annoncé pour aujourd’hui et demain !

J’en profite pour faire mes révisions et vous écrire ce mot. Demain, j’irai dans le centre ville de Kelibia dépenser mes derniers dinars en provisions diverses, car tout est tellement moins cher ici.

Le lendemain, si Eole veut bien, cap sur l’île sicilienne de Pantelleria, à 45 miles d’ici, au milieu du détroit. Et après, c’est la Sicile !

« Je vous tiens au jus ! » comme dirait Nora ..

 

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Pantelleria, fille du vent...

Une île joliment nommée "Fille du vent" , voilà ce qui apparaît devant l’étrave d’Anak !

Ca y est, je quitte ce matin Kelibia, et la Tunisie ! Et le Maghreb. Et le Ramadan !

Ciao Kelibia et Tunisie

Kelibia, c’était assez sympa comme dernier port d’Afrique du Nord. Les derniers dinars ont servis à faire le plein de réserves, de fruits et légumes, autres trucs de base pour la cuisine, souvent 50% moins cher qu’en Europe.

Avant de partir, j’aurai quand-même été voir de près le fort, et l’accès à une partie invisible et ‘interdite’ du fort, l’interdit se transformant en permis pour 4 dinars, et deux bougies pour s’éclairer !

Cela valait la peine !  

Située à mi-chemin entre la Sicile et la Tunisie, cette île très volcanique (24 cratères pour 83 km2 ) mérite plus qu'une halte d’une nuit....

Le vent est un personnage incontournable à Pantelleria. Il soufflerait ici en moyenne 337 jours par an ! Et s’il retient parfois le voilier de passage, il aplatit l’olivier, érode la pierre, et c’est encore lui qui est à l’origine du mot Pantelleria. En effet ce sont les arabes qui, en occupant l’île au neuvième siècle, lui donnèrent son nom : «Bent El Riha », c'est-à-dire « fille du vent », ce qui donnera « Pantelleria » quand l’île devient italienne.
C’était l’escale idéale pour Anak, à mi-chemin entre Kellibia, mon dernier port Tunisien, et la Sicile. De toutes façons, Eole décide : demain calme plat, après-demain, grosse brise de travers pour filer vers la Sicile. Economies de gasoil obligent : je partirai après-demain !

L’île volcanique étant très haute, on voit déjà à mi-journée se dessiner son ombre à l’horizon.

L’entrée du port de Pantelleria  n’est pas très évidente : une tempête hivernale a partiellement détruit la jetée ouest, et un petit pylône marque ce qui reste de son extrémité. Une bouée rouge, entre deux eaux déborde quelques roches à bâbord ; mieux vaut donc passer assez près du mole. J’adore…. Pfff, cette arrivée m’a à peine stressée !

Une fois à l’intérieur, deux possibilités : soit le Porto Nuovo , ou alors l’ancien port, le Porto Vecchio, moins bien protégé et où la tenue de l’ancre n’est pas terrible.

Je tourne en rond, je vois un vieux quai abandonné… voilà qui va me coûter 0 € !! Je me dirige vers cet endroit. Ca fait un peu zone, bof, je préfère à une ‘marina’. Au loin, des gens hurlent en faisant signe qu’il n’y a pas beaucoup de fond. Voilà pourquoi il est libre. Effectivement, en approchant très lentement, ne lâchant pas d’un œil l’échosondeur, j’arrive à m’amarrer, il reste à peine 0,50m sous Anak, et 1 m devant on voit des roches de lave à moins d’un mètre ! La marée est nulle, tout est OK. Super Anak, avec son tirant d’eau de 1,55m et longue quille, je puis aller là où un autre voilier classique ne pourrait se risquer avec sa quille de 2 m et plus !

Je m’amarre comme il faut, personne ne vient, pas de contrôle ni papiers (une heure à Kellibia pour faire ma sortie de Tunisie et 30 Dinars de timbres pour dépassement de mon permis de séjour !! = rechanger de l’argent juste pour cela !!), quel changement ! Et rien à payer.

Je puis me passer d’eau et électricité, mme pour vous écrire sur le PC, Anak est conçu et équipé pour cela.

La ville de Pantelleria a été bombardée et presque entièrement détruite en juin 43 par les forces alliées qui partaient à la conquête de l’Italie, bref, dans l’urgence, elle fut reconstruite sans la moindre inspiration.

Une église semble un héritage intact du passé, c’est tout.

Au petit matin, je fonce en ville boire un kawa, cet expresso italien qui reste le meilleur du monde, et qui malgré les légendes sur la cherté de la vie en Italie, ne coûte que 0.80€, pot de lait et verre d’eau fraîche compris, + le sourire du barman italien ! Quel régal et quel plaisir de voir des gens de bonne humeur vous disant bonjour !

L’origine volcanique de l’île : la roche ici est sombre, souvent noire, la pierre parfois tordue par la chaleur, parfois luisante (c’est alors l’obsidienne, très recherchée dans les temps anciens, et encore maintenant, vu le nombre de boutiques en vendant en ville ). On devine de nombreuses coulées de lave finissant dans la mer et maintenant recouvertes de végétation basse. C’est vraiment impressionnant.

Malgré sa taille réduite ( l’île fait 14 km de long et 8 de large ) Pantelleria compte 24 cratères, quelques fumerolles, des rejets de souffre, de nombreuses sources d’eau chaude, et parait-il quelques grottes où l’on peut prendre de brefs bains de vapeur.

 

Le plus vaste des cratères s’appelle Lago di Venero ( environ 900m de diamètre ). Au centre trône un lac où l’eau se mélange à la boue et aux émanations de souffre (bon pour ma peau de vieux, mais tant pis, loin et hors budget ).

Ce volcan est située près du village de Bugheber, un nom d’origine arabe, comme le sont les hameaux de Bukkuram, Khamma, Siba.

Car si l’île est résolument italienne, la longue présence ( 5 siècles ) des envahisseurs venus d’Afrique du Nord a laissé des traces.

Ainsi les nombreuses maisons traditionnelles de l’île : les dammusi. Construites en pierres volcaniques, elles sont cubiques et noires, avec une petite coupole blanche en guise de toit et qui servait à recueillir l’eau de pluie. Ainsi les tours circulaires en pierres sèches, à ciel ouvert ( les pantesco, ou potagers arabes ) , et qui servaient à cultiver à l’abri des vents marins les légumes et les fruits délicats.

La culture principale, c’est la vigne, et le célèbre muscat d’Alexandrie, appelé ici zibibbo, ou Moscato, un délice. Les vignerons en font un vin parfumé et puissant ( ex : le moscato passito de Pantelleria ), mais est puissant aussi le prix de la bouteille, mon Château la Pompe Anak m’ira très bien !

Il paraît qu’autour des plans de vigne, il y a une autre plante abondante sur l’île : le câprier. Une plante qui pousse à même le sol en s’étalant, mais qui sur un muret ou une paroi verticale se présente sous la forme d’une cascade de feuilles vert tendre. La présence du câprier près des plans de vigne n’est pas due au hasard : les larges fleurs du câprier attirent toutes sortes d’insectes qui viennent la féconder, et du coup fécondent aussi les fleurs de la vigne. Et ce sont les boutons du câprier qui, récoltés de fin mai à début août, puis mélangés à sec à du sel marin donneront la câpre, ( féminin, j’ai vérifié L ) réputée dans toute l’Italie puisque Pantelleria est parfois surnommée l’île aux câpres.

Une autre valeur sûre de l’île est son huile d’olive. L’olivier ici pousse en s’étalant plutôt que de monter vers le ciel, mais non, pas pour cueillir plus facile, mais cherchant ainsi la protection du relief et des murets de pierres. Il fournit une huile très réputée qui lui a même ouvert les portes du Vatican ( c’est alors « l’huile des papes » ).

Passionnant, non ?

Bon, un peu de people : Il y a des personnalités ou vedettes qui ont acheté une maison dans l’île et viennent y passer des vacances calmes et surtout… discrètes : Giorgio Armani, Madonna, Carole Bouquet, Sting. Depardieu, lui, a préféré acheter des parcelles de vigne ou plutôt rouler dans la farine quelques vignerons comme en Bourgogne.

