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Les vagabondages méditerranéens du voilier Anak

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Articles avec #vagabondages

 2011 Août/Septembre : ...Ciao, Anak !

Anak..., tant d'années d'incroyables bonheurs, difficultés,émotions, peurs, contraintes, aventures et découvertes, et l'expérience unique d'une navigation en solitaire durant plus de 7 ans.

Janvier 2012 : je quitte définitivement Anak, le nouveau propriétaire l'ayant bien en main.. Ciao, Anak ! 

Cette belle aventure avait commencé sans attendre ma retraite encore bien lointaine. J'avoue même ne pas y avoir trop pensé :-( ! 
Bref, ce n'est pas moi qui creuse aujourd'hui le déficit de nos Caisses Retraite !

Les enfants ayant terminé leurs études, je vends mon entreprise pour démarrer de suite la remise en état complète de mon vieil Anak. Je serai donc bien moins riche en Euros, mais tellement plus riche en liberté.

( Le voilier « Anak »).

(cliquez sur les liens pour ouvrir les reportages)
33-r-fection-totale-moteur-moteur.jpg

J'avais découvert Anak abandonné et mis en vente à St.Jean de Losne. J'adorais ce deux-mâts anglais au look de chalutier de pêche transformé en voilier.
Cela aura donc commencé avec la descente de la Saône et du Rhône, les deux mâts couchés sur le pont. Un super voyage avec mon copain facteur de St Jean de Losne qui habitait une petite péniche aménagée et amarrée en face d'Anak.
Bien utile, le copain, dans les immenses écluses du Rhône... et cool, traverser Lyon par la Saône et le Rhône ! 

J'avais découvert la navigation fluviale en 1981 quand j'avais revendu ma péniche "Paula", une Freycinet de 38 m que j'avais aménagée près de Bruxelles, et convoyée jusqu'en France où elle coule désormais des jours heureux sur le Rhône en plein centre de Lyon.

38-derniers-r-glages.jpg
Après Lyon - bonjour Paula ! - Avignon et Arles, la vraie aventure commençait à Port St Louis pour me diriger vers le beau petit port de Saint Chamas au nord de l'étang de Berre. Mon copain facteur était rentré pour redistribuer son courrier.
Bref, ...enfin seul sur Anak :-) !
Et ma première petite nav en mer avec ce bateau pour la traversée du Golfe de Fos ! J'ai mis à fond 'we are the champions' de Queen et je dansais comme un excité ou débile, je ne sais plus... !

A Saint Chamas j'ai attendu que se libère une place dans Port Maritima à Martigues pour entreprendre enfin cette remise à neuf complète du bateau.
Presque un an de travaux 7jrs/7, se terminant par la mise à l'eau d'un Anak complètement transformé et repeint à mon goût.
De Martigues, direction le Frioul et les îles de Lérins en face de Cannes avec Lisa et Gilles à bord.
C'est là qu'a commencé la vraie navigation en solo vers la Corse pour rejoindre ensuite l'île d'Elbe et son beau port de Portoferraio, puis la côte italienne jusqu'à hauteur de Rome. Les marinas italiennes étant trop chères et trop bling-bling pour Anak, retour sur le sud de la Corse, ensuite direction Sardaigne, un détour et court séjour bien moins heureux à Altea et cette horrible côte espagnole méditerranéenne toute bétonnée, chère et inhospitalière.
Voici Gibraltar puis le nord du Maroc où je suis resté près d'un an, tellement ce pays est beau. J'avais acheté à Ceuta une vieille Peugeot 205 avec laquelle j'ai parcouru des milliers de kms entre Tanger, l'Atlas, la merveilleuse ville de Chef-Chaouen dans le Rif et le Sud jusque Casablanca. Surtout Tanger..., comment ne pas aimer Tanger. 
Dans le présent blog, je ne raconte pas cette première navigation, on trouve suffisamment de récits sur le Net concernant nos belles côtes françaises et italiennes ou la côte espagnole méditerrannéenne bien moins intéressante.
Suivit ensuite la très belle et inoubliable aventure algérienne et ses 12 ports successifs, un de mes plus beaux souvenirs tant l'accueil des algériens fut chaleureux. Une côte merveilleuse mais des conditions de navigation peu faciles, absence de cartes fiables, metéo très capricieuse pour être gentil et pas un voilier à l'horizon durant toute cette navigation côtière ! Ca j'aime ! ( 2008 - 1a Algérie en voilier - Ghazaouet - Beni-Saf  
Je quitte finalement Annaba en Algérie pour passer un été à Tabarka dans le nord de la Tunisie agrémenté du séjour à bord de Lisa, enceinte, et Gilles.
Abandon du Maghreb à nouveau en plein Ramadan, pour rejoindre la Sicile via Pantalleria avec une halte superbe dans le petit port de Syracuse. Entorse au budget, mais c'est tellement magique d'être amarré devant Ortigia que je préférais ne manger que des pâtes pour payer ce port vachement cher. ( 2008 - 2b La Sicile )
De Syracuse, après 3 jours et deux nuits de traversée magique, je me suis enfin retrouvé dans ces eaux grecques que j'allais explorer durant plusieurs années. Ayant déjà navigué auparavant en mer Ionienne, j'ai de suite pris le Golfe de Corinthe pour rejoindre la mer Egée.
Cela en fait un bout de chemin, de rencontres et d’expériences !

    Mer Mediterranee A

Trajet-Mediterranee-EST-copie-copie-1.jpg

Je ne suis pas un grand marin, je serais plutôt un caboteur par choix et plaisir. Mes errances méditerranéennes étaient bien plus motivées par la découverte de nouvelles côtes et petits ports que de voile ou performances pures pour voileux. Cela a toujours été ainsi et je n'aime pas trop m'enfermer dans un ghetto, le milieu de la voile en est souvent un.
Vivre durant plusieurs années seul à bord d’Anak est quelque-chose d'inoubliable. Je ne parle pas de l’aspect navigation, ou des manœuvres de port parfois périlleuses quand on est seul à la manoeuvre d'un deux-mâts de plus de 12 tonnes. Je n'en conserverai d’ailleurs que les bons souvenirs.
Mais c’est aussi cette disponibilité et ouverture aux autres qu’offrait le fait d’être seul.
Les autres ? Ce sont quelques fois des bateaux étrangers de rencontres,
mais tellement plus important, intéressant et agréable sont les liens créés avec les habitants ou navigateurs locaux de ce merveilleux pays qu’est la Grèce et le nord-Egée. Je conserve quelques amis incroyables à l’issue de cette aventure..
Je ne vais pas m’attarder sur la crise ou situation grecque. On en parle déjà trop, des vérités souvent, mais aussi des n’importe quoi. Puis, avec notre image de rentiers pas trop à plaindre sur nos voiliers que peu de grecs pourraient se payer, on n'est vraiment pas les mieux placés pour juger ou faire de la morale. 
Aimons les grecs pour leur convivialité, ce rythme de vie cool devenu inexistant chez nous, leur gentillesse et hospitalité absolument extraordinaires. Devenez l’ami d’un grec, vous serez confondu ! J’aime leurs tavernas où vous pouvez rester assis des heures devant un seul petit café grec, sans que l’on vous fasse jamais sentir que : "ou vous consommez, ou vous libérez la table", et ce même si la taverna est bondée !

Ce deuxième blog plus complet que le précédent sur Free avait été créé durant un hiver passé sur l'île d'Egine au Sud d'Athênes pour une meilleure liaison directe avec mes filles et quelques amis. Un an plus tard, la magie d'Internet me donnait déjà plus de 35000 visites ! En 2012 plus d'un demi-million de pages visitées !
Ainsi est alors venue l'idée de mieux partager cette petite aventure.
Je relate cette fois mes aller-venues depuis les îles Ioniennes jusqu’en mer Egée. Un hiver sur Egine où me rejoignaient ma fille Nora et son compagnon Franck (2009 - 10. Nora, ou une Sirène dans le Saronique, l'exploration du Nord Egéen après une boucle dans les Cyclades, bien trop touristiques à mon goût. Le blog reprend aussi en partie la navigation et albums photos depuis mon départ de Martigues.
Les Sporades - Skopelos, et surtout Lesbos à l’est de l’Egée Nord restent parmi les endroits les plus marquants de ces années d’errances en Grèce. Skopelos m'est particulière ayant séjourné sur cette île en 1972.  
Je terminerai donc l'aventure Anak à Lesbos. J’y étais retourné ces deux dernières années, préférant par contre hiverner avec Anak dans le détroit d'Eubée plus près d'Athènes.

(Evoiko Center & la formidable famille Zacharias à Halkoutsi)
L'été Michèle ( Lesbos-Molivos-Aout-2010 ) me rejoignait sur Anak, elle adore cet endroit après avoir déjà tant aimé les Sporades. Le dernier été il y avait aussi la petite famille de ma fille Lisa. Je regrettais très fort l'absence d'un second séjour de Nora et Franck avec cette fois la petite Lou.

017 Pâtisserie Molivos

Michèle à Molivos

25 Aspronisos ou le paradis

    Lisa et Gilles à Lesbos

100_6518.jpg

Octobre-2009NORA-Egine-oct09Nora-121009_2088.jpg

    Nora et Franck qui découvrent l'Argolique et Saronique sur Anak.

( 2009 - 10. Nora, ou une Sirène dans le Saronique )  

Enfin, la solitude, belle école de vie, mais après tant d’années, ça va.., une fois suffit, j’ai donné. 'Papa, tu commences à devenir un peu ours'. OK, j'ai compris..
Bref, éternel instable, j'en avais marre et depuis un an s’insinuait de plus en plus l’idée d’un nouveau changement de vie. Je n’en suis pas à un près, j’adore, et c’est aussi un nouveau chalenge. Puis vu mon âge, ça urge ! Je n'allais pas tourner en rond pendant des années en Egée alors que tant d'autres choses me tentaient encore ! 
Assez navigué, basta le bateau, repassons à autre chose. Et enfin mieux partager cette nouvelle tranche de vie avec Michèle me séduisait beaucoup. 
A vrai dire, et ceux qui me connaissent vont sourire…: quand s’insinue l’idée d’un changement de cap dans ma vie, ce qui veut donc aussi dire que je vais arrêter de naviguer, ..là, dans ma tête, c’est déjà fait :-) !
En juillet, mes grands amis Françoise et Thierry du voilier 'Troll' me rejoignent à Molivos sur Lesbos. Je leur parle de mon souhait de changement. Ils me connaissent.... On a passé un hiver ensemble à Halkoutsi en Eubée où j'avais remis un peu en état leur électricité à bord. Ca c'est l'entraide de la mer. Bon, ok, j'étais payé en apéros et crèpes, ce qui avec Troll n'est pas une mince affaire !

Molivos Troll 7

http://lepetitmondedetroll.fr/topic/index.html )

- ‘Bref, José, dis-le : tu vas vendre Anak !
Ils me regardaient comme si j'étais un extra-terrestre, quitter cette vie ! Vendre Anak ! Ben oui... J'avais rêvé d'aller avec Anak jusque Pondychery au Sud-Est de l'Inde, ce pays fascinant que j'avais parcouru dans tous les sens lors d'un périple par la route Bruxelles - Sydney et retour en 1974/75.
La mer Rouge était devenue peu sûre, et tout seul...., vu mon âge aujourd'hui.. Puis la mythique Pondychery était désormais colonisée par la riche middle-class indienne... pas ma tasse de thé.. 

Pourquoi ne pas prendre alors quelqu'un à bord pour une suite ? Oh non, pas envie : ou seul, ou rien.
- 'Heu, et bien oui !…, on verra l’hiver prochain, Anak sera au sec à Halkoutsi et j’aurai le temps d’organiser cela. Avec la crise, il me faudra sans doute des années pour trouver un acquéreur, surtout pour un deux-mâts tout de même très spécial vu son look, taillé pour le grand voyage avant tout et donc à déplacement lourd. Puis les ports sont pleins de bateaux à vendre.'
Thierry me parle alors d’un fervent lecteur de nos sites et qui nous envoyait souvent des messages en disant qu’il rêvait d’un bateau comme Anak.
- ‘Je peux lui écrire et lui dire que tu envisages peut-être de vendre Anak ?’
- 'Oui, oui, Thierry, bien-sûr !'...
J’escomptais devoir peut-être passer des années à faire des AR en avion en Grèce pour entretenir et essayer de vendre Anak. Anak, c'est tout sauf un voilier classique de série. 
Je vais abrèger : 15 jours plus tard, notre lecteur passionné, Pierre, m’avait déjà contacté par internet que j'avais à bord et voulait venir de suite à Mithylène. - 'Hé ho, ok pour votre arrivée mais après les départs de Michèle et la petite famille Lisa, Gilles et Oscar, ..et là on verrait ensemble'.

Pierre est donc arrivé fin août. Je l'attendais près de Mithylène dans la petite baie abritée de Loutra où j'avais à nouveau jeté l'ancre devant une taverna que j'adorais. On a de suite traversé plein sud de Lesbos vers Chios et Iounissa toutes voiles dehors avec des poussées de vent très favorables, même plus que favorables, il y avait justement un coup de Meltem en Egée nord !
Aller-retours entre Iounissa, Chios port ou sa marina inachevée et abandonnée (encore des millions dépensés par l'Union Européenne (donc nous..), décisions d'euro-technocrates nuls et en partie responsables du désastre grec s'annonçant.. , puis une pointe vers le petit chantier de Tholos perdu au fond d'une crique déserte au nord de Chios. Seul les pêcheurs et les initiés connaissent. Merci Thierry, ce genre de renseignements justifie aussi nos blogs partagés...
On y a sorti Anak de l’eau durant quelques heures afin que Pierre puisse au moins vérifier la coque, état et jeux de l’hélice et du safran. Mais Anak est bien entretenu, rien à craindre. J'en profite pour réparer quelques éraflures, nettoyer la coque et remettre une belle couche d'antifouling.
Début septembre..., Pierre et moi venons de boire un Ouzo dans une des tavernas du port de Chios tout en discutant d'Anak.

Pierre: - 'José, Anak me plait, c'est le bateau dont je rêve depuis toujours'.
Bref, ...je remonte un peu plus tard à bord pour envoyer un courriel à Michèle et à mes filles : ' Anak est vendu ! '
Incroyable ! Si rapidement !!
C’est donc la grande nouvelle qui annonce aussi la fin du site ‘Les Anakonautes’ sous sa forme 'navigation'.
Suivra une semaine éprouvante pour Pierre, que des manoeuvres, apprentissages, techniques, vidange moteur devant lui, etc... Le pauvre n'en pouvait plus quand on s'est quittés. Vrai qu'Anak avec ses 12 tonnes..
Ciao Anak !

Aujourd'hui, Pierre et sa copine se débrouillent super bien. On les a retrouvé l'été dernier à Rethminon en Crète, Anak était toujours en super-forme !
Je suis rentré le 14 septembre en France et à Dijon. Mes filles et Michèle sont contentes, car ma présence remplace l’image du marinero solo toujours trop loin. Parait que je deviens déjà moins sauvage ??
Suivirent encore plusieurs AR Dijon - Grèce pour aider Pierre à mener Anak, assumer l'entretien, etc. C'est mon service SAV, ca aussi, c'est la mer et l'entraide. Mon dernier AR et donc adieu à Anak avait lieu début 2012.

Et je vous l’avoue: des années formidables sur Anak, oui, mais pas un regret de me retrouver à terre. La tête était déjà pleine de nouveaux projets et surtout beaucoup de voyages lointains avec Michèle. Nous sommes tombés amoureux de l'Asie, ca me change !
L'émotion fut pourtant grande quand j'ai quitté Anak, ce bon vieux compagnon si fidèle et si rassurant en pleines tempêtes. Un mélange de joie de tourner la page pour quelque chose de nouveau, un peu d'angoisse parce que la vie nous apprend la fragilité des choses, les décisions nouvelles et un avenir partagé tous les jours à nouveau.
La dernière photo d'Anak, au quai à Iounissa, restera toujours gravée dans ma mémoire. J'avoue avoir eu un sacré moment de blues... Pierre me regardait de loin, et sensible à ma drôle de gueule, a respecté ce moment de grosse solitude.

Anak Iounissa

Merci à vous tous qui avez suivi ‘les Anakonautes’ durant toutes ces années. Je ne m'attendais pas à autant de monde.  

Bonne continuation à vous, Bernadette et Pierre, et à Anak qui est un bon bateau et fut un compagnon fidèle pour partager toutes ces années d'émotions...:-) 

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Published by Vagabondages en Mediterranée du voilier Anak - Vagabondages

La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?

 

 

Obtenir un visa pour faire la côte algérienne n’est pas simple quand on navigue sur la Côte Nord-Africaine. Laisser son voilier seul dans cette région pour retourner obligatoirement vers mon domicile en France (obligation de faire la demande au consulat algérien le plus proche du domicile officiel) et y faire la demande auprès du consulat Algérien était compliqué, long et coûteux. Pourtant, pour rejoindre la Tunisie depuis le Maroc, et ensuite la Méditerranée orientale, l’option la plus intéressante était de longer la belle côte Algérienne. Et un sacré challenge : Ce n’est pas la plus facile : 800 miles sans aucune infrastructure pour la plaisance, une cartographie papier et des informations qui datent de l'Algérie française, des logiciels de navigation peu fiables et cette nécessité d’avoir un visa  –  à moins de tenter le coup sans visa ? J’avais discuté sur Internet avec les quelques très rares plaisanciers ayant approché cette côte, mais, en général, ils avaient prévu un visa, étaient plusieurs à bord et prévoyaient juste une escale en cas de tempête en mer. A quelques exceptions près on me prédisait les pires difficultés, ennuis administratifs et interdictions de sortir des ports. Du coup l’aventure semblait d’autant plus intéressante pour moi. Sans compter le plaisir de contredire les sceptiques !

Avec Anak j’ai donc décidé de faire 12 escales algériennes, en naviguant seul, et sans visa. Inch Allah !

Voici le récit de cette super belle aventure.

 

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Published by Vagabondages en Mediterranée du voilier Anak - Vagabondages

1ermai 18h30 – GHAZAOUET – 36°06’.3N 01°52’.2W (53 milles de Melilla)

En route pour l'Algérie.Ma première destination est le petit port de Ghazaouet.

Je croise au petit matin, à la sortie du port de Melilla, un ferry venant de Malaga.

Melilla est une petite enclave espagnole à l’Est du Maroc et à quelques miles de la côte Algérienne.

Melilla, c’est aussi ce coin d’Espagne où l’on trouve encore des monuments à la gloire (sic) de Franco et d’où est parti le pronunciamiento (le coup d’état franquiste)


Comme toujours, quand je repars pour un long périple, j’ai le blues ; je réalise que je m’éloigne toujours plus de mes proches.
C’est l’inconnu, si séduisant avant, aujourd’hui un peu plus angoissant. Bon, ce doit être l’âge, je perds une partie de mon insouciance. Naviguer n’est pas neutre. Seul encore moins. La mer a ce pouvoir incroyable de nous placer face à nous-même. Ce n’est pas toujours évident, car elle ne peut attendre que soit reporté à demain ce qui doit être fait de suite. Je sais déjà que la mer va, à nouveau, me bousculer, m’ébranler jusqu’au plus profond. Il n’y aura pas d’échappatoire ! Moi qui n’aime pas les miroirs, en voilà un, redoutable !

Vivement Ghazaouet, je serai alors à nouveau dans le bain et le spleen des départs envolé.

Au début, j’ai un vent d’ouest qui fait bien avancer Anak, mais c’est sans compter avec cette Méditerranée qui m’enverra vite un bon nord-ouest dans le nez.
Je découvre enfin la côte algérienne, ses hautes falaises ocres et pelées. je passe devant le rocher des Deux Frères, tous ces noms rappelant la présence française.

Mon premier cap algérien, le cap Milonia,

Le vent me ralentit et au moteur, avec un génois bien bordé, je vois enfin l’entrée du port de Ghazaouet. Je hisse le pavillon de courtoisie algérien et le drapeau jaune (Q) pour signaler que c'est ma première entrée dans un port algérien. J’ai finalement bien avancé.

Je suis à peine stressé. Ghazaouet est mon premier port Algérien et je n’ai pas ce fameux visa. Dès l’entrée dans le port, des gardes-côtes me font de grands signes pour que je vienne accoster à un tout petit quai.

Super sympas, les mecs. Ils montent à bord avec leurs gros souliers militaires, mais ils sont si acceuillants que cela n’a finalement aucune importance.

Papiers bateau, les miens et ils me demandent un permis personnel de navigation hauturière ? (C’est la 1ère fois qu’on me demande cela). En réalité, je réalise qu’ils demandent un peu n’importe quoi, mais j’extirpe de mes dossiers des permis fluviaux, côtiers et même hauturier, examens autrefois passés sur la Saône ! C’était dans les années 1990, j’avais découvert ces cours en plein centre ville de Dijon et je m’étais amusé à les suivre. Je ne ferai pas de commentaires sur cette farce de cours hauturiers côte d'oriens.. Je n’aurai plus jamais besoin de sortir ces permis, mais je les garde précieusement.

Les gardes-côtes m’indiquent ensuite où repartir vers le fond du port, et j’accoste à un immense quai, entre un gros remorqueur et une plate-forme de pose de tuyaux de gaz en mer plus grande encore.

Manœuvre périlleuse, car j’ai juste la longueur libre nécessaire, mais cela se fait sans problèmes. Anak parait minuscule entre ces deux géants, le toit de la timonerie dépassant à peine le quai.


Arrivent la PAF – Police algérienne des frontières – et les officiers de la capitainerie. Je ne me doute pas encore à quel point je les verrai souvent durant plus d’un mois. C’est mon premier port et sans ce visa, j’avoue ne pas être trop à l’aise.

Ils sont tous char-mants. Mais la PAF tique parce que je n’ai pas de visa !!
Aïe, aïe ! Palabres, ma gueule de fils de bourges et des relents d’éducation qui font surface semblent arranger les choses. Vingt minutes plus tard, ils reviennent à bord et me proposent un permis provisoire de sortie (ou permis d’escale) pour aller me balader. Je peux passer le prendre demain matin si je veux. Je ne profiterai pourtant pas de cette proposition, car je préfère partir dès demain pour Béni-Saf, gros port de pêche et ville qui m’attire davantage.

Puis, ce n’est pas trop la forme, ce départ, comme après Ceuta… m’éloigne, m’éloigne.. à nouveau. Avant, je bossais comme un nègre pendant que les filles grandissaient, et maintenant que je suis libre, je file sur l’eau, sans même savoir où et comment arriver au but.. à propos, quel but ? Et me voilà aussi grand-père ! Lou qui fait fondre tout le monde..

Bon, j’assume mes choix, mais j’ai gambergé toute la journée là-dessus.

Je n’ai pas de dinars, les banques sont fermées ici jusqu’à dimanche, autant me coucher tôt, car je suis crevé.

Je mets de l’ordre dans les cordages, ferle les voiles, vérifie les niveaux du moteur, la routine revient au galop.

Toc, toc…! Des algériens devant le bateau… « - Monsieur, on mange des sardines à bord du remorqueur, on t’invite. Surtout que tu es seul. »

Comment refuser, je n’ai pas encore mangé et encore moins envie de cuisiner.

À 11h du soir, je suis à table avec le capitaine, son patron armateur, son adjoint, le mécano, le cuisinier septuagénaire et deux matelots dont un jeune qui semble si intelligent et cultivé que je ne lui donne pas longtemps pour devenir lui-même capitaine.

Très fiers, ils me font visiter tous les recoins du remorqueur de construction récente. Leurs conditions de vie à bord ne sont pourtant pas faciles, cabines couchettes exiguës, cuisine minuscule envahie par une joyeuse colonie de cafards, et une salle des machines impressionnante et parfaitement entretenue. Pff, rien que les petits groupes électrogènes sont plus gros que le moteur d’Anak.

On mange les sardines, une salade délicieuse, poivrons cuits, yaourt maison aux fruits, tout en discutant et en riant. Ce qui me sauve : pas d’alcool à bord. Je n'en bois jamais, alors il vaut mieux, vu mon état de fatigue.

Ils voient rarement un type seul à Ghazaouet sur un aussi gros bateau. Anak n’est pourtant pas gros, c’est juste une impression qu'il donne.

À minuit, je rentre me coucher après séances photos de groupe et j’en passe. Super, ces gens. Je voulais me coucher tôt, mais cela m’a remonté le moral. Je retrouve la rencontre d’autres gens, d’autres peuples, d’autres pays et parfois leurs cultures si différentes. J’oublie à chaque fois que je vais sans doute aussi enrichir mon propre voyage intérieur et c’est peut-être cette légère crainte qui provoque ce spleen des départs.

Le lendemain-matin, je fais la grasse matinée, donc debout à 8,00H ! Des types arrivent de la plate-forme de pose de pipe-lines de gaz. Des Européens. Ce ne sont pas de musulmans comme ceux de hier-soir, ils suffit de voir leurs yeux vitreux et les bides de buveurs de bière, wouaw, l’accent, ce sont  des flamands !

On fait connaissance, on rigole, mais ils sont un peu cons !
Mes algériens de hier-soir, c’était autre chose.

Quand un de ces ‘techniciens’ me demande où je je suis né, je confirme avec l’accent anversois :

«  - Anvers ! 