Bon, je n’ai pas les mêmes moyens, pas de maison tranquille à Pantelleria et pas Madonna comme voisine, quelle tristesse ! !

Ah oui ! Il y a aussi d’imposants tumulus en pierres ( les Sèsi ), vieux de 3000 ans.

Voilà, c’était le quart d’heure cours d’histoire et géo ‘Pantelleria’ !

Demain, si la météo se confirme, 68 miles et le soir : Sicile !

Je vous tiens au jus J !

 

 

 

La Sicile !


68 miles à tracer dans la journée, en traversant un détroit bien encombré par les passages de pétroliers et cargos qui vont et viennent entre Suez, Libye et le centre de la méditerranée ou Gibraltar.

Pour améliorer cette traversée connue pour sa météo très capricieuse, une mer très agitée..

Navré pour vous, je ne serai pas malade comme lors du départ de Tabarka ! Je stresserais moins ?

Pourtant Anak rue d’autant plus qu’il constate que mon estomac tient le coup !

Un groupe de dauphins passe. Ils resteront une demi-heure.

Un vent de travers efficace, mais Anak fait de tels bonds que cela le freine à chaque fois et sans moteur, je n’arriverai pas avant minuit. Et la côte Sicilienne, c’est aussi les fermes marines, les barques de pêche, et moi.. :  qui n’aime pas arriver seul de nuit dans un port inconnu.

Le moteur aidera donc à garder le cap, à 1500 T/m, il suffit à propulser Anak entre 5 à 6 nds droit vers Sciacca.

 

Je suis parti à 5,30h du matin,

J’arriverai à 20h passée le soir, il commençait à faire nuit ! Ouff !

La lumière en fin de journée était belle, la mer se calmait un peu.

Et apparaît Sciacca au loin ! Et la Sicile !

Il était temps, la nuit tombe a toute vitesse !
L’entrée dans le port se fait dans le noir, c’est vraiment limite, mais je trouve le ponton de la Lega Navale italienne, dont les prix sont bien corrects.

Comme toujours en Italie, un service incroyable : deux types sur le ponton pour aider, un présente la pendille qui est comme neuve. Devant Anak, une borne avec eau et électricité. Au bout du ponton, un petit bar italien !

15€ par jour.


Anak à Sciacca

SCIACCA
Hier est arrivé au ponton un voilier français avec un couple âgé à bord. Enfin, de mon âge quoi..

Ils étaient de Sète, c’est un des endroits les plus sympas de toute la côte méditerranéenne française, ses habitants itou.

Puis, les voiles d’Anak y ont été fabriquées par un voilier, grand copain de Wulf.

Ils avaient vus le sigle Clipper Voiles sur mon génois enroulé et «  - hé, mais c’est de chez nous ! »

Vrai qu’un voilier avec pavillon belge et des voiles de Sète.., ce n’est pas banal !

Ils sont venus regarder Anak, que dis-je : ‘admirer !’ «  – Quel beau bateau costaud ! »

Je bavarde avec eux, ils ont déjà fait 3 x la Sicile qu’ils adorent, la Grèce dont surtout le Nord de la Mer Egée reçoit leurs faveurs – comme moi plus tard !

Je leur dis que je pars ce matin pour Porto Empédocle à 25 M d’ici, et qui est un port à côté d’Agrigente et la vallée des Temples.

Je croyais ne pas y être passé encore, mais en regardant des photos à l’office de tourisme de Sciacca, , j’ai réalisé y avoir déjà été, aux alentours de 1973.

Je n’y retournerai pas, mon budget est limite, je garde quelques sous pour Syracuse.

Et mes deux Sétois me dire : «  - Mais on arrive d’Empedocle, on voulait y rester 48h, mais tous les pontons sont en travaux, impossible de s’amarrer, éventuellement mouiller dans le port, mais cela oblige a gonfler l’annexe ! »

Ah ! le téléphone des pontons et les précieux renseignements qu’on y glane !

Tout à l’heure je vais aller boire un café piccolo et encore aller me balader en ville, prendre quelques photos pour vous donner l’envie de vous balader plus tard en Italie et Sicile.

Puis à nouveau cool sur Anak, achever ce mot, en préparer un pour Nora : « Nora, j’ai mis dans la galerie du site VR un dossier nommé Sciacca, tu peux le mettre en ligne dans le dossier Sicile ? Enfin, si tu as le temps entre boulot, courses, cuisine, nounou, vaisselle, Lou, teinture de tes tifs, manger un peu plus, Franck, aspiro, etc… » OK, elle est habituée, et ce qui est chouette avec elle, c’est quand tu rajoutes : « Surtout, te presses pas, aucune urgence ! » et Paf !, 3 minutes après c’est sur le site ! 

Je dois bien organiser mes séances Cyber. En Italie, si les choses de bases, kawa, fruits, légumes, viande de porc, etc sont très bon marché, dès qu’on sort de cela : chocolat, biscuits, produits plus élaborés, restos, (mais je préfère économiser et m’en passe allègrement) tout est soudain bien plus cher. Idem pour Internet, 3 à 4€ de l’heure. Heureusement, en Grèce c’est à nouveau moins cher selon mes Sétois.

Bref, je dois taper mes mots à l’avance, bien préparer mes photos. Je devrai limiter celles sur le blog, car longues à charger, ce tant que je suis en Sicile. Sans quoi mon budget Cyber sera plus lourd que celui de la nourriture !

Donc sur le site qui charge très vite, qques photos de cette jolie petite ville italo-sicilienne, et finalement, rester un jour de plus ici n’a rien de désagréable

« Hein, Anak ? On est bien hein ? » 

 

Syracuse !

Mon dernier billet date de Sciacca que j’ai quitté le 27 sept.

En route pour Lipata.

Lipata est un port industriel, et pas grand-chose à raconter, car se fut une escale intermédiaire, juste pour dormir. Le lendemain, en route pour un autre port industriel immense : Pozallo.


J’arriverai tard, car pas de vent, courants contraires, et 65 miles quand-même. Petit happening quand-même : le port est minuscule, surtout dédié à la pêche, et…. je m’échoue à l’entrée sur un banc de sable, oh le con, le marin d’eau douce ! Bon, je ne pouvais pas savoir, rien sur la carte ni sur Maxsea sur le PC. Un petit pointu de pêcheurs passe, un grosse amarre, et il me tire en arrière pour me désenchouer ! Ca a l’air d’être une habitude, un grand merci et c’est bon. Ensuite, il me dit par où passer pour arriver jusqu’au quai ! Sacré Anak, on n’avait pas encore fait cela ensemble !

Là aussi, escale dodo, je suis impatient d’arriver à Syracuse, et les ports sont trop chers pour traîner. Je repars le matin vers 5,30h, il fait encore nuit, et je longe bien la jetée comme m’a dit le pêcheur pour éviter les bancs de sable qui changent d’endroit sans arrêt.

Le 29 en fin d’après-midi : Syracuse enfin !

L’arrivée est magnifique, au loin la ville de Syracuse, et quand on vire dans la baie, on passe juste devant les remparts de la vieille ville de Syracuse, la presqu’île d’Ortygie.

Ortygie, c’est presque un musée vivant rappelant toutes les époques – grecques, normandes, aragonaises et baroques, et tout cela s’entremêle dans une merveilleuse harmonie dont seuls les italiens on le secret. Les remparts sont très beaux, restaurés à la chaux naturelle, que surplombent de vieux palazzi aux tons rouille.

Dans l’antiquité, c’était la cité-état la plus puissante de la Magna Graecia, égale à Athènes ! Elle fut fondée en 734 av.J.C. par des colons de Corinthe et fut ensuite reliée au continent par un pont. Elle devint la plus grande ville fortifiée du monde grec avec un demi-million d’habitants. Elle connu sa grande période sous Denys l’Ancien et Denys le jeune en étendant son pouvoir sur toute la Sicile et Méditerranée occidentale et cela dura près de 200 ans.

Archimède vivait dans la cité, et quand il sortait de sa baignoire, il inventait plein de choses : Euréka : un nouveau système de catapultes pour repousser les assaillants, Euréka, un système de miroirs et lentilles qui concentraient les rayons de soleil sur les voiles des bateaux romains et y mettaient le feu, un vraie génie !

Tout Syracuse fut bombardé par les Alliés et les Allemands durant la seconde guerre mondiale et fut très endommagée.

Le plus chouette est le petit port de plaisance : juste à l’entrée d’Ortygie. Mais c’est quand-même 38€ la nuit, je m’attendais à pire !

Donc, quand je sors d’Anak, à moins de 100 m j’ai une entrée dans la vieille ville !

De là on accède de suite à la piazza del Duomo où se trouvait l’Acropole du temps des grecs.

Aujourd’hui, c’est des grandes demeures baroques. Aussi la cathédrale où avant se trouvait un temple dédié à la déesse Athéna, et ce sont toujours les colonnes doriques d’origine (Vième siècle av.J.C.) qui supportent le toit de la cathédrale ! A l’intérieur (fermée pour restauration) il y a un autel ( aura ) élevé par les Sicules (c’est qui les Sicules ? sais pas.., je copie de mon guide..) trois siècles avant le temple et qui est le seul témoignage des premiers habitants de l’île.

Cicéron a vécu à Ortygie, et sur le toit du temple il y avait une immense statue en or d’Athéna et qui servait de balise pour les marins en mer !

 

L’île était dédiée à la déesse Artémise, et on a retrouvé des restes de son temple sous le Palais Sénatorial qui est aujourd’hui aussi l’hôtel de ville.

Bref, toute la vieille ville est pleine de ce genre de témoignages, mélangés dans les habitations baroques qui forment des ruelles splendides.

J’ai pris les photos en début de matinée, car après c’est noir de monde. La ville est habitée a 100%, mais en plus, Syracuse est l’endroit le plus visité de Sicile !

J’ai bu un super petit café italien à la place Artémise avec sa fontaine au centre représentant la déesse de la chasse Artémise.

L

’alimentation principale en eau potable de la ville était, dans l’antiquité, au bas de piazza del Duomo. La légende veut que le dieu fleuve Alphée tomba amoureux de la nymphe Aréthuse, une vraie allumeuse celle-là, et une des suivantes d’Artémis. Elle était en train de se baigner à l’embouchure du fleuve. Mais comme toutes les allumeuses, pour se protéger ensuite des assiduités du dieu Alphée, elle le transforma en source. Aréthuse trouvant qu’elle y était allée un peu fort s’enfuit sous la mer, mais Alphée, source débordante, avait le feu sacré et la poursuivit sans cesse et réussit à mêler ses eaux aux siennes au moment où Aréthuse faisait surface à Ortygie pour respirer un bol d’air. Et c’est devenu la fontaine d’Aréthuse.. Tout cela est à peine symbolique..

Demain, je vais essayer de trouver un peu de temps pour aller à Néapolis : c’est le site le plus visité de Sicile. Des gigantesques carrières, un magnifique théâtre et autres ruines, que j’avais déjà visité dans le temps. Le théâtre ‘Teatro Greco’, est taillé dans de la roche blanche et pouvait accueillir 15000 spectateurs ! C’est là que fut joué la première des ‘Perses’ d’Eschyle. Les Romains y organisèrent aussi des combats de gladiateurs au IIIième siècle (équivalant du foot aujourd’hui – pardon Gilles & Franck) et ils remplissaient aussi l’arène d’eau pour y organiser des combats navals : ‘naumachies’, ou Intervilles aujourd’hui à la télé.

Plus loin, un amphithéâtre romain du IIième siècle est le plus grand d’Italie après celui de Vérone et Rome. Il était aussi utilisé pour des combats de gladiateurs et courses de chars à la Ben Hur. Mais les espagnols détruisirent en grande partie le site pour construire les remparts d’Ortygie !




 



A propos de Grèce :

Demain, je quitte Syracuse pour filer en droite ligne vers la Grèce. Une traversée de plus de 250 miles, si pas plus, cad une navigation de min. 3 jours, assez difficile car croisant des gros couloirs de cargos, et tout dépendra de la mer, du ciel, du vent.. et surtout espérer ne pas rencontrer de tempête en pleine mer. Mais si cela arrive, bon, ben, juste patienter que cela passe..

Donc, pas d’internet pendant plusieurs jours, car arrivé en Grèce, j’atterrirai sur une île Ionienne, sans doute Zakynthos, mais je ne sais quand je retrouverai un centre cyber !

Oui, oui, jeseraiprudentetAnakestunbonbateau..

Mais je vous tiens au jus dès que possible !



 

 

 

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De Syracuse à Egine 


Syracuse + 268 miles font Grèce & Zakynthos ! Belle traversée !

Syracuse-Egine-copie.jpg
Syracuse fut une belle escale, le port près de la vieille ville bien sympathique (sauf le prix  ! )
J’ai donc décidé de filer en ligne droite vers la Grèce. La première île grecque la plus proche est Zante ou 'Zakynthos'.
Cela m’évite l’énorme détour, plus rassurant peut-être, via la botte de l’Italie, Corfou, etc. On y frôle le détroit de Messine et ses coups de vent terribles, et j’évite les prix un rien trop élevés des ports Italiens. Pourtant, il y a qques années, j'y avais encore trouvé des haltes gratuites ou peu chères, mais le boum de la location de voiliers a bien changé les choses là aussi.
La traversée fait plus ou moins 268 miles nautiques et j’estime qu’elle prendra deux nuits et trois jours, selon le vent.
La météo semble bonne ( peut-on se fier à une météo en Méditerranée ?) si ce n’est qu’à l’arrivée, je serais accueilli par un coup de vent venant de l’Adriatique !
Bon, avec un peu de chance.. et sans traîner surtout !!
J’aurai finalement presque tout le temps un vent arrière, mais léger, léger, et si je ne veux pas passer une semaine à traverser : il me faut souvent faire tourner le moteur.
Il tournera même quasi tout le trajet, encore plus de 100L de perdu because Eole la capricieuse. Heureusement, c’est du gasoil algérien à 0,15€/L. Quand je devrai en reprendre, je vais rire jaune en voyant la note ! Ca me déprime.
La première nuit est un rien stressante. Anak est entouré d’orages. Pas de terre à l’horizon, pas de bateaux, que des éclairs partout autour d’Anak. Je trouvais cela par contre magnifique, les éclairs illuminaient d’énormes nuages dans le ciel. A nouveau, on se sent tout petit devant cette immensité.
J’avoue avoir regretté souvent ne pas partager ces moments magiques avec quelqu’un de proche.
J’étais aussi prêt à sauter sur l’appareillage électronique, débrancher tout, surtout le PC, etc, si jamais les éclairs s’approchaient un peu trop d’Anak et de ses mâts.
J’ai eu de la chance, un bien beau lever de soleil le 2ième jour de mer, un soleil jouant à cache-cache avec des nuages qui s’auréolaient d’une bande de lumière éclatante. Rien que pour cela, j’aime la pleine mer. Ce doit être pareil, seul en montagne.

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Mais autrement, j’avoue que ces traversées me barbent durant la journée. Pas de cargos ou si peu, des usines flottantes à touristes que nous les voileux sectaires osont appeler 'promène-couillons' ! Je devrais avoir honte ! Croisant la route des cargos de l'Adriatique je m'attendais à plus de trafic. Mais mon radar n'a rien signalé de trop stressant.

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Je contrôle en permanence les voiles car le vent change de rythme sans cesse, et chaque réglage me fait gagner un dixième de mille à l’heure. Cela compte sur une telle distance. Bon, je précise ; quand il y a du vent !!
Un oiseau, sorti de je ne sais où et est venu se réfugier sur Anak. On cohabitera plus d’une demi-journée, puis il a disparu, sans doute suffisamment reposé, ou alors marre de voir ma gueule.