- Tu es donc flamand? Pourquoi tu n’as pas un drapeau flamand sur ton bateau alors ? »

Quel imbécile ! Je trouve l’excuse de mon départ imminent pour m’en débarrasser. Cette petite Belgique si accueillante, mais alors, leurs problèmes linguistiques, vu de si loin, ah non ! 

Et me voilà parti à 9h00 pour Beni-Saf qui n’est pas loin, 28 milles à peine.

Une mer déchaînée se lève. Lorsque ce mauvais vent arrive en hurlant, il se forme tout de suite des vagues venimeuses. Elles se froissent le long de la coque, essayant en vain de coucher Anak. Il roule, tangue, plonge, et moi avec.
Vive l’Atlantique alors ! Cela m’apprendra aussi à ne pas vérifier une dernière fois la météo avant de partir. Puis, mystère, mon Navtex ne capte plus de bulletins météo depuis Melilla. Il faut absolument que je trouve la panne.

Il faut être maso, je pourrais être peinard chez moi. 

Et bien non, je n’ai plus de chez moi non plus, mon seul chez moi, c’est Anak  et c’est ce que je voulais.

Bon je me remonte le moral en calculant tous les avantages, en faisant des bonds en l'air, assis sur les WC à l'avant pour évacuer mon stress et fatigue.

Peu à peu, ça va mieux, j’attrape faim et je me fais des super sandwiches. Cela bouge trop pour cuisiner.

La côte algérienne est extraordinairement belle, malgré le mauvais temps, le ciel plombé et tout qui remue. Là ca se calme un peu.


Mais
 je n’avance pas, les vagues freinent Anak, le vent itou, le ciel est sinistre, le baromètre menace, il ne reste qu’une chose à faire, pilote auto, moteur à 2 000 tr/min et alarme radar, et je descends bouquiner. Je suis du genre marin paresseux.

" Pouêt ", " Pouêt ", ça, c'est dehors et ce ne sont pas des cris de mouettes !
Je fonce dans la timonerie, et je vois juste à côté d’Anak, une vedette des gardes-côtes algériens, tout sourires.

 

« Hello les gars, heu, j’étais aux toilettes… » (ils ont du se dire : - depuis le temps, constipé le mec !) Ils me demandent où je vais :

– Beni-Saf.

– Ok, bonne route, bienvenue à Beni-Saf, on vous y retrouve ce soir. Mais, vous êtes seul ?

– Oui, oui !

Si vous avez le moindre problème, vous nous appelez sur le 16. »
Et les voilà partis, toujours avec le sourire. J'apprendrai plus tard qu'en fait, ils savaient très bien où j'allais ! Et ce durant tout mon périple algérien, mais c'est sécurisant, non ? Cette côte a si mauvaise réputation, gros temps, récifs, pas de mise à jour des cartes..

Puis, ce ne sont pas les gendarmes maritimes qui vous parlent comme ça en France. Là aussi, on m’avait annoncé des contrôles en mer, les gardes-côtes montant à bord pour vérifier s’il n’y a pas d’émigrés clandestins à bord, surtout un type seul sur son voilier.

Je passe entre l’île Leïlaet et mon dernier cap avant Béni-Saf :
Le cap d’Acra et le récif du Pain de Sucre.

 
2 mai 2008 16h30 – BENI-SAF – 35°18’.5N 01°23’.3W (28 milles de Ghazaouet
16h30 : Je suis à Beni-Saf. Le même cirque à l'arrivée, petit quai à l’entrée pour les gardes-côtes, puis un endroit minuscule où je dois me faufiler, entre bateaux, chalutiers, vedettes, etc.

J’apprends à me méfier, quand on arrive au quai des gardes-côtes, ils sont souvent assistés par un militaire. Celui-ci, plein de bonne volonté, attrape l’amarre à l’avant, et tire, tire. Je fonce pour amarrer l’arrière, mais voilà Anak virant brutalement avec son étrave contre le quai rugueux, tant le militaire tire, et avec un grand sourire béat. Bon, désormais prévoir des pare-battages bien à l’avant. Je ne vais pas me mettre à hurler, pas mon genre, et il ne peut savoir, puis il y a tant de bonne volonté dans tout cela. Plutôt essayer d’expliquer avant.

Ils n’ont vraiment pas l’habitude des voiliers ici, tant mieux, et c’est exactement ce que je recherchais.

Je me dirige donc ensuite vers le fond du port à l’endroit indiqué. Le marin d’eau douce fait une manœuvre qu’il essaye savante, de petits allers-retours au moteur, et je me faufile avec les douze tonnes d’Anak entre des câbles, bouts de bois flottants, etc. La PAF, les gens de la capitainerie, me regardent faire depuis le quai.

« - Bien monsieur ! Vous faites cela toujours tout seul ? »

Ben oui, je n’ai pas trop le choix, et toujours beaucoup de chance de ne pas avoir de casse. Je touche vite du bois.

À nouveau, cette gentillesse…

« Vous restez demain ?

Heu oui, j’aimerais me reposer un peu avant la longue étape pour Oran et je voudrais aussi visiter Béni-Saf si vous m’y autorisez. »

Vu la tête que je fais, on me donnerait le bon dieu sans confession.

« Pas de problèmes, un jour, deux si vous voulez, vous passez nous voir au bureau de la PAF et on vous établira une permission de sortie. »

Ca alors, et il y en a qui payent pour un visa à aller chercher à Dijon ! C’est génial ! Je pense à mes hésitations à Rabat, à l’ambassade, et à nouveau à tous ces gens sur Internet qui déconseillent l’Algérie.

À 21h30, je dors, assommé et heureux de ce début de navigation algérienne.
Mon spleen s’est envolé, vive les voyages et les découvertes.


Balade en ville, tout seul.

C’est un des plus grands ports de pêche d’Algérie. Il y a peu de monde dans les bistros comparé au Maroc, mais je suis vite invité par un vieux monsieur à boire un café avec lui pour bavarder. Je ne rencontre aucun touriste, tout pour me plaire. Tout semble un peu triste, sale et pauvre après le Maroc, mais la gentillesse totalement désintéressée des gens compense largement cette première impression.

Ma VHF fixe de 25 W ne fonctionnait plus, j’avais une bonne réception, mais apparemment pas d’émission. Série noire : le Navtex, puis la VHF. Je rentre donc assez tôt sur Anak, car l’autre VHF, portable, ne fait que 5 W.
Une heure plus tard, la VHF remarchait.
Merci à ma lime à ongles pour les contacts défectueux. La VHF s’avèrera très importante durant cette navigation et sera souvent branchée.

Anak  passe un test : premiers arrêts longs où le frigo, PC, etc. tournent, même la pompe à eau !. Et c’est génial, avec les nouveaux panneaux solaires, malgré les gros nuages, mes batteries chargent, 12,80V ce matin au lever du jour, 13.60V en charge ce midi. Voilà, si je pouvais trouver quelqu’un qui me change cinq euros contre cinq cents dinars, je pourrais encore aller au cybercafé repéré en haut dans la ville.
Mais les policiers m’ont dit : pour les dinars, il faut attendre demain et l’ouverture des banques, c’est interdit de changer en rue. D’ailleurs, personne ne me le  propose…, et ce n’est pas le moment de me mettre la PAF à dos. Enfin… heu, on verra.

Je vais aller faire un tour, on ne sait jamais. Sinon, je ferai tout cela à Oran.


Le prochain article sera donc: de Béni-Saf à Oran !

 

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La côte d'Algérie en voilier, seul et sans visa, est-ce possible ?  (suite de 1)

4 mai 2008 18h10 – ORAN – 35°43’.2N 0°37’.5W (54 milles de Beni-Saf)

Je quitte Beni-Saf, où j’ai finalement pu changer quelques dinars dans la rue…, donc accès à Internet et un pain rond tout frais. Le luxe !
On vient de m’apporter la météo de la capitainerie.
Quel service et gentillesse. Hier soir, le policier à l’entrée qui croit que je n’ai toujours de dinars, me proposait un pain et des pêcheurs voulaient m’inonder de poisson. J'avais l'air fin avec mon pain dans mon sac !

Cette fois, c’est l’aube, 6,30h, heure Algérienne, pour vous 7,30h.

Je vais d’abord rendre mon autorisation de sortie au policier à l’entrée du port. C’est vraiment cool. Poubelles ? Heu, je cherche, il n’y en a pas, pas étonnant que tout soit si sale… bon, je pose mon petit sac près d’autres détritus.

Petit déjeuner, hm, les confitures de ma fille Lisa. Et préparer un thermos de café.

Anak est déjà baptisé, la coque est pleine de grandes traînées noires provoquées par les pneus pourris placés le long des quais, l’eau polluée et pleine de gasoil fottant à la surface, etc. Pas grave, Anak en a vu d’autres et tout cela se nettoie. Cela me rappelle certains ports d’Amérique du Sud.
Anak a été construit par un ancien chantier de chalutiers de pêche du nord de l’Angleterre. Les Colvic Watson sont préparés à ce genre de situations et navigations. Anak surtout, conçu par son ancien propriétaire pour faire du grand voyage permanent et hors circuits marinas. Tout ce que j'aime.

Le port est déjà frémissant d’activité : le chantier juste à côté où de magnifiques bateaux de pêche en bois sont construits, l’arrivée des premiers chalutiers qui rentrent de leur pêche nocturne.

Reculer d’un mètre cinquante, puis pousser un peu l’avant avec la gaffe, repousser une sorte de tonneau métallique flottant dans l’eau, un petit coup d’hélice arrière, un autre avant, juste pour lancer Anak, surtout mettre au point mort avant que les cordes qui tiennent des barques, fûts, etc., ne se coincent dans l’hélice. Car plonger dans ce cloaque pour la décoincer… beurk...

Ca passe !

Juste en face il y a une casemate de militaires, ils sont tous en train de faire des photos avec leurs téléphones et me font des grands au revoirs. Il est vrai que pour eux un voilier est un spectacle rare. Et un cinglé tout seul sur sa barque, sans doute plus encore.

En route pour Oran.

C’est gai, je commence à me retrouver dans mon élément, il y a toujours des manques… mais il y a toute cette vie grouillante autour qui me change des marinas, et avec quel bonheur.

Je n’espère pas grand-chose, la météo est moche, ni vent, ni mer… et le ciel est bien plombé.

Le moteur tournera jusqu’à Oran ! Heureusement qu’il ne consomme pas bcp et que le gasoil est à – de 0,15€/L ici !!

À la sortie du port, je croise des dizaines de gros chalutiers fonçant vers le port, enfoncés par le poids des filets remplis.

Sur certains, il y a beaucoup de monde, et ça hurle à mon passage. Trop excitant ! Plus tard, un patron pêcheur m’a expliqué qu’il préférait, comme plusieurs de ses collègues, partager le produit de la pêche, même s’il y a un peu trop de monde à bord, plutôt que de laisser des jeunes inactifs à quai. Quelle leçon d’entraide ! Il est vrai aussi que le taux de chômage des jeunes est impressionnant en Algérie.

Dès la sortie du port, il y a les diverses taches habituelles : derniers rangements après avoir réglé le pilote automatique. Les pare-battages à remonter, enrouler les amarres, préparer le génois, grand-voile et voile d’artimon (pour rien, cette fois). Surtout laver à grands seaux d’eau le pont d’Anak, à Beni-Saf, il était devenu brun ! Il avait bruiné la nuit, et la pollution et le sable en suspension dans l’air avaient recouvert le bateau. Ça crisse sous les pieds et dans les poulies.

55 milles de côte, parfois sauvage, toujours aussi magnifique.

Des kilomètres de plages vierges au sable clair, parfois juste une petite maison de pêcheur. Surtout la longue plage de l’Oued el Halloûf et Rio Salado ou de Sassel. On se croirait à Boa Vista !

Je passe devant quelques beaux caps et leurs phares, le cap Figalo,

le cap Sigale

et le cap Lindlès, souvent surmontés de bâtiments de l’armée ou des gardes-côtes. ils m’appellent alors sur la VHF et me demandent si tout va bien à bord. J’évite les îles Habibas et l’île Plane.

 

Le temps est gris, pas facile de prendre des photos avec cette lumière.


A un moment, j’entends un drôle de bruit, ‘piep, piep !’

Wouaw, je ne suis plus tout seul, un petit oiseau va m’accompagner durant quelques miles pour souffler un peu, trop sympa le copain !

Si Lou avait été là et parlait déjà elle aurait dit : «  - ooazo, ze veu ! » D’ailleurs, rien que de me voir penser à cela, le copain s’envole se mettre à l’abri sur un échelon de mât !!

 


Les heures passent, bercées par le bruit du moteur. L’après-midi, le ciel devient à nouveau triste et gris. Je prends des photos. Combien la mer est apaisante et rassurante quand elle est calme et quel plaisir à se laisser bercer par les flots et malgré le ronronnement du moteur. Ce sont des moments si propices à la rêverie et à la réflexion. Le temps passe alors sans que l’on éprouve le moindre ennui ou impression de monotonie. Le temps s’est comme arrêté. Loin du bruit et de l’agitation, on retrouve l’essentiel.