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Je lirai deux livres entiers de Saramago durant cette traversée. Je m'installe alors sur le tatami dehors. C'est génial, surtout que je m'endors, mais je ne vous direz pas combien de temps !
De temps en temps, une bande de dauphins vient saluer Anak.
Par contre : pêche à la traîne : zéro cette x !
Les nuits sont ponctuées par la sonnerie de mon alarme programmée à repérer tout cargo approchant trop d'Anak ou pouvant croiser sa route. Le reste du temps, je dors. Je sais, je sais, c'est de l'inconscience.. mais seul, pas de partage de quarts!
Je regardais aussi avec inquiétude le Navtex et ses bulletins météo ‘thunderstorm » côté North Ionia, etc..
Pfff, exactement où je vais ! Gale Warning Ionia North.. maman !!
Enfin la terre est en vue le 3ième jour,

013-Sud-Zakynthos.jpg

Un bel orage se forme effectivement entre la terre et Anak. Finalement, j’y réchapperai de justesse.
Zakynthos est l’île la plus au Sud des îles Heptanèses. Au centre, l’île est très fertile, renommée pour ses vignobles et raisins secs, figuiers, oliviers, orangers et citronniers. Les Vénitiens appelaient Zakynthos ‘la fleur du Levant’ ! Tout autour, des montagnes parfois très hautes, et au Sud des plages de sable blanc avec une eau claire comme du cristal. L’île, vue depuis Anak est très verte. Ici aussi, un tremblement de terre a détruit la belle ville vénitienne de Zakynthos. Lawrence Durrel écrivait dans ‘Les îles grecques’, « il n’y avait qu’en Italie que l’on pouvait retrouver ce style baroque du XVII et XVIIIè siècle. En 1953, la terre engloutit la totalité de ce passé vénitien et laissa une ville brisée. »
Cette île fut aussi occupée pour sa position stratégique, par les Athéniens, Philippe de Macédoine, les Romains, les Vandales, les Normands, Turcs, Vénitiens et même les Français avant les Russes et enfin les Anglais.
Il est interdit d’aller mouiller dans le Sud de l’île, toute la zone – Kolpos Lagana - est protégée, mouiller l’ancre est passible d’une amende de 300€. C’est la zone de ponte la plus importante en Méditerranée de la tortue caouanne. C'est que j'en sais des choses, merci les guides!
Vers 17 h, j’arrive dans le port de la ville Zakynthos. Je suis en Grèce !!!!

016-Zakynthos-ville.jpg

En Grèce, dans la plupart des ports, il faut se mettre cul au quai en mouillant l’ancre à 30m à peu près pour avoir une bonne tenue. C'est une spécificité grecque, et je dois tout réapprendre.
Mais le coup de vent annoncé arrive lui aussi, et il est très fort !
Tiens, tiens, j'ai mon estomac qui se réveille. C'est mon meilleur baromètre "entrées de ports !"
Le port est réputé mal protégé et je m’en souviendrai ! J’aurai donc évité ce coup de vent annoncé de justesse ! Par contre, reculer vers le quai dans les bourrasques, lacher l'ancre puis de la chaîne tout en même temps, la laisser courir, puis à 1 m du quai, si personne (c'est le cas vu le temps), faut tout lacher, courir vers l'arrière, prendre les amarres (préparées !!), sauter sur le quai (pas dans l'eau !) et attacher les amarres avant qu'Anak ne reparte vers le milieu du port, tiré par le poids de la chaine.. !
J'adore ! Surtout cette première fois !
Deuxième problème, la commande électrique du guindeau se bloque sans arrêt ! Bref, j’ai sué qques gouttes ! Je vous disais que mon baromètre interne est fiable!
Ce matin, j’ai tout démonté, vérifié mes connections, tout marche impeccable !? Mystère total, on verra bien demain au prochain port, car en Grèce, ce genre d’amarrage au quai étant le plus fréquent il faut donc que tout cela marche parfaitement ! Surtout étant seul !

Le port est sympa, l’entourage et la vue depuis Anak bien sympa. 017-depuis-Anak.jpg

On est dimanche, les cybers sont fermés, et si la météo est meilleure, demain c’est route vers le Golfe de Patras – entrée du Golfe de Corinthe -  et un petit port bien sympa : Missalonghi, au milieu de marais salants et au bout d’un long chenal. On dit l’endroit très sympathique, et la baie est entourée de maisons de pêcheurs sur pilotis dans l’eau !
Bon, je vous raconterai la prochaine fois. D’abord trouver un cyber pour envoyer ce mot !
Ah oui, c’est à Missalonghi que Byron est mort, ben oui, et votre culture générale ? ( et la mienne ! )
Je vous tiens au jus !!


Le Golfe de Corinthe
Hello,

Anak a quitté Zakynthos le 7 octobre seulement à cause du coup de vent.
Vers 16,30h, j’arrive devant le chenal de Missalonghi. Tout le trajet s’est fait au moteur, vent de face pour changer.. 1500 t/m ; je n’étais pas pressé, c’est mon meilleur régime moteur/consommation, mais avec ce vent de face, je fais un pénible 4 nds.
Missalonghi est une petite ville avec un port de pêche situé tout au bout d’un long chenal de plus d’un mile de long et balisé de bouées rouges et vertes et qui traverse un immense marais salant. Le chenal fait 6 à 7 m de profond et est dragué sans cesse pour les petits cargos qui viennent charger du sel dans le port. Gare aux distractions, hors du chenal, cela remonte à moins de 2m !!
A l’entrée du chenal, il y a tout le long des maisons de pêcheurs sur pilotis qui sont parfois très mignonnes. Pleines de couleurs, filets qui pendent, petites barques amarrées devant..
Missalonghi
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Cela donne un petit air Asie du SE. On en a encore plus l’ímpression quand on voit des gens pousser leurs râteaux dans la vase, de l’eau jusqu’aux genoux. Là ce n’est pas pour le sel, mais la recherche de coquillages, surtout l’énorme nacre à la coquille dorée. Mais comme je n’avais pas de râteau à bord..

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La petite ville n’a rien de bien spécial et au centre comme partout en Grèce maintenant, des rues piétonnes avec plein de bistros aux fauteuils hyper confortables, tout comme les prix. Boire un verre frise de suite les 3€, et pourtant, tous ces bistros sont pleins, surtout de jeunes. Et dans les rues adjacentes sont stationnées leurs bagnoles, jantes alu, modèles ‘sports’ récentes, tunées, etc., sans parler des motos flambantes aux échappements trafiqués avec lesquelles ils traversent ces rues piétonnes à des allures de cinglés, ce qui ne semble déranger personne. Je ne sais comment ils font, mais vu le nombre de boutiques de fringues, etc, il y a du pouvoir d’achat ! Le port, presque vide, est sympa, bien protégé et.. gratuit ! J’avais demandé à un grec à Zakynthos comment ils faisaient vu la cherté des boissons, restos, etc, et il m'assurait que ce n’était pas un gros problème, que bcp de grecs avaient deux métiers, un la journée, un deuxième le soir et certains WE, ce qui permettait d’y arriver. Au contraire du Péloponnèse et Athènes, les gens sont plutôt sympas et surtout détendus, toujours lancés dans des grandes discussions sur les terrasses, tout cela de fort bonne humeur.
Je ne resterai qu’une nuit à Missalonghi, car Nafpaktos m'attend : Un petit port médiéval qui, sur les cartes, à l’air bien sympa.
Je repars donc de Missalonghi début de matinée : direction Nafpaktos ou Naupacte - certains l’évoquent sous le nom de Lépante, mais ce nom rappelle surtout la célèbre bataille navale qui se déroula au large de Missalonghi -, qui n’est pas loin, le vent absent comme d’hab.. et  j'arrive à 14,00h 
L’arrivée est splendide, le port médiéval, la ville que surplombe la citadelle Vénitienne du 15ième siècle.