Toutes les une à deux heures, je fais un point sur ma carte papier, ultime contrôle comparatif, et si jamais cette électronique ou l’ordinateur tombe en panne, j’ai toujours ma dernière position, heure et cap.

Fin d’après-midi, je vois Oran apparaître après le cap Ras Falcon et l’île aux Rats.

 

Cela paraît immense, vu de loin. À nouveau l’émotion m’envahit. Ma première grande ville algérienne avec Anak.

J’avertis de mon arrivée par VHF et je reçois immédiatement une réponse toujours aussi sympathique.
Le port est impressionnant et je croise à l’entrée un gros cargo qui sort, le haut du mât d’Anak atteint la hauteur de son ancre.
 

On m’envoie directement au poste de contrôle des gardes-côtes : papiers, le cachet d’Anak sur les papiers – ça fait sérieux – et l’on me demande d’aller ensuite tout au fond du port, au Club Nautique d’Oran. Le club : quelques vieux voiliers, bateaux à moteur et barques. Je me retrouve coincé entre un bateau et un mur, mais c’est tranquille et Anak est bien attaché. Puis me voila VIP à Oran !

Des tas de gens étaient venus me voir accoster. À peine le moteur arrêté, les hommes de la PAF sont à bord. Toujours aussi accueillants, ils vont demander au chef s’il est possible de me donner une autorisation de sortie le lendemain. Chouette… si ça marche ! Ils sont ravis de recevoir des photocopies toutes faites de mes papiers. C’était un bon conseil d’Yves Rousselin sur un forum de Sail the World. Un des rares navigateurs a croiser dans ces eaux. La photocopieuse du bord en avait craché un gros paquet ! Au loin, je vois un voilier amarré dans un autre coin du port. J’apprendrai plus tard en Tunisie que c’était justement Trillium, le voilier d’Yves Rousselin qui venait d’arriver à Oran, droit de France, avec des amis.

Je me présente au Club. On m’amène directement chez le président.

Ce monsieur, très sympathique m’invite à rejoindre des amis dans le bar du club, un endroit 'très' discret à l’étage. Je reçois une bière glacée, hm… et réponds aux nombreuses questions, pourquoi suis-je seul à bord, comment je me débrouille, etc. Ils animent une association écologique pour tenter d’assainir l’eau des ports algériens. Je leur souhaite bon courage, la tâche est immense ! Le président me propose de profiter le lendemain matin de l’ordinateur du club et son accès Internet. Cela n’est évidemment pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

Voilà, retour sur Anak, repas du soir : saucisses sous plastique, car je n’ai rien pêché + pommes de terre sautées à la poêle. Je mourais de faim, la preuve.

Ce petit mot, un bon livre, et au lit, je suis mort de fatigue.

 

ORAN

Je suis devant mon ordinateur, pour raconter ma première journée oranaise, en écoutant le Stabat Mater de Vivaldi qui me donne toujours des frissons. Et cela va me changer de Madonna. On y revient un peu plus loin.

Si j’arrive à utiliser un accès Internet, ou à nouveau l’ordinateur du Club, je pourrai encore envoyer cela aujourd’hui :

Ce matin, après le petit déjeuner, et le squat de l’ordinateur du club, j’ai fait le ménage à bord.

À l’extérieur, Anak est complètement lavé et dessalé avec l’eau trouble d’un robinet proche, il y avait de quoi faire : la pollution de Beni-Saf, plus la pluie avec ses tonnes de sable.

On m’appelle !

Je me retrouve à bord du bateau à moteur d’un armateur de chalutier de pêche et l’on me présente un jeune constructeur de barques de pêche en polyester, très agréable, qui prie Allah pour que sa jeune entreprise tourne. Il y a aussi un officier expert maritime en uniforme et un autre expert civil. Ils étaient tous là pour faire des essais et homologuer le dernier modèle sorti du chantier du jeune entrepreneur. Tout ce beau monde se prend très au sérieux et je bavarde avec le jeune constructeur. Bref, j’ai vite compris, innover et créer n’est pas plus simple en Algérie que chez nous.

Après trois cafés, je les quitte et je pars m’occuper de mon permis.

À l’entrée du port je demande aux policiers où est le bureau de la PAF. Coups de fil et l’on me demande d’attendre, une voiture va venir me chercher. Toujours service VIP ici.

On bavarde et je regarde la ville d’Oran qui se profile au-dessus du port. En face de moi, en haut d’une colline qui surplombe la ville, je vois le grand monastère de Notre-dame de Santa Cruz.

Une voiture passe le contrôle, pile net devant moi. La PAF ?

Non ! un type sort : « Bonjour, comment allez-vous, on a mangé des sardines ensemble à Ghazaouet. »

C’est l’armateur du remorqueur dans lequel j’avais passé ma première soirée algérienne !!

Il me demande où je suis amarré dans le port, m’indique l’endroit où il sera toute la journée :

« Si vous avez un problème, vous venez nous voir. »

Sympa ! Je continue à attendre, je découvre que les policiers de l’entrée doivent manger du poisson tous les jours, ils n’arrêtent pas d’en recevoir des gens qui passent. Tous les papiers qu’ils manipulent doivent le sentir aussi. Je trouve cela génial, imaginez un policier ou gendarme en France à qui on offrirait une saucisse de Morteau, quelques sardines à Marseille, juste pour qu'il ne regarde pas dans la voiture ou oublie le Stop non respecté, on peut rêver, non ? (Me rappelle une frontière franco-luxembourgeoise, avant Schengen, où les douaniers mangeaient gratos des légumes espagnols, même assez pour ouvrir une épicerie !)

Mon problème actuel, c’est mon permis. On vient enfin me chercher !

À la PAF, je retrouve un dossier avec passeport, papiers d’Anak, etc. Après trente minutes, il est convenu que je vais d’abord avec un policier à la banque pour changer des dinars (je suis toujours censé ne pas en avoir). J’adore, me balader avec un policier à mes côtés. :-(

Ceci fait, me revoilà dans leurs bureaux.

« – Si tu veux, cet après-midi, on t’emmène en ville pour faire des achats de nourriture. Mais on ne te laisse pas aller seul, Oran, c’est trois millions d’habitants, 40% de chômage, et c’est pour ta sécurité. Tu n'as pas de visa, donc on est responsables de toi.

– Merci, merci. 

Pff… moi qui ai sillonné l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique du Sud en stop, en voiture ou en bateau, ma sécurité… Bon, de toute façon, on ne discute pas.

Je retourne sur Anak.

« – Bon appétit !

– Heu, tu y vas comment ? 

– À pied !

– C’est loin, bon courage. »

Deux minutes plus tard :

« Hé, mais si tu es à pied, tu sors du port ? (Zut, ils y ont pensé, moi qui marchais pourtant vite avant que…) Attends, on te conduit ! » (Deux fois zut).

On me ramène dans la voiture personnelle du policier qui sera mon ‘ange gardien’ et qui n’a pas une tête à se laisser soudoyer.

Le policier a une belle voiture, met le contact, la radio passe une sorte de rock/rai arabe assez chouette.
Pff, il veut me faire plaisir, arrête son poste et change de CD.

'MADONNA', c’est ma tête qui lui fait croire que j’aime cela ?

Voilà pourquoi le Stabat Mater en arrivant sur Anak.

Je vais voir comment cela se passe cet après-midi. Si effectivement j’ai un type en uniforme à côté de moi, l’Internet : difficile, j’irai demander au président si je peux encore squatter son ordinateur ce soir…

Je me limiterai alors à du pain et quelques légumes.

Et si c’est ainsi, demain matin tôt : gasoil et hop, en route pour Mostaganem. Il paraît que c’est une belle ville, et je pourrai peut-être sortir plus facilement là-bas.

Et si pas Internet, no stress, pas de nvlles, bonnes nouvelles… je finirai bien par en retrouver un dans les jours qui suivent !

Finalement tout est bien qui finit bien, et des angoisses pour rien. J’irai en ville tout l’après-midi en taxi, et seul. Le chauffeur a simplement promis de me ramener devant la PAF en soirée. Il était bien sympathique et la course de plusieurs heures extrêmement bon marché. Que de kilomètre parcourus et c’était un guide parfait. J’ai visité le centre, la Kasbah, le Dôme, le village nègre ou Haï Sidi El Bachir, le quartier espagnol qui commence à être restauré, l’université, les parcs, admiré la vue sur la baie.
Pendant que j’achetais des légumes, lui courait chercher mon pain.  

En rue, la plupart des filles n’ont rien sur les cheveux. Plus âgées, un foulard, parfois des vieilles mémés encore toutes cachées. On voit même des filles en jupe !

Pour combien de temps encore ?

Dans la rue, tout le monde dit bonjour.

Contrastes : ils demandent plus facilement qu’au Maroc d’où tu viens, t’offrent un kawa, et en même temps, ils rient bcp moins que les Marocains, ils ont tous l’air soucieux, bref, on sent que la vie n’est pas facile pour eux.


Il n’y a pas cette débauche de petits grills en rue comme au Maroc, moins de restaurants. Beaucoup de cafés, mais moins de monde aux terrasses. Les bâtiments sont souvent dans un état d’abandon, faute de moyens pour les entretenir. Est-ce la guerre civile qui laisse des traces ? En discutant, les gens du port confirment ou préfèrent éviter le sujet.

Mais, comme je l’ai déjà dit, partout une gentillesse et un plaisir évident ainsi que l’étonnement de me voir arriver chez eux en bateau, seul. Quant aux autorités, si elles sont très tatillonnes et submergées par les formulaires à remplir, elles restent incroyablement aimables.

Après avoir payé mon taxi en fin de journée devant la PAF où il n’y avait plus personne, je suis rentré, à pied, par le bas de la ville, donc à l’extérieur du port, pour retrouver l’entrée du bassin où se trouve Anak. Ce qui m’a valu un café en terrasse avec un vieil algérien bien sympa ! Si la PAF était passée devant le bistrot à ce moment-là !!!

Vu en traversant la partie basse de la ville : des immenses étals de poisson en rue, des poissons énormes et plein d’espadons.

Pff, le rêve : attraper un espadon à la traîne avec Anak.

Bon, je rentre à bord pour faire l’inventaire et compter combien de boîtes de thon il me reste. Bon appétit.

 

Prochain article : Mostaganem !

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?   (Suite de 2)

 
6 mai 2008 18h10 – MOSTAGANEM – 35°56’.0N 0°04’.2E (40 milles d’Oran)

 

J’ai quitté Oran et ses tracasseries administratives, après une ultime fouille d’Anak au moment de partir : en réalité, pour voir si un clandestin ne se serait pas caché dans le bateau, et que j’emmènerais illico vers Almeria au Nord, à deux jours de navigation. Ce sera la seule fouille d’Anak en Algérie.

Ils ont les mêmes problèmes qu’au Maroc. Mais bon, tout cela se fait avec le sourire.

La côte est encore plus belle et sauvage, les caps de l’Aiguille, le cap Ferrat

et Carbon ......un régal pour les yeux.

En face de Ferrat, visite des gardes-côtes algériens, toujours aussi gentils.

« – Ca va ?

– Oui, oui, pas de problèmes, mais si vous changiez le vent de direction, cela m’arrangerait bien (je l’ai droit dans le nez, pour changer)

– Vous naviguez vraiment toujours seul ?

– Oui, pas de problèmes. »

Il y a alors toujours comme un doute dans leurs yeux  «  il fait quoi tout seul sur sa barque celui-là ? » juste quelques secondes.

« – Bon voyage et bienvenue ce soir à Mostaganem ! 

– Merci ! »

Ce ne sera effectivement pas avant ce soir avec ce fichu vent, mais je change de cap cet après-midi, et si jamais je l’ai en travers, carbure Anak !

Juste à ce moment là, un des coastguards (ils adorent l'anglais, l’impérialisme anglophone envahit même l’Algérie : dans les ports ce n’est plus CAPITAINERIE mais, en grand, HARBOURG MASTER OFFICE) crie : « - des dauphins ! » – en français s’il vous plaît.

Et effectivement, une jolie troupe de dauphins se dirige vers nous.

Du coup, le pilote met les gaz et se dirige vers eux. Quel idiot. Je me réjouissais déjà d’un ballet de dauphins autour d’Anak pour agrémenter mon café. Voyant arriver trois uniformes sur un gros canot pneumatique, les dauphins se sont tirés fissa à l’horizon.