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Le port a une forme ronde, il est tout petit, et ce n’est pas simple d’y manœuvrer.
Il y a surtout peu de place, tout est complètement rempli par des barques de pêches, deux petits voiliers de locaux, et un voilier de location qui a pris la seule place de libre juste devant l’escalier qui monte vers les quais.
Je n’aime pas les locations !
Pardon l'ami Wulf.. Mais il y a de quoi : à Zakynthos je m’étais bien amarré, cul au quai et plus de 30 m de chaîne entre Anak et l’ancre. Comme il y avait beaucoup de vent de face, j’avais bien tendu la chaîne pour écarter Anak du quai. A côté d’Anak, un voilier de location avec 6 allemands à bord.
Le lendemain matin, vers 8h, ils se préparent à partir. Je leur dis gentiment de se méfier : que le vent a tourné, va les pousser coté tribord, donc vers moi et ma chaîne : Bon, ils savent mieux.. ‘Ja – Ja’ avec un air méprisant..
Ils lâchent tout, s’y prennent bien trop tard pour remonter la chaîne, évitent de justesse l’avant d’Anak, et qques mètres plus loin, dérivent au-dessus de ma chaîne. A 20 m d’Anak, je vois au loin mon allemand 'ja, ja' monter l’ancre, dans laquelle pend la mienne !! Je fonce comme un fou mettre le moteur d’Anak en route, faire tourner lentement l’hélice pour me tenir à distance du quai car plus rien ne me retient devant et j’ai le vent de face. Vu le poids de ma chaîne, toujours complètement déportés à gauche, ils se rapprochent de moi ! Je leur hurle en allemand de donner du gaz et de se diriger bien en face d’Anak le plus loin possible avant de laisser retomber à l’eau mon ancre qu’ils ont dégagée de la leur.
Ben non, ils lâchent mon ancre à quinze mètres d’Anak, complètement à gauche, au-dessus de la chaîne de mon voisin à bâbord, et s’en vont sans même regarder en arrière.. ‘Ja – Ja…’
Bref, j’ai du défaire en triple vitesse mes amarres arrières, enlever mon branchement électrique tout en protégeant le côté du voisin contre qui j’étais allé me coller, (Anak avec son boudin caoutchouc style chalutier s’en fiche) repartir vers le centre du port, espérer qu’en la relevant mon ancre ne va pas crocher l’ancre du voisin, etc. et refaire toute la manœuvre..
J’étais dégoûté, aucun savoir-faire ni savoir-vivre..
Bon, petit souvenir vite oublié, revenons à Navpaktos.
Finalement, juste à côté de l’entrée du port, je trouve un endroit où j’arrive tout juste à me mettre. J’avance d’abord vers le centre du port, et je laisse filer l’ancre en actionnant la commande dans la timonerie. J’avais fixé un orin à l’ancre qui lui se déroule à côté. 3 m de fond, je laisse filer 20 m et je recule vers le quai. C’est très juste, les premiers 2 m depuis l’entrée du port sont dangereux, du sable et gravier monte jusqu’à 0,50m sous l’eau, il faut qu’Anak se positionne juste à coté, mais avec mes 1,55m de tirant d’eau, cela semble aller.
Ouf, Anak est amarré, la chaîne, retendue, semble tenir malgré le fond de vase molle de mauvaise tenue, comme annoncé dans le guide Imray. (si l’on peut se fier à un Guide Imray.)
La ville est vraiment sympa, les gens aussi. Je file à la recherche d’un cyber car Nora devait me tenir au courant des démarches administratives qu’elle effectue pour moi.
On décide de s’appeler le lendemain matin et de mettre en route des trucs assez urgents.
Le lendemain matin, je téléphone donc à Nora, je lui envoie copie de courriers administratifs que j’ai tapé à bord le soir. Je téléphone personnellement a mon plus grand ami sur terre, mon inspecteur des impôts, qui est tout a fait charmant et content que je l’appelle (faut se méfier de l’eau qui dort  paraît-il), m’explique ce que je dois faire, et est OK pour voir tout cela, dès réception de mon courrier, avec Nora, etc.
Enfin, merci, les filles, pour faire des go-between aussi efficaces.

J’en profite aussi pour faire des photos d’identité moi.jpg chez un vrai photographe, pour ma nouvelle carte Vitale, et je les enverrai d’ici à Lisa.
Finalement, j’ai tout terminé à 13,00h, et j’ai même posté par recommandé la lettre à mon ami du fisc.  
Toutes mes affaires sont réglées, je décide de partir début a.m. pour l’île de Trizonia, à 15 miles de Navpaktos.
Je remonte l’ancre et l’orin (l’orin comme déjà expliqué, c’est un long bout de corde attaché à l’avant de l’ancre, se déroulant avec la chaîne, et qui permettrait, au cas où celle-ci s’accroche à quelque-chose, de la dégager - si vous n’avez rien compris, venez voir sur place !), ouf, cela remonte nickel, car dans un si petit port circulaire, tout se croise dans l’eau !
Ciao Navpaktos

Et je pars vers Trizonia où j’arriverai vers 16,30h.
Vous savez quoi ? J’avais enfin du vent, et beaucoup ! Génial non ? Surtout quand c’est en plein dans le pif ! Pfff, cette méditerranée..
Trizonia est une toute petite île, et l’escale sera super chouette.

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Un port/marina abandonné, inutile à cet endroit, (encore un financement foireux de la CEE, il y en aura plusieurs) des voiliers y hivernent, car c’est gratuit (Navpaktos, c’était 7,50€, on est qnd-même loin des prix italiens). Par contre, le financement C.E.E. n’avait pas prévu que le copain, pardon, l’entrepreneur du coin qui a coulé les bétons des quais mettrait tellement peu de ciment dans son béton et la différence dans sa poche, que les bords de quai sont tout arrondis, complètement érodés. 
Que des cailloux pointus comme si on avait passé un coup de Karcher avant le séchage définitif du ciment : bref, impossible de marcher pieds nus, les pare battages souffrent et les amarres encore plus, et tous les bateaux dans le port trouvent des astuces pour limiter les dégâts : Curieux de revoir tout cela dans 10 ans ! Et de se dire combien il est scandaleux de voir l'argent du contribuable européen distribué pour des projets spécifiques en Europe sans le moindre contrôle quand à l'usage de cet argent. On peut d'aillers se poser des questions quand à la compétence de ces décideurs de la nomenclatura du siège de l'Europe à Bruxelles. Durant les années à venir je rencontrerai nombre de ces marinas innachevées et inutilisées le long des côtes grecques. Bon profitons en tout cas de ce quai gratuit.

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Le village est mignon comme tout, avec ces petits bistrots à l’ancienne, chaises et tables en bois au bord de l'eau sous les arbres.
Le soir, j’irai boire un verre de limonade. L’équivalent à Zakinthos coûtait 2,5€, ici 1,5. Etre assis dehors au bord de l’eau ainsi, c’est enfin à nouveau la Grèce.

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Puis, au bout de 15 minutes, sans dire un mot (pas très causants parfois, les grecs), le bistrotier dépose devant moi un café grecs fumant et s’en va ! Cadeau !
Et plein de souvenirs de cette Grèce d’il y a 40 ans reviennent, où tout était si souvent ainsi !
Par contre, un couple sur un autre bateau me dit qu’ils sont passés ici en été, et que là, c’était plein à craquer, plus une place.. ben oui, jolie île, petits restos et bistros, et place gratuite, même s’il n’y a ni eau ni électricité !
On m’avait dit pareil pour Navpaktos, déjà très peu de place, presque des batailles navales quand une se libère, le reste est à l’ancre devant la plage juste à côté, qui, certaines nuits, ressemble à un parking de voiliers ! Vive les mois d’été !
Ce matin, j’ai quitté Trizonia avec un peu de regret.


Avec un beau lever de soleil en face d’Anak
Je serais peut-être bien resté deux ou trois jours : c’est gratuit, il y a qques gens sympas dans le port, et les grecs du coin sans doute aussi, et je serais retourné au petit bistro ! Entre deux repas de pâtes, je me serais offert une Moussaka qui ici était affichée très bon marché !
Puis j’aime cette solitude dans de tels endroits, même si c’eut été plus chouette encore de la partager avec les gens que j’aime et qui apprécient. Si je repasse un jour… et pas en été..
Mais je dois aussi avancer, un crochet par Itea, petit port d’où partent des bus pour aller visiter Delphes, à 15 kms. Delphes que j’avais aussi visité longuement il y a quelques années. Encore un port gratuit, complètement inachevé et financé par la CEE ! Prises d'eau et électricité, mais rien n'est branché !!
Anak a Itea 086-Anak-a-Itea-Delphes.jpg

J’en profiterai pour faire quelques trucs sur Anak, ce billet, et un grand ménage. C’est qu’il a besoin de soins permanents, ce vieux rafiot !
Bon, je vais essayer de compléter les photos du dernier billet, plus celui-ci. Je rajoute aussi des photos sur le site :
Pardon Lisa, je sais que toutes ces photos te fichent le blues..
Prochaine escale : Corinthe ! Pas loin, un gros 20 miles. Pas une ville transcendante selon le guide. On verra !

Corinthe – Canal de Corinthe – Golfe Saronique – Palaia Epidaure
L’arrivée à Corinthe, son petit port de plaisance, perdu au fond du grand port pour ferries de fret était finalement assez sympa.

093-Corinthe.jpgArrivée rendue impressionnante, avec la vue, depuis le golfe, de l’Acrocorinthe en haut de la montagne surplombant la ville.
J’avais vu le magnifique panorama du golfe depuis l’Acrocorinthe il y a plusieurs années, cette fois je le voyais depuis le golfe.
A l’origine, l’Acrocorinthe était un temple voué au culte d’Aphrodite, et mille prêtresses et danseuses s’y livraient à la prostitution sacrée ! Mais comme la grimpette de 3 Kms est vraiment rude, ‘ils’ devaient être fatigués en arrivant là-haut !
Corinthe, c’était aussi la cité des arts où naquit le célèbre style corinthien. Diogène y habitait, mais dans sa jarre de terre cuite pour mieux philosopher. C’était donc autrefois une ville très riche et de débauche : même St Paul s’est arrêté pour y remettre de l’ordre, sans le moindre succès.. (‘L’Epitre aux Corinthiens’) Il ne raconte évidemment pas s'il a succombé !
Dans le port, un anglais chevelu et barbu vient admirer Anak. Je discute avec lui, il est pêcheur, et vît là depuis plus de 10a ! Et heureux comme un roi, « tellement plus cool qu’en Angleterre ! »
Il m’emmène dans un boui-boui côté port des ferries et là, la vieille Grèce de mes nostalgies refait surface. Le patron du boui-boui ne veut pas que je commande qque chose à boire (déjà bien moins cher que les prix grecs habituels) et j’ai droit à un verre de vin et du calamar frit, etc pendant que l’Anglais, qui parle grec couramment et est son grand copain, lui explique a quoi ressemble Anak, cad, à tout sauf à un Tupperware (c’est le nom que donnent les routards des mers vivant sur des bateaux hors série ou non clonés, ce avec une petite teinte de mépris et surtout snobisme dans la voix – on n’est pas parfaits (nos bateaux non plus).
Je retourne sur Anak, bien content de m’être arrêté ici malgré les avis négatifs du guide Imray (navigation) ou même Routard.
J’ai du boulot, préparer Anak, vérifier les niveaux, décanteur, etc, que de choses sur un bateau…, car risque 0 pour les pannes dans le canal, les amendes sont monstrueuses !
Un bateau autrichien un peu plus loin me dit avoir payé 220€ le passage pour son 13m . Cela me donne des sueurs froides vu mon budget…, surtout qu’on paie à la sortie, trop tard pour faire demi-tour !
Ca y est ! Il est 7h du matin, et je suis au milieu de l’eau devant l’entrée du Canal. Un appel VHF canal 11, et on me dit, un cargo rentre, vous le suivez full speed ! Donc dans 5 minutes, c’est votre tour !
Incroyable, parfois on peut attendre jusque 3 heures pour passer. Bon, le jour se lève à peine (pour vous il est 6h) et les photos… on verra !
Le cargo passe, et Anak en bon élève s’aligne derrière.

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Au début, je me rapproche de lui, car il y a un pont à chaînes qui attend notre passage. Un pont à chaînes, c’est un pont suspendu à des chaînes et qui descend au fond de l’eau pour laisser le passage !
L’entrée est impressionnante, je stresse un peu, ça sent l’aventure, j’aime. Anak lui est blasé et me souffle à l’oreille « t'excites pas, ce canal, je l’ai déjà fait il y a plus de dix ans avec mon ancien proprio, une bagatelle ! Sauf que hé hé, ça devait être bien moins cher ! hihihi ! » Quel salaud, je n’y pensais plus..
Le cargo avance à 6 nds, et moi, je donne à peine du gaz. C’est le courant qui doit faire au moins 2 nds : Le vent est d'Ouest, plus une légère aspiration du cargo, que je laisse pourtant à distance dans le canal, pour éviter ses remous d’hélice.

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C’est majestueux, impressionnant, les photos en disent plus que les mots.
3 miles plus loin, après être passé sous des ponts sur lesquels j'étais déjà passé en voiture !!, arrive la 102b-passage-ss-autoroute.jpg

sortie, et le quai après un dernier pont à chaînes. Le quai, c’est le péage..!
Je fonce vers les bureaux, espérant qu’ils ne vont pas me soutirer tous mes derniers sous. Et surprise, ma lettre de pavillon qui indique qu’Anak fait ‘juste’ moins de 10m me relègue dans la colonne des moins 10m : 111€ Ouf qu’il fait le vieux ! (Bon, ok, c'est de la triche...)
Lâcher les amarres, moins stressé, et surtout parce que devant l’étrave d’Anak s’ouvre le Golfe Saronique et surtout la mer Egée, lieu de navigation de mes prochaines années.

Première étape : Palaia Epidaure, un petit port à 15 Kms du site fabuleux d’Epidaure que je connais aussi déjà.
Le golfe est magnifique, au loin, que des îles, presqu’îles, Egine, Méthoni, etc, et la côte, c’est le Péloponnèse.

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 22 miles, et me voila dans la petite rade de Palaia Epidaure.
Bien respecter les deux balises qui  indiquent le passage, demi-tour devant le quai, lâcher la chaîne, et Anak va se placer entre un voilier hollandais et un allemand. La manœuvre n’est pas toujours simple, Anak ne vire pas sur place avec sa longue quille, et quand le vent s’en mêle, il faut maîtriser ses 12 tonnes !
Un Bavaria de 14m fait 6 tonnes, bref, Anak, c’est un char d’assaut !
D’ailleurs, les hollandais, un vieux couple avec fille, mari et les petits-enfants regardent Anak : « Wat een stoere boot, en zo leuk ! » Quel bateau costaud et marrant !
Ils me donneront des renseignements sur Egine, etc, tout cela en néerlandais, on est tous contents de parler un peu flamand/néerlandais entre bateaux.
Le dernier mail de Wulf, avant-hier, me parlait du nombre encore élevé de bateaux de location aussi tard dans la saison, il ne croyait pas si bien dire : arrivent après une flottille de location : 11 voiliers à la queue leu leu.. 11 pavillons russes en haut à tribord dans les haubans !
Et mes hollandais me dire, c’est partout comme cela, c’est une invasion !
Perfide, je leur réponds : « Mais heureusement qu’ils sont là aussi pour nous prêter qques milliards pour sauver nos banques » Pauvre Europe..
Voilà. Le port est très touristique, Epidaure oblige : Mais très mignon et sympa.

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En 1971, sous 6 m de terre, on a 116-petit-amphi-palaia-epidaure.jpg

découvert un petit amphithéâtre qu’ils sont toujours en train de fouiller. Aujourd´hui, en été on y donne des concerts !
Personne n’est venu demander des sous pour la nuit, mais sur le quai, il y a des bornes eau, et électricité pour lesquelles il faut acheter une sorte de carte de crédit : P.ex. 0,15€ le KW, etc.
Trop cher pour moi, et pas besoin sur Anak, je suis suffisamment autonome pour m’en passer, et je préfère aller boire une limonade (c’est le moins cher ici) sur une petite terrasse au bord de l’eau, pour fêter ma première nuit à l’Est de la Grèce.
Je vais démonter le gros contacteur de guindeau qui se bloque parfois, et jamais au bon moment ! Tout neuf, mais bon… et toujours qque chose à faire sur ce fichu bateau..
Tiens, v’la Anak qui tangue.. de contentement..
Je ne visiterai pas le magnifique et grandiose site d’Epidaure, j’y étais il y a quelques années !