Passé le cap Carbon, je vire vers Mostaganem. Comme espéré, le vent se lève et je l’ai de travers. Je déroule le génois, et malgré sa coque sale, le moteur à 1 500 tr/min, Anak remonte à 5 nœuds. Je garde cette configuration, la grand-voile n’a pas d’effet. Je hisse la voile d’artimon, tout se stabilise et le pilote automatique n’a plus grand-chose à faire.

Les dauphins ! Ils sont revenus.

Plus d’uniformes à l’horizon, juste le marinero solo sur sa barque. Pendant vingt minutes, ils jouent avec Anak. Je me sens toujours fasciné par eux, avec une folle envie de partager leurs jeux à l’étrave d’Anak. J’adore leurs regards malicieux et confiants, leur façon de se tourner sur le dos comme s’ils voulaient me passer des messages. On a envie que cela ne s’arrête jamais.

Je descends lire un peu, toujours avec un coup d’œil toutes les dix minutes sur l’horizon, car je croise la sortie du port d’Arzew au loin, immense terminal pétrolier et j’en vois d’ailleurs passer un. Ne pas oubier non plus que les seules cartes disponibles datent de l'Algérie française, idem pour les cartes numériques !!

Puis, soudain, le vent se met à chanter dans les haubans, la mer se creuse à nouveau.

Les embardées du bateau provoquent des secousses brutales dont la force est inimaginable pour qui n'a jamais navigué. La côte Algérienne mérite bien sa réputation.
Péchant par trop d’optimisme et ayant mal rangé, les équipets du carré s'ouvrent d'un coup et vomissent leur contenu, CD, vêtements, livres et dieu sait quoi encore. Pour compléter le désastre, dans la salle de bain, dentifrice, brosse à dents et savons rejoignent la marmelade des objets qui roulent déjà partout.

Anak rue de plus en plus dans les vagues, parfois, l’hélice, hors de l’eau s’emballe.

Je me sens pourtant bien à l'abri dans la timonerie. 

 

Mon plus gros coup de vent depuis Palma, et encore.. Les vagues viennent taper jusque au-dessus de la timonerie ! C'est quoi ce truc, la météo n'annonçait rien! Foutue mer Méditerranée : ou pas de vent, bref : pétole, ou c'est le coup de vent.  Et je vais en subir un de force 6 à 7, parfois 8 et ce, jusqu'à l'arrivée à Mostaganem ! Je préfère les tempêtes en Atlantique, moins d'embardées que dans cette fichue mer méditerranée !

J’avais rentré juste à temps la voile d'artimon et le génois, j'ai même eu du mal avec celui-ci, « tu as trop traîné, idiot ». Il faut que je lise des livres moins captivants. Et que je range bien avant de partir, même si la meteo est bonne...

C’est pourtant vraiment de toute beauté. Cela me fascinera toujours !  Et Anak est un bon bateau. On se croirait presque dans le golfe de Gascogne ou dans ce coup de vent au milieu du Beagle au Chili où j’étais beaucoup moins fier.

Evidemment cela ralentit très fort Anak, surtout quand il plonge dans un grand creux, et qu’arrive juste à ce moment une déferlante, il freine tout debout et descend à 1,5 nœuds.
Il fait nuit quand je passe la pointe de la Salamandre et son feu en mer pour tenter de voir l’entrée du port de Mostaganem. Dans cet incroyable chaos liquide, on ne voit rien du tout ! Et je n’aime pas cela du tout. L’approche d’un port inconnu la nuit, et pas de carte récente !

Mais soudain, là devant : la jetée et, dès que j'ai passé l'entrée, c’est le calme plat.

Quelle jouissance. J’adore ces contrastes. 

Premier contrôle : encore plus gentils et accueillants que mes trois premiers ports. Tous les services. On m’envoie au fond du port, on fait même déménager un bateau pilote pour qu’Anak ait une place à quai.

Anak est à Mostaganem ! Wouawww, tout cela est d'un excitant !

La membres de la PAF montent à bord toujours étonnés de me voir seul et, tout de go, me proposent un permis de circuler pour demain. Chouette, je vais peut-être trouver un cybercafé et visiter Mostaganem. Vu le bordel à bord : 'La tempête vous a secoué ?'   :-(

Je réchauffe des légumes frais d'Oran conservés au frigo et hop, rangement et au lit, il est tard et ce coup de vent m’a achevé ! Même le bruit des cargos à côté ne va pas m’empêcher de dormir.

La tempête perdurera et s'intensifiera à Mostaganem, ou plutôt la toute la région météo de ‘Palos’, juste là où je suis !

 

Nous sommes le 11 mai et je suis arrivé le 6 à Mostaganem. J’y suis toujours.

 

Bref, je fais le pont comme vous.

Le premier jour, c’était encore relativement calme dans le port et j’en ai profité pour aller faire un tour en ville après une demi-heure de patience pour obtenir mon permis de sortie. J’étais trop enthousiaste en arrivant, j’avais oublié les lenteurs administratives.

J’ai donc finalement pu visiter la ville. En réalité, à nouveau un taxi comme à Oran. Le Numéro 5 (un arnaqueur, il m’a demandé 1 000 dinars, mais un policier me voit sortir 1 000 dinars et se met à engueuler le chauffeur, qui du coup me demande 600 ! six euros pour toute l’après-midi !

Grand tour de plusieurs heures dans Mostaganem, mais cette fois, devant ou derrière une voiture de la PAF avec deux policiers. Comme un VIP !

 

Ils m’escorteront pour mes courses au marché.

Il ne me manquait que les menottes. Mieux vaut en rire, on est sortis du marché à trois, chacun des deux policiers portait deux sacs avec fruits, légumes, pain. 
Le spectacle !

Je me vois faire le marché ainsi avec des CRS à Paris. Je n’ai pas osé proposer de faire une photo.

Avant de rentrer au port, j'ai fait un tour en ville, toujours escorté..
Et j'aurai même pu aller dans un Cyber-centre, et un des policiers semblait fasciné par Internet, tout en restant très discret.

L’université de Mostaganem

Et allez changer des dinars au black dans de telles conditions ! (10% + avantageux !)
Il paraît que plus on va vers l’est, plus c’est cool. Et, à partir de Ténès – prochaine escale – les paysages deviennent encore plus beaux.

Je sais aussi que je ne pourrai probablement pas entrer dans le port d’Alger : interdit aux bateaux de plaisance paraît-il, donc je verrai bien en arrivant, mais il y a une sorte de marina dix milles avant, la seule d’Algérie.

On y trouve surtout des petits bateaux de pêche, mais s’il y a de l’eau et de l’électricité, wouaw, les lessives et le reste. Dans les ports algériens il est toujours difficile d’avoir de l’eau, mais cela ne m’empêche pas de prendre une douche tous les deux jours, me laver les cheveux, etc. Mes réserves d’eau sont très importantes sur Anak. Pour l’électricité, le 220V est introuvable dans les ports algériens, les nouveaux panneaux solaires Kyocera d’Anak rechargent à bloc les batteries tous les jours. Génial, cette indépendance, malgré l’ordinateur qui tourne beaucoup en 12 V. Et il faut l'avouer, la pétole méditerranéenne favorise la navigation au moteur, et j'ai un gros alternateur..
Mais bon, je loucherais bien vers le confort pépère de cette marina durant quarante-huit heures, sans fausse honte.

Si j’obtiens la permission, je fais un aller-retour en bus à Alger (laissez-moi rêver).

J’étais à Alger en 1964. J’avais tout juste dix-huit ans, une exemption d’obligation militaire, un coup de tête, enfin... faible mot.., et je partais faire mon tour solo de deux ans en auto/camion-stop tout autour de l’Afrique, cela m’a fait rencontrer Albert Schweitzer à Lambaréné, les frères de Foucauld chez les Touaregs dans le Hoggar, et surtout l’horreur de l’apartheid en Afrique du Sud. Un tel voyage valait bien mieux qu’un service militaire et m'a guérit du reste.

 

Le port de Mostaganem est industriel et de pêche, les cargos entrent et sortent sans arrêt, sauf ces derniers jours, car le port était fermé à cause d’une intensification de la tempête ! Cette nuit, le gros cargo à côté de moi a enfin pu partir, aussitôt remplacé par un autre, énorme, plein de sable spécial pour les forages de puits de pétrole. Ils ont dû passer à pas même quinze mètres d’Anak lors des manœuvres avec les remorqueurs, et je dormais. Ma tête en sortant de la cabine ce matin ! « Ça alors, ils ont repeint le cargo vert en bleu cette nuit ! » Euh, non, c’est pas le même.

Malgré cela, le fret est en forte baisse, et les officiers du port me disent que c’est à cause de la décroissance en Europe qui se fait déjà sentir jusqu’ici. Pourtant, les pétrodollars ? « - Justement, nous Algériens, on aimerait de plus en plus savoir où ils passent, les pétrodollars. » Sans commentaire…

Il y a un taxiphone à cent mètres dans le port, petite cahute avec trois téléphones et je peux appeler à l’étranger pour quelques centimes d’euros. Je ne m’en suis pas privé et j’ai pu joindre tout le monde (avec difficulté : ça fonctionnait mal, à l’international).

Trop chouette, avoir les filles au téléphone !

Le type du taxiphone vend aussi du très bon pain frais, et il est enrichi en protéines, vu le nombre de fourmis qui sortent de chaque tranche coupée. Heureusement que je ne suis pas végétarien. Il y a aussi des aliments de dépannage, genre saucisse de ‘viande’ (à fort pourcentage de colorants, etc.), mais l’emballage est vraiment joli. Et puis, j’avais acheté plein de beaux légumes lors de mon aller-retour en ville.

Sinon, le port est très sale, plastiques flottant dans l’eau (toilettes bouchées ce matin : j’adôôôre…. par un sac en plastique aspiré par la pompe), gasoil. Bon, en Europe, et surtout en Espagne, ce n’est pas toujours beaucoup plus propre.

La houle de la tempête pénètre désormais dans le port. Anak est très secoué et flirte avec le gros quai rugueux, mais il est protégé par les pneus que m’ont apportés des pêcheurs (plus du poisson).
Oubliez les pare-battages, vite déchirés contre le béton rugueux. Anak est aussi protégé sur tout son contour par un gros boudin en caoutchouc, comme les chalutiers du nord de l’Europe. Bref, il est fait pour cela et je ne m’inquiète pas plus que nécessaire. Mais j’ai tout de même triplé mes amarres.

Chaque matin, après ma grasse matinée et p’tit déj, je pars à 7h30 faire quelques kilomètres à pied, marche très rapide, tour du port, immense, jusqu’à la jetée de l’entrée et regarder l’évolution du coup de vent. C’est pour entretenir la forme du pépé : L … - pff, merci de vous marrer…

Au retour de ma balade, il y a un boui-boui (un cagibi avec juste une porte et un néon) dans le bassin des conteneurs, coincé entre deux immenses grues. Je m’arrête alors et bois un bon café pour dix centimes dans un gobelet en carton avec les dockers. C’est sympa et apparemment, il n’est pas courant de voir des Européens dans leur cagibi. La première fois, grand silence pendant quelques minutes, depuis, je suis déjà devenu l’habitué : j’entre = mon café est servi !

J’espère que cela va se calmer, les prévisions me permettraient alors de partir après-demain…. Et je pourrai peut-être envoyer ce mot à Ténès.

En attendant, on est dimanche, (ici jour ouvrable). Il est 16h00 et le commandant de la capitainerie vient de m’inviter à venir boire un café dans son bureau, ce qui est très aimable. Il a fait ses études en Belgique, à Anvers, où je suis né. Il m’offre plein de cartes postales d’Algérie. Effectivement, en Flandre, il y a une très grande école de gestion maritime portuaire. Les cours y sont donnés en néerlandais, français et surtout anglais.

Je lui ai dit que la seule chose qui me manquait dans son port était un accès à Internet. Il m’a aussitôt proposé de contacter une agence de transit privée ayant ses bureaux dans le port et de leur demander si je pouvais y aller demain pour lire et envoyer mes messages. Si ça marche, super !

À la capitainerie, où sont suivies les entrées et sorties du port, remorqueurs, bateaux pilotes, emplacements cargos, etc., il y a plein de jeunes officiers en uniformes de marine, très efficaces, qui apportent chaque jour la météo sur Anak : « - José, José, la météo ! », mais ils n’ont pas Internet ! Cela vous donne une idée du chemin à parcourir et ces jeunes officiers se sentent frustrés, car ils comparent avec ce qu’ils voient à la télévision, et sur Internet dans les cybercafés. On les sent très tendus et déçus face à mes difficultés à pouvoir circuler en ville, mais on en parle à voix basse ! Ils aimeraient bien voir leur pays s’ouvrir et être moins contrôlé.

Ce texte vous parviendra grâce à la gentillesse du patron de l’agence de transit.

« Tu t’installes, et tu vas sur Internet aussi longtemps que tu veux ».

C’est bien parce que j’attends une accalmie, cette tartine que j'ai écrite !