Demain. l’île d’Egine ..

 

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Egine  -  Aegina

Egine !

 

Un point d’exclamation, car on va encore en parler : Egine.. ou Aegina.


Une île volcanique, très célèbre dans l’Antiquité pour son magnifique temple d’Afaïa.
A l’époque archaïque, elle avait sa propre monnaie, frappée d’une tortue.

Et comme d’hab.. rivale d’Athènes.

Sur le cap Ak Kolona, près de l’entrée du port, se dresse une unique et grande colonne  et c'est tout ce qui reste du temple d’Aphrodite d’autrefois.

Avec les ‘Flying Dolphins’ qui glissent sur leurs patins, ou catamarans rapides Sea Jets on est à 1,5 heure d’Athènes.

C’est une île assez verdoyante, envahie dès le printemps par les Athéniens qui fuient la fournaise de leur capitale.
Du coup le manque d’eau se fait sentir, et tous les jours arrive du continent un petit cargo-citerne pour alimenter l’ïle en eau potable.

Le WE, comme aujourd’hui, encore pas mal de monde et bateaux venant d'Athèns, mais cela va aller en se calmant avec l’hiver qui approche.

Le port est sympa, un quai le long de la rue principale qui longe le port, des restos, bistros et bouis bouis partout.

Même le marchand de légumes est sur un bateau !

« Et pourquoi ne resterais-tu pas à Egine, et tu iras après vers les Sporades» C’est ce que Wulf m’écrivait il y a peu. Vrai que Volos et les Sporades, c’est encore plus de 238 miles plein nord, vent debout presque tout le temps, et comme les journées deviennent courtes : des petites étapes. Et avec la saison, plus de mauvais temps..

Et à Egine il fait plus chaud, car on est quand-même pas mal plus au sud que Volos.

Alors, à peine arrivé, il me fallait prendre une décision.

Si je monte vers Volos, et comme on me la plusieurs fois annoncé, si c’est plein, comment je fais, il n’y a pas de ports importants intermédiaires. Donc revenir ici pour mi-novembre ?? Puis je connais bien Volos, mais par voie de terre..

Je fais mon tour ‘infos’ auprès des bateaux dans le port. A tribord, un jeune couple de grecs, dont l’avis sera précieux. De l’autre côté, des ‘vrais vieux’ - de plus de 65a, Danois, et qui tournent sur leur voilier en Grèce depuis 3 ans ! Ils sont passés à Volos en automne 2007.

Plus loin, des hollandais.. daâgg, hoe gaat het ? !! Eux aussi connaissent.

Et des espagnols. C’est tellement rare, en dehors de leur côte affreuse et des Baléares sursaturées et hors prix, on n’en voit presque nulle part. Mais ce sont des Galiciens ! Donc pas des vrais espagnols, et plus sympas, comme les catalans ou andalous. Tout ce petit monde me donne des infos, tuyaux, comparaisons..

«  -Volos, c’est très chouette, une grande ville universitaire et les gens y sont plus sympas qu’ici ou dans  le sud, mais il y fait aussi un peu plus froid et il pleut souvent, et surtout, on a eu du mal parfois, même hors saison, à trouver une place ! Vrai que c’est le seul port ‘confortable’ dans cette magnifique région du Pélion, Sporades, etc.
Il y a une petite marina, mais il ne serait pas facile de s’y amarrer (comme la marina ici, d’Egine, que des emplacements privés. Mais je préfère le port en ville de toutes façons). Après reste Thessalonique, mais il fait encore plus froid là-haut ! Pourtant, on dit l’endroit très sympathique !

Certains étaient un peu déçus de ne pas y trouver un coin sûr et bien abrité, car le Pélion et les Sporades, c’est vraiment très très beau. Mais qu’est-ce qui m’empêchera d’y aller plus cool début de l'année prochaine ? Les Sporades, pour moi, c’est le paradis sur terre ! La 1ère fois que j’y ai été, c’était en 1972 !

Si cela se trouve, Wulf va se rappliquer et y faire un tour avec moi ! Pauvre Wulf, il va trouver qu’Anak avance comme un char à bœufs comparé à ses Bavarias clônés de location ! Mais bon, entre vitesse ou confort, il y a longtemps que mon choix est fait.
Et j’ai trop rencontré de voiliers ‘rapides’ ne pas utiliser 2/3 de leurs possibilités dès que l’on vit dessus et que l’on voyage à long terme. Surtout voir leurs propriétaires-voyageurs venir à bord d’Anak pour déclarer ensuite, si je change de bateau, il ressemblera à Anak !

C’est fait, j’ai pris une décision ! – c’est qu’Egine serait peut-être moins cher que Volos, que c’est beau, assez sympa, et que j’ai trouvé un bistro grec sur le port où le kawa, café frappé, etc, est à 1,50€ !! Trouvez un café frappé à ce prix là en France ! N’est-ce pas un bon argument ? 

Autre argument, mais de taille ! Le port d’Egine est désormais équipé d’un service Internet par Wi-Fi, et GRATOS !!!!! C’est grâce à cela que je puis vous envoyer des billets !

Il y a des belles ballades à faire sur l’île :

Aphéa, un temple de style dorique construit en 448 av. J.-C., en très bon état qui se trouve en haut d’une belle colline boisée, 24 colonnes de 5,30m de haut sur 34 sont encore debout ! Il composait l’un des sommets du ‘triangle sacré’ avec le Parthénon et le Cap Sounion.

Le petit port de Perdika au Sud

Et la petite ville d’Egine a du charme.

Le long de la côte aussi, de jolis coins à explorer.

 

Et quand on monte dans la montagne, les vues sont magiques : îles, Péloponnèse, etc..

 

Je ferai un Album sur Egine. Heu, ..soyez patients !

Et autour, Methana, l’île de Poros, Epidaure à 3h, etc..

A Egine on trouve tout, il y a aussi un petit marché aux poissons.

Je vais aller boire un ‘frappé’ qui ici ne coûte que 1,50€ dans mon bistro sur le port préféré.

Et rêver : si j’ai assez de sous, comme Egine est à côté d’Athènes, je pourrai faire un AR en France aller voir petite Lou !

Ah oui ! Pour ceux qui aiment les pistaches : Egine est considérée comme la capitale de la pistache !

Je vous tiens au jus, depuis Egine !

 

24 novembre 2008

Coup de vent à Egine !

Le baromètre démarrait sa dégringolade, la météo sur Internet n’annonçait rien de bon…

Pourtant, sur les quais, la vie continue, n’annonçant pas trop ce qui se prépare.


Jeudi, mon nouvel ami grec, Gregory, du chantier naval de Souvalas au nord d’Egine vient me confirmer qu’effectivement une jolie tempête se prépare pour le week-end.

Le hic, vent sud-ouest, et le pire à craindre à Egine, car il n’y a aucune protection contre un coup de vent pareil à l’intérieur du port.

L’ouverture ou l’entrée du port est plein sud-ouest, résultat : vent et vagues s’engouffrent, se brisent sur le quai nord de la ville, bien en face de cette entrée.

Problème ? Ben, c’est justement là que sont amarrés les voiliers et yachts de passage, ou ceux qui restent un peu, comme Anak.

Mieux encore, en général, le téléphone arabe fonctionne entre bateaux, tout le monde prévient tout le monde : « attention, le baromètre dégringole, ça va chauffer demain ! »

Mais depuis quelques jours, à l’immense quai de la ville, il n’y avait plus qu’un seul voilier : Anak !
Quel changement avec les semaines précédentes! C’est l’hiver et, curieusement, plus de bateaux, pas même le WE, sauf Anak ! Je découvrirai peu à peu cette absence totale de bateaux de plaisance grecs sur l’eau en hiver.

Les autorités du port, pourtant conscientes du danger de ce quai, ne disent rien. Pas leur problème ! Arrivent justement ce jour-là un couple de... bruxellois sur un voilier Aquarellia. Eux aussi apprennent le danger que représente ce quai et cherchent un abri avant la tempête!

Au même quai, mais beaucoup plus loin à droite, il y a quelques dizaines de petits bateaux de pêche, les marchands de légumes flottants, etc., mais cette partie n’est pas en face de l’entrée du port, et donc déjà mieux protégée. Et côté port, ils sont tous amarrés à des corps morts en béton au fond de l’eau. Anak, lui, dépend de la tenue de son ancre et 40 mètres de chaîne. Aïe, aïe !

Mon ami Gregory me prévient donc : « Ne reste pas là, le coup de vent va te fracasser sur le quai ! Je peux te trouver une place entre les pêcheurs, mais ça manque de fond, et ça secoue quand-même pas mal ! » Reste le quai en face, c’est-à-dire au dos de la jetée sud ?

« Non, pas mieux, car quand les vagues viendront buter contre ce quai, par ricochet elles repartent vers le quai sud ! »

Un peu plus loin, toujours au sud, un ponton avance dans l’eau. « - Et là ?  - Non, non, cela secoue aussi là, et je n’ai pas trop confiance en ces pontons ! » On verra le surlendemain combien il avait raison !

Gregory fait partie de ces gens charmants et serviables et il me propose dans la marina la place d’un de ses clients qui a son bateau sur son chantier. La marina est à l’entrée du port d’Egine. Etant privée, elle est normalement interdite aux bateaux de passage comme Anak, en revanche, elle est un peu mieux protégée. En 2002 pourtant, une tempête extrêmement forte y a arraché des pontons, les voiliers ont joué aux auto-tamponneuses avec des dégâts énormes ! Ce fut le cas dans beaucoup d’autres ports en Grèce, car peu de ports, chose étonnante, sont vraiment bien protégés de tous les vents dominants.

On va voir à pied l’emplacement, l’accès est très compliqué, car il y a très peu de place pour manœuvrer. Partout, des chaînes bien tendues à l’horizontale vers les corps morts ou une chaîne mère centrale, c’est l’idéal pour aller fourrer l’hélice dedans ! Mais pas le choix !

« - Fais vite, même les pêcheurs vont venir mettre leurs bateaux à l’abri durant la tempête ! »

Idem pour Aquarellia qui y trouve une place toujours grâce à Gregory.

Bref, en fin de matinée, préparatifs, rentrer le câble de l’électricité, les doubles amarres, tout préparer pour remonter l’ancre et la rejeter dans la marina, et avec un orin car le fond est encombré de chaînes, cordes, etc.

Et voilà Anak qui est tout joyeux : « chouette, on va refaire joujou sur l’eau ! »

Heu, bon, pas bien long ce petit tour : sortir du grand port et entrer dans la marina juste à côté…

Le couple de bruxellois vient de s’y amarrer avec leur Aquarellia et propose d’aider à la manœuvre, m’avertissant que ce sera très difficile, vu le peu de place. Ils aimeraient pouvoir laisser leur bateau dans cette marina pendant leur séjour d’un mois en Belgique. Vu le refus actuel de l’autorité du port, ils repartiront probablement vers Methana, plus accueillante. Triste pour moi, cette compagnie aurait revitalisé mon accent belge !

- Dernière nouvelle. ils pourront rester finalement ! Content pour eux, et pour mon accent !

Je ferai une première tentative en reculant entre les bateaux jusqu’à mon emplacement. Le problème est que je dois virer quasi sur place pour me glisser entre deux bateaux écartés de 2 mètres à peine, alors qu’Anak en fait 3,35 et avant cela, je dois présenter la proue bien en face de l’autre côté pour lâcher l’ancre ! Et la largeur totale de manœuvre ne fait pas beaucoup plus que la longueur d’Anak !

Je constate vite que c’est impossible, je ressors et cette fois je vais en marche avant. Je place l’étrave en face de mon emplacement entre deux voiliers, je lâche l’ancre, et je recule vers mon emplacement en redressant par petites marches AV et ARR le bateau.

Quel souk ! Ecarter les bateaux, surtout le plus petit avec ses deux gros hors-bord de 160 cv chacun à l’arrière, hélices relevées, juste comme il faut pour venir labourer la coque d’Anak.

Anak recule vaillamment, mais rien à faire,    

Je finirai par aller donner du mou à ses amarres pour qu’Anak puisse enfin se glisser à sa place, et sans dégâts ! Les belges sont étonnés de voir comme Anak se manœuvre bien dans d’aussi petits espaces. « Je n’aurais jamais pu faire avec mon bateau ce que tu as fait là ! » Pfff, et le marin d’eau douce à la barre, il fait quoi, lui ? Vrai que les quilles longues, ce n'est pas évident. Et s’ils savaient combien j’en avais parfois bavé les premiers mois de navigations en faisant des marches Arr avec Anak. Et en 2004, je change l’hélice, et tout est à recommencer !

On a bien fait, fin d’après-midi, le vent se lève déjà, et il va monter, monter toute la nuit, pour culminer vers 8h du matin à force 7 à 8, avec des rafales de plus de 60 nœuds !

Anak tire, rue, secoue, et toute la marina chante le vent dans ses haubans et gréements !

Au petit matin, les rafales culminent et mon ancre a tendance à déraper, car Anak reçoit le vent en travers. Du coup on place un bout à la chaîne de mon voisin dans le vent, un voilier de la taille d’Anak. Mais sa chaîne est fixée à une chaîne mère et corps mort au fond de l’eau. Cela soulage la chaîne d’ancre d’Anak. Je découvrirai plus tard, par temps calme, une chaîne au fond de l’eau dans la vase et sous Anak. Elle était reliée à la chaîne mère et ayant réussi à l’attraper, j’ai pu remplacer mon mouillage avec l’ancre par cette chaîne, offrant ainsi toute garantie à Anak en cas de nouveau coup de vent ! 

Je passerai plus d’une heure, ce samedi matin, à perfectionner tout cela, car c’est reparti pour souffler plus fort encore durant toute la journée ! Tout le monde est sur le quai pour peaufiner ses amarres! Une vraie grosse tempête sur toute la Grèce !

Cela devrait se calmer ce soir, puis demain. Pour recommencer, beaucoup moins fort, lundi.

Donc je retournerai au quai de la ville lundi soir ou mardi matin. L’autorité du port m’ayant prévenu que stationner dans la marina, privée, est juste ‘toléré’ !

Depuis Anak, on voit la mer au-delà de la jetée qui nous abrite, déchaînée.

Malgré l’abri, Anak fait des bonds de côté à chaque rafale ! Je suis allé faire des courses, regarder le quai où se trouvait Anak. Le vent s’était un peu calmé, mais on voyait bien que les vagues étaient passées par-dessus le quai.

 


Les bateaux légumiers sont fermés, ils dansent la gigue, pas de ferries ni Dolphins, la mer est trop mauvaise.

Le fameux ponton où je pensais aller me mettre…. et bien, arraché, brisé en deux cette nuit ! Merci Gregory !!

Le quai Sud : quelques bateaux y sont restés amarrés, ils font des bonds dans tous les sens, mais ils sont inhabités, car sinon, mal de mer garanti !

Même le quai des ferries est bien arrosé, et plus de ferries à l’horizon !

 


Voilà, mon premier vrai gros coup de vent en mer Egée, mais… au port !

Et Anak est un bon bateau !

Pour la petite histoire, mon sourire de fils de bourges élevé chez les jésuites a tellement séduit Maria, la belle responsable du ‘Port Authority’ que je resterai finalement tout l’hiver dans la Marina !! Mieux encore, la jolie Maria est devenue une grande copine, je ne paierai pas l'électriçité de tout l'hiver !

Cela me permettra une jolie balade en janvier avec mon ami Wulf, mais ça, c’est le sujet d’un nouvel article !

 

 

 

 

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