Et elle arrive.., ciao Mostaganem !

Comme le port est encombré de plastiques et autres détritus, les pilotes me proposent, sans avoir rien demandé, de tirer Anak avec une de leurs vedettes jusqu'au milieu du bassin qui est propre. Là je pourrai mettre mon moteur en route, ainsi que l'hélice, et sans le moindre danger. Ils sont vraiment super dans ce pays!

Prochain article : Ténes !

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?   (Suite de 3)

 

14 mai 2008 8h30 – TÉNÈS – 36°31’.7N 01°18’.9E (75 milles de Mostaganem)

 

« - Allo ! Mon capitaine ! Mon capitaine, celui du bateau à moteur venant de l’est ! (j’avais mon éclairage nav/moteur) virez cap nord de suite ou débrayez l’hélice. Filet dérivant juste devant vous ! Filet dérivant juste devant vous »

Je fais un bond, il est deux heures du matin, pétole comme d'hab., Anak ronronne (heu, je crois que je ronronnais aussi un peu, comme d'hab.., je suis vraiment inconscient !), propulsé à 5 nœuds par le moteur à 1 500 tr/min. Comme pour changer, j'aurai le vent de face les 3/4 de la nuit.

Je mets au point mort, allume le gros phare à main de 1 500 W et regarde partout autour d’Anak. Rien…

Si ! J’aperçois au loin une petite bouée blanche. Aucun signal lumineux, encore un filet posé sans autorisation.

Je coupe le pilote automatique et vire plein nord, cinq minutes plus tard : « - Mon capitaine, mon capitaine, c’est bon, vous pouvez reprendre votre cap ! »
En réalité, il devait me voir de très loin ou sur son radar et j’allais droit dans un filet qui peut faire des dizaines de mètres de long. Et chez moi mon radar ne peut détecter un filet dans l'eau, donc pas d'alarme non plus.

Attraper cela dans l’hélice, la catastrophe en pleine nuit.

Sur Anak, il y a un tout petit peu moins de risques tout de même : une poutrelle en métal sous sa quille longue continue jusque sous le safran, protégeant ainsi hélice et safran. Par contre, cela n’empêchera pas une corde flottante ou un bout de plastique de s’enrouler autour de l’hélice. Le moteur bloque alors et s’il n’y a pas de vent, je suis bon pour plonger avec un couteau et dégager cela sous l’eau. (Mais oui, mais oui, étant seul, je m’attache avec une longue corde).

Evidemment, après la tempête de Mostaganem, comme on est en Méditerranée : pétole.

Donc Mostaganem - Ténès sera presque tout le temps au moteur, mais avec des courants favorables qui m’ont littéralement propulsés vers Ténès. 80 milles en seize heures.
J’avais pris deux cents litres de gasoil à Mostaganem, 15,5 dinars le litre (0,16€/L) Je ferai un immense plein avant de quitter l’Algérie, jerricans compris. C’était épique, pompe antique, quai ruisselant de gasoil et graisses diverses et un pistolet pour faire le plein d’un Boeing. Bref, avec le pompiste qui monte et descend à bord, les chaussures bien grasses, cela giclait partout. Pas grave, Anak a vu pire ! Je dois être un peu maso comme déjà dit.
Expérience oblige, j’innonde avant les alentours des nables de remplissage sur plusieurs mètres carrés avec de l’eau bien savonneuse. Cela facilite le nettoyage.

Après avoir passé le cap Kalah à l’aube avec un lever de soleil fabuleux,

 me voilà, après des miles et des miles de côte sauvage et superbe, à Ténès.

 

Ténès est une ville de 35 000 habitants, la vieille ville : Kasbah, et la ville nouvelle, construite par les Français sur l’ancienne ville romaine. Il y a aussi quelques vestiges de tombeaux phéniciens dans la baie qui est magnifique et très verte.

Je suis amarré à couple d’un tout gros remorqueur que je dois traverser pour aller à terre.

Mais le capitaine est sympa et, a priori, Anak souffre moins ainsi que ballotté contre d’immenses quais.

Demain, cap sur Cherchell si la météo est bonne.
Ce matin, la PAF m’a promis un permis de sortie, (suivi d’un : « – tu as des cigarettes ? – Non. Je ne fume pas »). Mon permis pourrait donc bien dépendre d’un nuage de fumée. Ce sera mon seul policier corrompu de toute l’Algérie, car ce n’est pas terminé. Je lui donne finalement un paquet de cigarettes espagnoles achetées à Ceuta à 1,5 euros le paquet. Je ne fume pas, donc pas de bon tabac à bord.

Je trouverai peut-être un cybercafé en ville. Si cela semble compliqué, un officier de la capitainerie m’a proposé leur propre accès Internet.

Ils me soignent bien, les jeunes officiers des capitaineries, toujours ébahis de me voir seul sur Anak. Mais les clichés persistent : « Pourquoi tu es seul ? Ca ne te manque pas, une femme ? »  - Ben oui pardi ! Pour la cuisine, la vaisselle et la lessive.. (oh là là.. je vais me faire massacrer dans mes prochains mails).

La longue nuit à naviguer, l’alerte filet dérivant, toutes les quinze minutes un regard à l’extérieur, surveiller les dizaines de chalutiers en maraude, ma balade en ville. Bref, je suis un peu vaseux ! Ma petite sieste de midi (moi et les siestes) n’a pas beaucoup aidé, ce soir, ce sera tôt au lit.

La navigation de nuit est très déconseillée en Algérie, justement à cause de ces filets et des bateaux de pêche sans éclairage pour ne pas se faire repérer, mais je devais tenter le coup, car cela me permettait de rentrer de jour dans le port de Ténès qui a mauvaise réputation pour son approche, surtout par vent d’ouest.

Et l’approche des côtes dans le noir, et 80 milles en une journée : c’est impossible.

Ce matin, il y a un lever de soleil face à Anak absolument fabuleux.

Je sortirai donc finalement en ville l’après-midi. Accompagné de mon policier aux cigarettes en civil. Arrivé en plein centre ville :

« - Bon, tu te débrouilles et on se retrouve à 17h là-bas. Tu fais tes courses, Internet est là en face, etc. Moi je vais prier à la mosquée. »

Génial ! Je passe au cybercentre, je me balade, je fais mes courses et j’ai même le temps de boire un café en regardant les passants, c’est ce que je préfère.

Mon policier est venu me retrouver devant le café, et nous sommes descendus à pied jusqu’au port par des raccourcis et sentiers où il semblait connaître tout les gens que l’on croisait… : salaam, et ci et ça. C’était rigolo, car souvent il expliquait aux gens que je suis seul sur le voilier bleu dans le port.  Apparemment, les très rares voiliers qui passent sont habités par un ou plusieurs couples, ou une bande de copains.
Et depuis l’hiver dernier, je suis le premier à m’arrêter. En m’accompagnant vers Anak, il me demande cette fois si j’ai des euros. Je fais l’idiot, non, non, pas d’euros, que des dinars. Il insiste, voulant une vingtaine d’euros! Soi-disant pour l’un de ces amis. Je mets le congélateur perso en route, cela doit se voir, mes réponses deviennent glaciales comme ma tête et je lui propose de passer le lendemain à la PAF pour un nouveau permis afin de retirer les euros qu’il me réclame. Il redevient tout sourire, mais avec des yeux paniqués il me prie d’oublier sa demande. Je répète : c’est la seule fois qu’un officiel a essayé de me soutirer quelque chose en Algérie. C’est très loin d’être le cas dans d’autres pays autour de la Méditerranée.

 

Prochain article : Cherchell !

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?   (Suite de 4)    

 

15 mai 2008 16h00 – CHERCHELL – 36°36’.8N 02°11’.5E (45 milles de Ténès)  

 

Toujours cette côte algérienne fabuleuse.

Vais-je trouver un cyber ici à Cherchell, ou à Sidi Ferruch, la fameuse marina avant Alger ?

Demain c’est vendredi, donc leur dimanche. Le chef de la PAF passant la fin de semaine à manger du couscous et des cornes de gazelles (mmm..) chez lui, on m’annonce que je ne pourrais sortir que samedi.

Pas grave, car ici, on m'a déjà annoncé la couleur, pour la sortie, un seul papier. « Tu vas où tu veux, tant que tu veux, quand tu veux et seul si tu veux. » Génial !

À Cherchell il y a deux musées, un passé phénicien et des ruines romaines un peu partout.
A l’époque Cherchell s’appelait LLol, et le roi Numide Juba II de Mauritanie en avait fait sa capitale ! Son papa, Juba I avait été battu par César et Juba II avait accepté que Iol devienne un protectorat Romain en 25 Avant JC.

En l’honneur de l’empereur Romain, Lol devint ‘Caesarea’.
Juba II avait reçu une éducation hellénique de gosse de riches à Rome (à l’époque un peu l’équivalent de nos collèges jésuites actuels). Juba II avait aussi séduit avec sa grosse Rolex la fille de Cléopâtre et s’était marié avec elle. (déjà la jet-set..) Passionné d’art et civilisations, Juba II a enrichi Ceasarea de collections d’art qu’il faisait venir de toute la Méditerranée avec sa galère romaine transformée en yacht par son copain Bollorium 1er (heu, là j'exagère..). Sur une des grandes mosaïques représentant son mariage, on voit dans un coin une servante tendre un rouleau de papyrus scellé (les sms de l'époque) à une très jolie courtisane : d’où le désormais célèbre message : ‘si tu reviens j’annule tout’.

Ok, c’est tarabiscoté, mais ma fille Nora avait du mal au lycée en Histoire, alors j’arrangeais toujours un peu l'Histoire pour elle…

Il reste quelques belles pièces et beaucoup de copies sur place car, devinez : comme par hasard, les plus belles pièces originales sont au Louvre : une belle statue d’Apollon, de l’empereur Auguste, des mosaïques magnifiques.

Cherchell s’avèrera être une petite ville bien agréable.

L’ambiance est très différente, la PAF me pousse presque à demander cette autorisation de sortie, « car il faut voir nos musées, et après vous allez vous promener en ville, vous êtes libre. »

Ce soir, il y a un orage, Anak tremble sous le vent, mais est bien à l’abri, amarré à un quai flottant métallique de 50x25 mètres, à l’abandon. Le port est bien protégé, l’entrée du port vient d’être modifiée par une nouvelle jetée protégeant beaucoup mieux des vents d’est. Rien de tout cela est indiqué sur les cartes, ni dans la cartographie électronique.
Je suis content d’être là.

La pluie s’est mêlée au vent de sable. Anak est devenu brun. Il y a du sable partout.

Hier à Ténès l’ADSL algérien valait parfois nos vieux modems 56 Kb. Donc priorité aux courriers, recopier les messages reçus, envoyer des photos. Des messages d’amis, un mot de Nora, sympa et qui me rassure si gentiment pour sa sœur. Il faut que je télécharge tout cela sur ma clé USB.

Si Internet est rapide samedi en ville, j’essayerai d‘envoyer ceci et des photos.

Les photos surtout, car depuis mon départ de Ténès ce matin, je longe une côte magnifique, me rappelant souvent les incroyables paysages marocains, la mer en plus. C’est époustouflant de beauté. C’est aussi tellement rare de voir des kilomètres et des kilomètres de côte que rien ne vient abîmer, un délice. Les photos ne restituent en rien l’aspect grandiose et magnifique de ce qui défile à droite d’Anak. Les noms des caps et écueils sont chargés d’histoire : l’écueil du Phoque,

du Maure,

la calle Génoise, la Pointe Abd El Kader, le cap Sirat, la Couleuvrine ou la Pointe des Oliviers

avant de voir enfin au loin le port de Cherchell.

Je pêche souvent à la traîne, m’étant fabriqué un chouette équipement pour cela avec des matériaux récupérés.

 

Si cela ne mord pas, dans chaque port on me propose du poisson. L’autre jour, j’avais fait des sardines dans la poêle, puis gros sel, mais cela avait parfumé le bateau. Il fait encore trop frais le soir pour tout ouvrir. Vive l’été et le barbecue, c’est meilleur et pas d’odeurs !

Vendredi matin…… toujours à Cherchell et toujours un coup de vent.

Anak est en revanche à nouveau tout propre, brossé, épongé par des dizaines de seaux d’eau de mer. Heureusement cette fois l’eau du port est très claire.
C’est dimanche ici, demain je pourrai enfin avoir mon permis de sortie.

Le ciel est gris, cela fait deux à trois jours que c’est ainsi, mais pas de pluie semble-t-il, sans quoi mes lavages d’Anak ressembleraient aux travaux de Sisyphe avec tout ce sable.

Je me refais un café et je prends une douche tiède pour me laver les cheveux.

À peine sorti de la douche, en caleçon :
' TOC TOC '

« - J’arrive ! »

Et voilà mon policier en civil de hier soir qui m’appelle dehors.  

« - Bonjour, j’ai fini mon service, le chef ne sera là que demain matin, car comme je vous ai dit hier, c’est férié aujourd’hui, mais je me rappelais que vous vouliez téléphoner, alors je viens vous chercher. Il y a un taxiphone en ville, je vous montre aussi où sont nos bureaux, et si vous voulez acheter du pain. »

Cela me réconcilierait presque avec les policiers, une telle gentillesse.

Etant en caleçon, je lui explique que je sors de la douche (pour le cas où il croirait que les navigateurs se lavent qu’une fois par mois), le temps de mettre mon pantalon… nous voilà partis en ville. Cela devait être très beau à l’époque – je ne vais pas faire l’apologie des Français en Algérie, il est certain qu’ils ont construit de belles choses.

Ne restent donc que de beaux bâtiments à l’abandon, parfois en ruines, rues défoncées et surtout cette saleté partout. Mais cela évoluera doucement, il y a à peine quinze ans, chez nous, chaque village avait sa décharge à ciel ouvert, ce n’était pas mieux. C'est bien de se le rappeler.

Les gens, à l’image de mon policier, sont en revanche les plus chaleureux et gentils que j’ai rencontrés en Afrique du Nord.

Je vais donc en ville avec mon policier, nous allons au marché, j’achète des galettes de pain rondes, du vrai pain et celui que je préfère, je téléphone, puis il m’emmène visiter leurs bureaux, en plein centre.

C’est pire que le pire des commissariats de banlieue chez nous. Trous, fissures, plafonds qui s’écroulent, machines à écrire antédiluviennes… Et mon ami policier m’explique que ce bâtiment abritait à l’époque le Conseil de France de Cherchell. Amaï, 'amaï' dirait la grand-mère belge.

Mais qu’importe, je préfère des maisons en ruines, rues sales, mais des gens extrêmement sympathiques, qui vous disent tous bonjour sans pour autant demander un bakchich, plutôt que des rues aseptisées, restaurations style musée comme certains villages de Provence où personne ne vous regarde et où même faire pipi est taxé.

Ayant donc visité le palace du Conseil de France, le policier me dit au revoir devant la porte. « Vous connaissez le chemin pour le port ? D’accord, et demain, vous venez ici quand vous voulez pour votre permis de circuler en ville, vous serez libre autant de jours que vous le souhaitez. »

J’ai donc circulé seul en ville sans visa ni permis pour retourner vers le port et demain matin j’irai à nouveau en ville, seul, sans visa ni permis, vers la PAF pour recevoir mon permis de circuler en ville, seul et sans visa, mais cette fois avec un permis… L Trop drôle ! 

Me revoilà sur Anak, des bricoles à faire, autant en profiter et préparer mes courriels pour demain.

Les gardes-côtes viennent de m’annoncer un nouveau coup de vent pour demain et après-demain. Voila qui m’étonne sur cette côte ! J Bref, je vais rester quelques jours à Cherchell. Il y a pire ! J

Lundi - Cherchell, tempête…, encore ! Et force 7 à 8..

Je suis donc allé visiter hier les deux musées de Cherchell.

Le premier musée, l’ancien. Assez sympa, entrée très chère : 20 dinars, c’est-à-dire 0,20 €.  C'est donné !

Interdit de prendre des photos. Deux gardiens à l’entrée et un autre qui me suivait de loin, l’air de s’emmerder. Evidemment, je suis tout seul dans ce musée.

J’ai donc pris discrètement des photos

 – sans flash bien sûr. ..

C’est plein de statues, stèles funéraires, petites et très belles, et de splendides mosaïques partout.

 

Cette ville devait être magnifique à l’époque du protectorat romain.

Je puis donc mettre sur le site qques photos de ''CE' musée !

Car…… :

En sortant, il pleut toujours à torrents, donc un vrai temps à faire des musées… et je file donc vers le nouveau musée. Un bâtiment moderne, atroce, tout béton.

J’entre, toujours ce prix exorbitant de 20 dinars. Pff, on fréquenterait plus souvent nos musées à ce prix !

Bien sûr, il y est aussi interdit de prendre des photos..

Deux grandes salles à l’étage. Un couloir qui monte, le sol est tapissé d’un lino bon marché imitation parquet, les moyens semblent vraiment très limités et les pétrodollars destinés à d’autres usages.

J’arrive dans la première salle, une gardienne m’accueille. Des vitrines tout autour de la salle, le fond des vitrines est un miroir, ce qui est bien, car elles contiennent toutes des centaines de poteries, plats, verres, bols et lampes à l’huile, et on les voit ainsi sous toutes leurs faces.
Je sors discrètement mon appareil, je coupe le flash, je vais appuyer sur le bouton :

« - Pas de photos ! »

Zut, ces femmes, trop douées, elles voient tout, se méfient, espionnent…

Et voilà qu’elle se met à hurler, rameutant un gardien de l’entrée, etc.

Moi je fais l’idiot, - cad mon état naturel.., et

«  - Je ne savais pas, 

- si si, vous vous cachiez ! »

Moa ??

Quelle vilaine ! L

Bon, ma gueule de bourge et le reste, tout le monde se calme, je regarde les potiches en rêvant de pouvoir en fracasser qques-unes sur la tête de ma gardienne qui me suit maintenant à moins de 10m. Sympa de faire un musée dans de telles conditions !
Donc pas de photos du 2ième musée, pourtant, il y avait de superbes petites lampes à huile toutes travaillées, des mini-cruches trop mignonnes, etc… Pas même une plaquette.. comme souvenir à défaut de photos !

Toute cette pôterie me rappelle aussi que j’ai encore la vaisselle de hier soir et du p’tit déj à faire sur Anak, et je retourne en ville.

Il pleut toujours, je le savais déjà : il y avait des fuites dans les verrières du plafond du musée.

Je suis entré dans un petit boui-boui et j’ai mangé des merguez accompagnées de frites et une grande assiette de riz avec tomates, salades, carottes râpées et mayonnaise. Le tout pour 150 dinars, c’est-à-dire 1,50 €.

C’était délicieux et sympa, deux jeunes ont commencé à bavarder avec moi.

Il paraît qu’en Libye c’est encore moins cher. Génial tout cela.
Y passer une partie de l’hiver ? Pourquoi n’est-ce pas comme ça en Grèce ?
Bon, tant pis, ce sera poisson pêché et pitas là-haut.

Ce petit repas m’a remonté le moral, un bon café dans un petit bistro du coin, vieux formica et néon. Le café est à quinze centimes d’euros. Mais c’est vrai, ils n’ont pas eu le passage à l’euro. .

Encore une petite balade, une chouette parfumerie. C'est quand-même plus sympa que Séphora, non ?

J’ai acheté le journal El Wattan en français (dix centimes d’euro) et je suis rentré sur Anak.

Pas l’air, mais cela faisait des kilomètres de marche au total.

Aujourd’hui, c’est bricolage Anak.

J’avais toujours ces problèmes avec le Navtex à bord. Il était tout neuf, fixé près du plafond entre les deux vitres arrières à l’intérieur de la timonerie et depuis le Maroc, plus rien. Je n’avais toujours pas réussi à localiser la panne.

En réalité : un problème venant de la petite antenne électronique extérieure. Dès que je m’éloigne des émetteurs, cela ne capte plus. J’ai donc passé des heures à changer des connexions, essayer de réutiliser l’ancienne antenne Navtex du vieux récepteur (fichu) qui était à bord d’Anak quand je l’ai acheté, il y a 8 ans.

Finalement, c’est avec cette vieille antenne que j’avais heureusement laissée à poste en haut du mât d’artimon, que cela remarche. Je viens de capter un bulletin météo : <gale warning Palos…> pff !

Mais c’est très rassurant, car quand je serai en mer, je pourrai capter les avis de coups de vents, qui parfois arrivent très vite et n’étaient pas prévus. Ouf ! Le Navtex fonctionne – presque bien –  dans toute la Méditerranée.
En Algérie, il y a la météo des capitaineries, en réalité identique à celle du Navtex. Il y aussi des bulletins sur la VHF, en français puisque de Radio-Alger. Mais Alger émet sur le Navtex des bulletins très bien faits et je suis bien content de pouvoir les capter enfin. (Lettre B)

Demain je retourne en ville et sur Internet, je fais mes copier/coller des messages reçus et à envoyer.

Si tout est OK avec la météo, mercredi, je pars vers Sidi Ferruch.

Ciao, Cherchell..

Prochain article : Alger !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?  (Suite de 5)    
 

21 mai 2008 18h15 – ALGER – 36°46’.5N 03°05’E (46 milles de Cherchell)

 

ANAK est à ALGER depuis hier soir.

C’était une grande émotion pour moi : entrer dans le port d’Alger !

J’ai de suite reconnu toutes les façades des immeubles le long du port.

Les arcades et là-bas, quelque part, ce banc dans un coin où j’avais passé ma première nuit africaine à 18 ans, début d'un long périple en auto/camion-stop tout autour de l'Afrique.

Vu de la mer, Alger est devenu immense. Des immeubles partout, mais, heureusement, de loin, le blanc prédomine toujours et la ville mérite encore son nom d’Alger la blanche.

Ce matin, je saurai si je vais obtenir une autorisation d’escale. Je suis sceptique !

Normalement, les voiliers ne seraient pas les bienvenus dans cet immense port.

Je voulais m’arrêter à Sidi Ferruch, une marina à dix kilomètres d’Alger (le petit St-Tropez des riches Algériens), mais le port est ensablé depuis des années. Cette fois, impossible d’entrer autrement qu’avec des canots à moteur. Et de Sidi Ferruch, j’aurais peut-être obtenu l’autorisation, refusée à Cherchell vu absence de visa, de visiter en bus ou taxi collectif le site grandiose de Tipaza et les ruines d’une ville romaine au bord de l’eau avec temples, cirque, forum, tribunal, théâtre et villas, ainsi que la visite du tombeau de la Chrétienne, mausolée énigmatique de soixante mètres de diamètre à deux cent cinquante mètres au-dessus de la mer, datant de l’époque maurétanienne, dont on pense qu’il aurait servi de tombeau à Théba, la fille de Cléopâtre. J’aurai raté l’un des plus beaux sites archéologiques de cette côte, pour des critères de sécurité.

J’avais donc une excuse toute préparée pour demander un abri à Alger.

En arrivant, les gardes-côtes.... et en nombre : un voilier à Alger !

Ils sont venus me chercher en Zodiac et m’ont conduits vers un immense quai : le quai du ferry Marseille - Alger - Marseille. Exactement l’endroit où j’avais débarqué en 1964 ! Incroyable ! Et je suis tout seul le long de cet immense quai !

   

Un vrai retour aux sources, cette navigation !

Si je puis vous envoyer ce mail et photos sur le site, c’est que j’aurai obtenu une autorisation !
Inch Allah !!!

Sinon, ce sera de Dellys ou Bejaia.

Retour vers mon mot après une bonne nuit de repos.


J’ai passé la matinée à courir d’un endroit à l’autre pour obtenir une autorisation de sortie ou un permis d’escale… Rien à faire.

 

Alger est la capitale, il y a encore sans arrêt des problèmes avec les terroristes et je n’ai pas de visa : « On ne peut vous laisser aller en ville, c’est pour votre sécurité. »
Toujours ce leitmotiv.
Si j’avais eu un visa, comme par magie, le problème de sécurité disparaissait ! En réalité, le visa dégage leur responsabilité en cas de problème, comme partout.

On vient de me confirmer définitîvement que je ne pourrai pas aller en ville. En outre, cette fin de semaine, grand derby africain de football, la police est sur les dents ! Bon, je le savais et l’on m’annonçait le pire partout. Jusqu’à présent, c’est tout le contraire.

Cela m’a foutu un coup de déprime terrible. Mais courir des heures dans ce port immense, n’entendre que des avis ou promesses contradictoires, tout cela pour apprendre à 16h30 : « non, impossible ».

Étrange, cette façon de tourner autour du pot, « on vous envoie quelqu’un, il n’est pas venu ? Ca alors ! Allez demander… ». On attend trois quarts d’heure un autre responsable… « On vous l’envoie. »

En traversant le port de long en large, je prends deux ou trois photos des façades parfois visibles depuis le quai, tous ces souvenirs.

La Wilaya à Alger (merci Lilia pour la correction !)

Les rues d’accès vers le port

 

Les plus belles photos seront prises du deuxième étage, par une fenêtre, à la dérobée, dans l’immeuble des policiers.

Mon seul plaisir de la journée.

Cela m’a un peu déprimé… quand je vois en face ces belles façades qui me narguent ! Un peu plus loin, la mosquée blanche d’où partent les rues vers la Kasbah d’Alger. J’y étais allé. Trop râlant.

Bon, vous écrire ce mot, continuer à lire, placer des moustiquaires, car il y a plein de moustiques dans le port.

Et demain matin, en route pour Bejaia. C’est à plus de 100 milles, alors, si je suis fatigué ou la mer mauvaise, demain soir, je m’arrêterai à Dellys, port de pêche à mi-chemin.

Je ne vous raconterai donc pas comment est le centre ville d’Alger. C’est trop bête !

C'est bien pourquoi, si vous avez la chance de partir en voilier vers Algérie depuis la France, demandez un visa : Vous aurez plus de chances de pouvoir visiter une ville comme Alger. Cela ne simplifiera pas les multiples formalités dans chaque port, mais comme elles se font avec le sourire..
Vendredi matin, 23 mai, levé à 06h00, à 8h15, après petit-déjeuner, préparation du départ, rangements et visite des autorités, je pars.

Je dois traverser la baie d’Alger, puis direction Dellys et Bejaia. Au début, calme plat, comme d’habitude, puis une brise nord-ouest me permettra de dérouler le génois durant quelques heures.

Bang !
De grandes vibrations. Je mets au point mort, il semble que quelque chose soit pris dans l’hélice. Quand on voit tout ce qui traîne dans l’eau jusqu’à quinze milles autour d’Alger…

Marche arrière, marche avant, plein gaz… rien à faire, c’est dans l’hélice.

J’ai encore plus d’un tiers de mes réservoirs d’eau, de quoi me rincer à l’eau douce. C’est ce à quoi je pense en priorité !!
Berk, naviguer encore plus de vingt-quatre heures la peau couverte de sel qui pique ! Je suis vraiment un marin d’eau douce 
L

Anak ne tangue pas trop brutalement, donc pas de risque de taper avec mon crâne contre la coque, sous l’eau, une bosse, non merci, j’ai déjà donné. Et pas d’estafilade en cognant l’hélice, quoique cela ferait très pirate des Caraïbes. Bon, si en plus je me prends pour Johnny Depp.

Une corde pour faire plaisir à ceux qui m’aiment :

« – Sois prudent !

– Oui maman. »

Défaire l’échelle en bois, cela me fait deux échelles accessibles pour remonter : pas prudent moi ? La sortie, et celle de secours. Pff, cette eau est glacée !

Effectivement, un gros morceau de plastique est enroulé autour de l’hélice. Je préfère cela à une corde, parfois difficile à défaire. Avec mon couteau et deux plongeons sous l’eau, le tout part à la dérive, à la recherche d’une autre hélice. Et je ne vais pas nager après, je suis un écolo sans prise de risques.

Pas de requins dans le coin, et je n’ai pas mon appareil photo pour le scoop truqué à la Cousteau ! De toutes façons la vieille carne d'origine belge, cela ne les intéresserait pas. Et pour ceux qui ont le vertige, - un ange passe – 250 m de vide sous Anak.

Remonter, faire un essai, tout marche. Remettre l’échelle en place et vite une petite douche pour me rincer, en profiter pour me laver les cheveux.

Tout cela sous la surveillance de dauphins qui tournent autour d’Anak. Chouette !

Et voilà Anak reparti. C’était le happening du jour.

Le vent contraire se calme le soir. Je passerai le cap Bengut et le port de Dellys en soirée.

Une nuit de navigation à nouveau, surveillance tous les quarts d’heure, pêcheurs, filets dérivants (pas deux fois le plongeon hélice) et à l’aube une bonne brise vent arrière. Le génois se gonfle comme un ballon et mon char flottant file à 6 nœuds.
C’est une véritable image de vie heureuse, le voilier qui file, un rien incliné. Un tangage très lent et les bruits de vagues qui déferlent sous la coque. Je m’installe alors sur le tatami extérieur et j'écoute gronder l'étrave qui taille sa route. Au-dessus de moi, un nuage de mètres carrés de voiles blanches, avec un gribouillis de haubans et drisses qui dessinent des arabesques dans le ciel. C’est le bonheur inexplicable de la navigation par beau temps.

Dans quelques heures, Bejaia ! Chouette, repos, rangements, demander le permis d’escale pour pouvoir vous envoyer tout cela.

Prochain article : Bejaia !

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ?  (Suite de 6)    
 

24 mai 2008 11h00 – BEJAIA – 36°45’.2N 05°06’.1E (102 milles d’Alger)


Bejaia au loin après cette longue nuit ! C'est à chaque fois un plaisir énorme que d'arriver en voilier, depuis l’immensité de la mer ou bien parfois éloigné de la côte qu’on longe, et d'apercevoir soudain des détails de la terre qui semble toujours perdue à l’horizon.

C'est aussi un plaisir aussi vieux que le métier de marin. Pendant le voyage, que la mer ait été difficile ou calme, la vie à bord monotone ou remuante, il y a toujours cette joie d’arriver.

Je suis donc à Bejaia (Bougie du temps des Français). L’arrivée est magnifique avec le cap (Ras) Carbon à contourner pour découvrir Bejaia et sa baie immense.

C’est très beau, vieille ville coloniale construite sur une colline qui surplombe le port, hélas fort à l’abandon, mais cela lui donne aussi beaucoup de charme.


Anak, semblant perdu dans le port.
Des rues piétonnes animées.
Une belle place centrale en ville, sorte d’immense terrasse donnant sur la baie : la place Gueydon, construite sur le toit d’un immeuble en contrebas.

La Place Gueydon, vu du bas. 


 Place Gueydon

J’obtiendrai un permis de sortie, mais accompagné d’un officier de la PAF en civil.
Très gentil, il me fera visiter les plus beaux coins de la ville.

J’enverrai ce mail de Djen Djen ou plutôt même Collo. Là pour l’instant, je suis coincé par un NOUVEAU coup de vent ! Mais des courriels d’amis m’annoncent que le temps est plutôt désagréable partout en Méditerranée. Encore le changement climatique ?

Après Djen Djen et Collo, encore un port : Skikda, puis Annaba, le dernier port algérien avant la Tunisie.

Je suis donc presque au bout, et en solo.

 

Prochain article : Djen Djen & Collo !

 

 

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La côte d’Algérie en voilier, seul et sans visa,

est-ce possible ? (Suite de 7)
 

29 mai 2008 13h45 – JIJEL – 36°49’.5N 05°47’.E (34 milles de Bejaia)

 

J’ai quitté Bejaia à 06h00 ce matin.

 

Là, je coupe l’immense baie dans le fond de laquelle se trouve Djen Djen, le port pétrolier. Il fait soleil mais il y a un peu de brume et je devrais voir terre et le bout de la baie en début d’après-midi.

Je vais passer alors le Ras Afia, le Triangle des Bermudes le surnomment les Algériens, tant il y a de naufrages. Le courant est terrible, par endroits plus de 6 nœuds. Parmi les plus forts de toute la côte, (toujours ouest-est) et entraîne parfois par mauvais temps les chalutiers sur les récifs.

Bejaia a été une belle étape.

Dans les livres ou sur les cartes, Jijel, ma prochaine étape, est indiquée comme étant un port de la Marine, interdit aux plaisanciers. Mais par curiosité, je me présente, car je passe à proximité pour aller à Djen Djen à sept milles de là.

Il y aurait des bateaux de pêche et j’aimerais vérifier si je ne pourrais pas faire le plein de gasoil, car les rumeurs affirment que juste avant la frontière, comme par hasard, le prix du carburant augmente.
Une grosse chaîne barre l’entrée de Jijel. Cela refroidit !

Des militaires me font des grands signes.

Puis, à la VHF allumée :

« Voilier Anak (ils savent tout !), vous ne pouvez pas entrer dans le port de la Marine. Il faut vous diriger vers Djen Djen ! »

Pff, je réponds :

« – Ici voilier Anak, je vous reçois sur le 16. Est-ce que je peux prendre du gasoil à Djen Djen ? C'est urgent ! (oh l’hypocrite et menteur, j’en ai encore presque deux cents litres)

– Non, pas à Djen Djen, mais on vous autorise à entrer dans le port de pêche.

– Le port de pêche ? Mais il est où ?

– Plein sud, vous suivez la jetée sud et vous verrez l’entrée, c’est un nouveau port. »

Ça alors, indiqué nulle part sur une carte et invisible depuis Anak ! Vous imaginez les dangers de navigation et approches de nuit.

Je longe lentement une jetée partant vers le sud et la plage, en surveillant l’échosondeur. Soudain, une ouverture. Et je découvre ce petit port sympa en pleine ville. Je m’arrête au poste des gardes-côtes, charmants malgré les tonnes de papiers comme d’habitude. Presque jamais de voiliers ici. Normal, puisqu’il n’est pas indiqué.

Qu’est ce que je vois en face ? Un beau quai avec station de gasoil. J’ai tout gagné.

Je demande si je pourrai aller en ville avec un permis de la PAF. « Il n’y pas de PAF ici, seulement à Djen Djen. » Zut ! Djen Djen n’est qu’un port pétrolier, sans ville, sans gasoil, mais bien la PAF ! 

Je traverse pour m’amarrer devant la station de gasoil. Un type charmant, et cinq cent trente litres de gasoil en plus pour soixante-treize euros. Là j’ai un plein complet. OUF ! Déjà un souci à barrer de la longue liste.

Arrive en voiture un monsieur et son fils d’une douzaine d’années.

« - Je suis le directeur du port, bienvenue ! »

Et rebelote, papiers, passeport, etc.

« – Ah, Belge et anversois, j’ai fait mes études à Anvers !

– Pas avec le commandant du port de Mostaganem par hasard ?

– Oui ! Il était de ma promotion ! »

Je fais visiter tous les recoins d’Anak à son fils, absolument ravi de voir un intérieur anglais, bois, souvenirs, masques africains, bibelots sud-américains, le chauffage central avec radiateurs partout, la grande cabine douche séparée de la salle de bain comme à la maison. Il n’en revient pas le môme. Le père non plus. Tout cela dans un peu plus de dix mètres !

Gagné encore ! Car hop, en voiture et il me fait visiter la ville (très verte, de beaux parcs, la ville de l’époque française), puis au cybercafé : « Je vous attends, je vous donne un quart d’heure. »
Si la PAF savait…

J’ai pu envoyer mes courriels préparés à bord. La connexion était lente. Impossible d’envoyer les photos ! Juste le temps de faire partir les messages préparés sur la clé USB et charger une partie des courriels reçus. Ensuite, un café ensemble sur la terrasse.

Le quai est public, c’est tellement rare ici. J’ai donc passé le reste de l’après-midi a bavarder avec des jeunes, le pompiste qui connaît la Belgique, les Pays-Bas, et n’a ni allure ni culture de pompiste.., il était ingénieur en électronique marine, maintenant à la retraite…active, car les retraites algériennes…
Bôf, bientôt en France ce ne sera sans doute pas mieux.

En fait, dès qu’il n’y a pas de PAF à l’horizon, tout est différent.

J’ai calculé ce qui me restait en dinars, sur les trois cents euros changés, à mon arrivée à Ghazaouet le 1er mai, les réservoirs presque vides. Je repars avec des réservoirs pleins, un mois de nourriture sans me priver de légumes et de fruits, Internet, téléphone, taxi (Oran), trois jerrycans neufs de vingt litres (qui sont pleins). Petits restos à Cherchell et musées. Tout cela n’est pas trop mal. Et j’ai encore de quoi compléter un peu en gasoil à Annaba, plus Internet, repas…

Ciao, Jijel !

 


30 mai 2008 14h30 – COLLO – 37°00’.3N 06°34’.5E (48 milles de Jijel)

  

Dernier jour de mai et un mois déjà en Algérie. Je ne croyais pas que ce serait si long, météo inconstante, navigation difficile par manque d’abris, vents qui tournent sans cesse, dangers la nuit, fatigue. Je serai content de me poser un peu. La navigation n’a pas posé de problèmes entre Jijel et Collo.

Je découvre Collo après le cap Bougaroni, ou ras Bougaroun.

Je n’ai pas reçu d’autorisation pour aller me promener dans Collo, le chef est à Alger pour quelques jours, et très rares sont les voiliers ici. Apparemment, à partir de Cherchell, les rares voiliers de passage foncent vers Annaba ou direct vers la Tunisie, fatigués de la météo, des contrôles et paperasses, permis, ports trop sales pour leurs belles coques !

Ils ont tort, ils ratent le plus beau, Bejaia, Jijel, Collo et cette côte toujours plus belle.


 Un petit air de Riviera italienne par ici, incroyable.
 



Le port est ouvert au public, c'est rare et par moments, cela grouille autour d’Anak, ils touchent, regardent, posent des questions.

Ce soir, tôt au lit avec un livre et demain matin : départ pour Skikda, pas très loin. Peut-être là-bas un cybercafé et permis d’escale ?

Inch Allah !

 

 

Prochain article : Skikda !

 

 

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Que sont devenus Les ex-moussaillons 'Anak ?

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